Des gilets jaunes s’insurgent contre l’antisémitisme, d’autres non
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Des gilets jaunes s’insurgent contre l’antisémitisme, d’autres non

Des manifestants protestent contre l'amalgame fait entre le mouvement et une partie d'entre eux qui sont effectivement antisémites tout en affirmant le contraire

Un homme porte un masque d'Anonymous et un sabre laser de Jedi de Star wars durant les manifestations de gilets jaunes devant l'Arc de Triomphe à Paris, le 15 décembre 2018. (Crédit : Christophe Archambault/AFP)
Un homme porte un masque d'Anonymous et un sabre laser de Jedi de Star wars durant les manifestations de gilets jaunes devant l'Arc de Triomphe à Paris, le 15 décembre 2018. (Crédit : Christophe Archambault/AFP)

« Comme le gouvernement n’arrive pas à arrêter ce mouvement, on nous colle l’étiquette d’antisémites », souffle Karim, pour qui la haine anti-juive est le fait d’une « petite minorité » de « gilets jaunes » français.

Le mouvement, qui conteste depuis plus de trois mois la politique fiscale et sociale du président Emmanuel Macron, a essuyé de multiples accusations d’antisémitisme, notamment le week-end dernier avec de violentes insultes lancées contre l’intellectuel Alain Finkielkraut.

Déjà auparavant, la chanson de la « quenelle » (nom d’un salut nazi inversé) avait été entonnée lors d’une manifestation parisienne de « gilets jaunes », tandis que la tentation du complotisme et un anti-sionisme virulent n’épargnent par certaines figures du mouvement, tel Maxime Nicolle.

Ce dernier, qui se fait appeler « Fly Rider », a déclaré dans une récente vidéo qu' »être sioniste » était « raciste », et « même pire que ça, parce que quand on s’y intéresse, c’est vraiment dégueulasse ».

Samedi, les manifestants descendant les Champs-Elysées évoquent peu la question, et portent plutôt des revendications sociales, fiscales et politiques – le RIC, ou référendum d’initiative citoyenne, est toujours bien présent.

« Free Palestine », « Contre les fachos sionistes », lit-on sur la chasuble couverte d’inscriptions de Nathalie Labedade, 46 ans. Elle dit être là « contre le racisme » et fustige ceux qui ne parlent jamais « des cimetières chrétiens profanés ou des musulmans attaqués ».

« Pas gangrené »

Karim Mohammedi arbore un gilet noirci au marqueur de slogans comme « Unis contre l’antisémitisme » et « Pas en mon nom ».

« Bien sûr que tout n’est pas rose », relève-t-il. « Mais quand j’entends Philippe Val (ancien directeur de Charlie Hebdo, NDLR) parler de ‘gilets de la honte’ antisémites… Il fait d’une petite minorité la majorité », déplore ce Franco-Algérien de 41 ans.

Et quand la parole dérape, elle est immédiatement réprimée, assure Pierre à quelques mètres de là. « Tout à l’heure, un type bourré a crié ‘Je laisserai jamais la France devenir l’esclave des Juifs’ « , on lui est tous tombés dessus », raconte cet étudiant en histoire, qui a « plus d’exemples d’antisémites dans (sa) fac » que parmi les « gilets jaunes ».

A Marseille (sud-est), un couple de retraités se souvient aussi que, lors d’une précédente manifestation, des « gilets jaunes » en avaient expulsé un autre faisant l’apologie d’Hitler. « Le mouvement n’est pas gangrené (…), mais c’est difficile d’empêcher que des salopards s’agrègent », analyse le mari, Jean-Louis Bertocci.

« Ce qu’il s’est passé la semaine dernière vis-à-vis de ‘Finkielmachin’ c’est des individus isolés. J’ai jamais rien entendu contre les Arabes, les islamistes, les Juifs chez les ‘gilets jaunes’ « , affirme dans le même cortège Xavier, 42 ans, animateur dans le social.

A Nice (sud-est), « Fafa », 56 ans, s’agace : « Cela fait quatorze semaines qu’on se tape du pavé (…) et il y a pas eu de problème, pas de cassage ou de paroles antisémites. J’ai pas à me justifier, c’est un truc de fou ! »

Maïté, 63 ans, pense, elle, que les « gilets jaunes » ne sont « certainement pas antisémites ». « La preuve c’est que chez nous on a eu des croix gammées sur les boîtes aux lettres et sur les murs, avec toujours les mêmes inscriptions comme ‘Force à Daech!’ et ‘Fuck les gilets jaunes’, alors voyez, les croix gammées, c’est pas nous », lance cette retraitée.

Au Rond-point des Champs-Elysées à Paris, un attroupement médiatique se forme autour d’un homme portant une kippa. « Les Juifs, on n’est pas contre les ‘gilets jaunes’, et les ‘gilets jaunes’ ne sont pas racistes », souligne ce sexagénaire se présentant comme « Hubert Bokobza », « Tunisien, Israélien, Français et sioniste ».

Un homme accourt à ses côtés, et lance à l’adresse des caméras : « Arrêtez de stigmatiser pour diviser. Bien sûr que nous, on n’est pas antisémites ! »

Certains manifestants des gilets jaunes réunis sur la colline de Montmartre, à Paris, devant la basilique du Sacré-Coeur, le 22 décembre 2018 (Crédit : Sameer Al-Doumy / AFP)
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