Des milliers de documents montrent comment l’Argentine a soutenu les nazis
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Des milliers de documents montrent comment l’Argentine a soutenu les nazis

Le pays resté neutre pendant une grande partie de la Seconde Guerre mondiale avant de rejoindre les Alliés, a été un refuge pour les criminels de guerre allemands, dont Eichmann

Cette photo, une sur des dizaines de milliers de documents qui expliquent la relation entre l'Argentine et les nazis, montre 15 000 personnes réunies en soutien à Hitler à Buenos Aires, le 10 avril 1938 (Crédit : autorisation de la DAIA)
Cette photo, une sur des dizaines de milliers de documents qui expliquent la relation entre l'Argentine et les nazis, montre 15 000 personnes réunies en soutien à Hitler à Buenos Aires, le 10 avril 1938 (Crédit : autorisation de la DAIA)

BUENOS AIRES — L’organisation cadre juive qui se consacre à la politique en Argentine a révélé des extraits de dizaines de milliers de documents sur la Seconde Guerre mondiale qui mettent en lumière l’influence nazie sur le pays et sur les criminels de guerre nazis qui s’y sont cachés.

Dans un court documentaire diffusé mardi, la délégation des Associations juives d’Argentine – la DAIA – a diffusé certaines images issues de ces documents, notamment l’une qui montre 15 000 personnes réunies dans une enceinte sportive de Buenos Aires, le Luna Park, pour un rassemblement de soutien à Hitler, le 10 avril 1938.

Ces documents devraient préciser l’aide apportée par l’Argentine – un pays resté neutre pendant une grande partie de la Seconde Guerre mondiale avant de rejoindre les Alliés – aux criminels de guerre nazis. Après la guerre, le territoire argentin a été un refuge pour les nazis, notamment pour Adolf Eichmann, capturé dans une banlieue du nord de Buenos Aires en 1960, et pour l’ancien capitaine nazi Erich Priebke.

Parmi ces documents, des communications entre l’Argentine et les pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des informations envoyées par l’ambassade d’Argentine en Allemagne. Certains documents contiennent également des registres liés aux Juifs, placés à l’époque sur liste noire.

La vidéo présentée par la DAIA comprend ainsi les images d’une résolution émise par le ministère des Affaires étrangères argentin interdisant son entrée aux « immigrants non-désirables », en référence aux Juifs qui voulaient échapper aux nazis en Europe.

En 1992, le ministère des Affaires étrangères argentin a déclassifié ces 139 544 documents, en majorité émis entre 1939 et 1950. Les documents numérisés – principalement des courriers, des télégrammes, des articles de journaux, des notes et des rapports – totalisent cinq téra-octets d’informations ou l’équivalent de 15 000 CD.

Ces documents sont actuellement entre les mains des chercheurs du centre d’études sociales (CES) de la DAIA et du groupe Ciudadanos Libres por la Calidad Institucional, ou Citoyens libres pour la qualité institutionnelle. Ce dernier a demandé et obtenu les documents auprès du ministère argentin des Affaires étrangères il y a six mois et a accepté de travailler sur ces archives en coopération avec la DAIA.

Le documentaire contient les premiers détails de l’étude des documents qui est actuellement conduite par une équipe de chercheurs.

« L’enquête va s’intéresser à certains mythes sur les nazis en Argentine, et remplacera ces mythes par des faits et la vérité. Nous établirons un rapport sur les principales conclusions du travail actuel qui est mené sur les archives historiques », a déclaré Marisa Braylan, directrice du CES, instance de recherche de l’organisation politique juive d’Argentine, au JTA.

Le court documentaire intitulé « Le rôle de l’Argentine pendant la Seconde Guerre mondiale », s’ouvre sur des images du rassemblement pro-nazi à Buenos Aires qui a été, selon la chercheuse Braylan de la DAIA, « la plus importante démonstration en faveur de Hitler hors des frontières allemandes ».

Braylan dit également dans cette courte vidéo que le 13 décembre 1939, le navire de guerre allemand Amiral Graf Spee est arrivé endommagé au port de Montevideo, en Uruguay, près du port de Buenos Aires. Le navire avait été sabordé et « tout l’équipage » avait été accueilli en Argentine.

La présence des criminels nazis en Argentine a récemment fait les gros titres après la découverte d’un trésor « sans précédent » constitué d’objets nazis au début du mois, par la police fédérale du pays. Une enquête judiciaire est en cours pour déterminer leur origine et la manière dont ils sont arrivés en Argentine.

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