Des canards, stars d’une découverte datant de 1900 ans dans le nord d’Israël
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Des canards, stars d’une découverte datant de 1900 ans dans le nord d’Israël

L’archéologue chargé des fouilles sur le site romain d’Omrit, à proximité de la vallée de la Hula, indique que les petits phallus qui avaient été découverts – et qui avaient fait les gros titres – représentent finalement peu de choses en comparaison avec les fresques pastorales qui ont été trouvées dans une construction romaine

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

Maison Carrée de Nîmes en 2011. (Crédit : Danichou, domaine public via Wikimedia Commons)
Maison Carrée de Nîmes en 2011. (Crédit : Danichou, domaine public via Wikimedia Commons)

De spectaculaires fresques pastorales ont été découvertes dans une construction datant d’il y a 1 900 ans lors de fouilles réalisées sur le site d’un ancien temple romain dans le nord d’Israël.

Cette trouvaille faite à Horvat Omrit souligne la présence d’une communauté romaine prospère durant les 1er et 2e siècles de l’ère commune, période où la Judée avait connu deux révoltes majeures des Juifs contre Rome.

Omrit se situe au sommet d’une colline dans le nord de la Vallée de la Hula, à l’extrémité nord de la Galilée. L’endroit est considéré comme l’un des sites impériaux romains du pays les mieux préservés, même s’il est moins connu que d’autres.

Cette découverte captivante a été faite par une expédition codirigée par Daniel Schowalter, professeur de religion au Collège de Carthage, au cours de fouilles entreprises durant l’été 2016.

Il a décrit cette nouvelle trouvaille lors d’une réunion conjointe organisée par l’Institut archéologique d’Amérique et la Société d’études classiques de Toronto au mois de janvier.

Vue aérienne du site romain ancien d’Omrit, au nord de la vallée de la Hula (Autorisation de Daniel Schowalter)
Vue aérienne du site romain ancien d’Omrit, au nord de la vallée de la Hula (Autorisation de Daniel Schowalter)

Le site était déjà célèbre en raison d’un temple romain qui avait été découvert peu après le début des premiers travaux de fouilles en 1999.

En creusant le site aux abords du temple au mois de juin, Schowalter et son équipe sont tombés sur une salle et ses fresques.

Dans cette salle, ils ont trouvé une fontaine cassée avec une « fresque très joliment peinte d’une scène de nature avec des canards nageant sur l’eau, avec des poissons et des plantes et toutes sortes d’autres choses ».

Une partie d’une fresque datant de l’ère romaine découverte au cours des fouilles réalisées à Omrit, dans le nord de la vallée de la Hula en juin 2016. (Autorisation : Daniel Schowalter)
Une partie d’une fresque datant de l’ère romaine découverte au cours des fouilles réalisées à Omrit, dans le nord de la vallée de la Hula en juin 2016. (Autorisation : Daniel Schowalter)

« Hormis cette fontaine, les murs de la salle présentent un dessin qui ressemble à une clôture de maillage et si vous regardez à travers, vous apercevez les arbres en arrière-plan, les buissons, les feuilles et peut-être même des oiseaux », a-t-il expliqué au Times of Israël lors d’un entretien téléphonique.

« C’est vraiment bien parce que clairement, ils avaient tenté de vous donner l’impression de regarder un jardin à travers une clôture ».

Une vue des fouilles entreprises sur le site d’Omrit. Cette construction qui date de l’ère romaine a été trouvée en juin 2016 une fontaine arborant une fresque sur la droite (Autorisation : Daniel Schowalter)
Une vue des fouilles entreprises sur le site d’Omrit. Cette construction qui date de l’ère romaine a été trouvée en juin 2016 une fontaine arborant une fresque sur la droite (Autorisation : Daniel Schowalter)

« Et quelqu’un aura passé beaucoup de temps à rendre cette salle très, très belle », a ajouté Schowalter.

« On peut présumer que cette salle faisait partie d’une habitation mais jusqu’à présent, nous n’avons trouvé que cette pièce, donc c’est un peu difficile de savoir exactement de quoi il s’agissait », a-t-il dit.

Les structures peuvent avoir servi comme résidence pour les gardiens du temple ou comme habitation pour les responsables ou les élites locales de Rome au cours du 1er siècle de l’ère commune et du début du 2e siècle.

« Nous ne pouvons pas dire de qui il s’agissait, mais cela devait être des gens importants, des gens qui avaient de l’argent dans la région », a dit Schowalter.

Les habitants étaient des Romains et, jusqu’à présent, il n’y a aucune preuve attestant de l’existence d’une présence juive sur le site.

La salle est située au nord du temple et une longue structure à portique connue sous le nom de ‘Stoa’ a été construite au-dessus. Elle daterait du 3e siècle de l’ère commune.

« Au cours des deux dernières années, nous avons découvert que cette structure avait été construite sur des vestiges antérieurs, sur des constructions antérieures », a expliqué Schowalter. « Cette salle fait partie de ces édifications précédentes ».

Lorsque les anciens constructeurs, à Omrit, avaient établi les fondations pour le ‘Stoa’, ils avaient rempli les habitations déjà existantes de débris. Dans le remblai, de petits phallus en terre cuite, des amulettes de l’ère romaine avaient été découverts.

Une gravure phallique sur un site datant de l’ère romaine dans le sud de la Turquie (Crédit : Klaus-Peter Simon, CC BY-SA Wikimedia Commons)
Une gravure phallique sur un site datant de l’ère romaine dans le sud de la Turquie (Crédit : Klaus-Peter Simon, CC BY-SA Wikimedia Commons)

Tandis que ces petits phallus ont récemment fait les gros titres, Schowalter a toutefois minimisé leur signification.

« Ils sont très petits, ils font environ trois centimètres de long, l’un est entier et l’autre est brisé », a-t-il expliqué. « C’est une découverte très simple, et franchement, nous ignorons d’où ils provenaient parce qu’ils se trouvaient dans le remblai. Ils y avaient été déversés à la base ».

Ces amulettes phalliques étaient communément utilisées par les Romains pour déjouer le mauvais oeil, fascina en latin. Ils étaient gravés dans des pierres aux carrefours, accrochés comme pendentifs au cou des enfants, placés dans les jardins et dans la terre pour une protection totémique.

Un carte de la Galilée à l’ère romaine créée par Johan Åhlfeldt (Capture d’écran : http://pelagios.org/maps/greco-roman/)
Un carte de la Galilée à l’ère romaine créée par Johan Åhlfeldt (Capture d’écran : http://pelagios.org/maps/greco-roman/)

La proximité de la construction avec Caesarea Philippi, connu également sous le nom de Paneas pour son sanctuaire consacré au dieu Pan, a mené les archéologues à penser qu’elle était étroitement affiliée à cette ville.

De jeunes Israéliens visitant la ville ancienne romaine de Paneas, dans la réserve naturelle de Banyas sur le plateau du Golan, le 9 juillet 2008 (Crédit : Yossi Zamir/ Flash 90)
De jeunes Israéliens visitant la ville ancienne romaine de Paneas, dans la réserve naturelle de Banyas sur le plateau du Golan, le 9 juillet 2008 (Crédit : Yossi Zamir/ Flash 90)

Paneas se trouve à un carrefour majeur et les temples et les maisons d’Omrit ont été construits vers le sud, sur la route descendant à la mer de Galilée, ce qui en fait un « point très important », a dit Schowalter.

Tous les détails des fresques murales trouvées à Omrit seront publiés dès que les chercheurs auront une chance de les étudier.

Les fouilles à Omrit ont commencé en 1999, dirigées par J. Andrew Overman du Macalester College de St. Paul, dans le Minnesota, qui a été le premier à découvrir le temple romain sur le site.

Sur la base de la taille de l’estrade exposée, Overman a conclu que le temple faisait probablement entre 15 et 20 mètres de haut, avec une forme et une taille comparables à la Maison Carrée de Nîmes, en France, qui est l’un des temples romains les plus préservés. Il daterait approximativement de la même période.

Maison Carrée de Nîmes en 2011. (Crédit : Danichou, domaine public via Wikimedia Commons)
Maison Carrée de Nîmes en 2011. (Crédit : Danichou, domaine public via Wikimedia Commons)

Des fouilles réalisées plus tard ont permis de découvrir qu’il y avait trois temples sur le site, construits les uns sur les autres. Les vestiges de ces constructions résument “un microcosme de développement architectural” dans la région à travers les siècles, depuis le style moyen-oriental en passant par le style grec jusqu’au style romain, note un rapport consacré à Omrit qui avait été publié en 2015.

« C’est un peu difficile de définir précisément la date de la construction et nous ne savons pas de manière certaine à qui elle était consacrée », a indiqué Schowalter. Lui et ses collègues pensent toutefois que sur la base de son architecture et de son style, la seconde phase de construction du temple aurait pu être érigée au 1er siècle avant l’ère commune, par le roi Hérode et en l’honneur d’Auguste César.

« Nous ne pouvons prouver cela. Certains nous donnent raison, d’autres pensent que nous avons tort, mais c’est la meilleure estimation que nous puissions faire », a-t-il indiqué.

Les fouilles entreprises par Schowalter sur le site aux abords du temple qui ont mené à la découverte de la salle aux fresques avaient commencé en 2012.

Le projet de fouilles entreprises sur le site d’Omrit est placé sous la direction conjointe de Schowalter aux côtés de Jennifer Gates-Foster de l’Université de Caroline du nord à Chapel Hill; de Michael Nelson du Queens College à l’université de la ville de New York; de Benjamin Rubin, chercheur indépendant et de Jason Schlude appartenant au collège de l’université Saint Benedict & Saint John’s.

L’équipe prévoit de retourner à Omrit pour sa dernière série de fouilles au mois de juin. Ces travaux d’excavation auront duré cinq ans.

Schowalter espère glaner plus d’informations au sujet du ‘Stoa’ du 3e siècle, et explorer la construction où ont été découvertes les fresques l’année dernière et en savoir davantage à leur sujet.

Et avec un peu de chance, ils espèrent faire d’autres trouvailles.

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