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Des détails choquants sur le massacre de 700 Syriens par le régime en 2012

Suite à l'enquête parrainée par le Syrian British Consortium, les témoignages sur les atrocités commises à Daraya font état d'une "attaque systématique contre les civils"

Des bâtiments totalement détruits à Daraya, dans la banlieue de Damas, le 26 août 2016. (Crédit : AP)
Des bâtiments totalement détruits à Daraya, dans la banlieue de Damas, le 26 août 2016. (Crédit : AP)

De nouveaux détails sur le massacre de 2012 perpétré dans la ville syrienne de Daraya, au début de la guerre civile dans le pays, ont été révélés dans un nouveau rapport d’enquête complet publié jeudi.

L’enquête parrainée par le Syrian British Consortium a rassemblé des preuves et des témoignages de personnes présentes lors des atrocités commises par les forces de Bachar el-Assad dans la banlieue de Damas il y a une décennie, fournissant pour la première fois des comptes-rendus approfondis des meurtres de quelque 700 personnes.

« Cette enquête révèle que le régime d’Assad – notamment la quatrième division, la Garde républicaine, les services de renseignement de l’armée de l’air, les shabiha [milices parrainées par l’État] et les milices iraniennes et le Hezbollah qui les soutiennent – s’est livré à une attaque systématique contre la population civile de Daraya », indique le rapport d’enquête.

« Les forces gouvernementales et affiliées se sont livrées à un massacre, tuant hommes, femmes et enfants. » Des témoins ont raconté que « des individus et des familles entières ont été rassemblés avant d’être abattus ou tués à bout portant dans leurs maisons et dans les sous-sols des immeubles ».

Selon le rapport d’enquête, les atrocités ont connu leur paroxysme avec l’exécution de 80 hommes, femmes, enfants et vieillards dans l’immeuble Al-Saqqa, à Daraya.

Entre 44 et 56 civils qui tentaient de fuir la ville « ont été dépouillés de leurs biens et exécutés » au carrefour de Zardeh, précise le rapport d’enquête.

Les forces d’Assad ont bombardé des quartiers entiers et ont délibérément pris pour cible des hôpitaux et des écoles « avec des roquettes, des missiles et des mortiers, recourant également à des frappes aériennes en faisant intervenir des hélicoptères et des avions de chasse ».

Les forces gouvernementales se sont également prêtées « à une campagne de pillage et de destruction organisée », poursuit le rapport d’enquête.

Des ambulances à côté d’un bâtiment détruit, à Daraya, le 26 août 2016. (Crédit : AP)

D’autres témoins ont déclaré avoir vu des soldats charger des camions et des véhicules militaires en y embarquant des objets qui avaient été volés. Dans un quartier de la ville, des témoins ont déclaré que l’armée avait pillé une épicerie, laissant la population locale sans nourriture pendant toute la durée du massacre.

« J’ai été consterné par l’audace du régime qui a pillé et saccagé la ville alors qu’il venait de commettre un massacre brutal », a déclaré un témoin cité dans le rapport d’enquête.

L’attaque contre la population civile de Daraya s’est déroulée du 20 au 26 août. À la fin de la semaine, plus de 700 personnes avaient été tuées, dont 514 seulement ont pu être identifiées.

L’enquête « montre que malgré les dix années écoulées et la collecte de preuves substantielles, justice n’a pas été rendue à la population de Daraya et les responsabilités de ce massacre n’ont pas été assumées ».

Elle a indiqué que les témoins « ont fourni leur témoignage, racontant les crimes odieux commis à Daraya par leur propre gouvernement, parce qu’ils sont convaincus que leur histoire – leur vérité – n’est pas seulement digne d’être documentée, mais qu’elle peut un jour contribuer à rendre justice et à faire en sorte que les responsables rendent des comptes ».

Sulaiman Alabbar, un témoin cité dans le rapport d’enquête, a déclaré que « la guérison ne pourra commencer que lorsque les auteurs de ces crimes seront traduits en justice. Aujourd’hui, les gens ne peuvent pas guérir et ils ne peuvent pas rentrer chez eux. Assad est toujours au pouvoir, il commet toujours des massacres sans aucune conséquence ni répercussion ».

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