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Des milliers de partisans de la réforme judiciaire manifestent à Tel Aviv

Les partisans prévoient de manifester depuis le Musée d'art de Tel Aviv jusqu’à la rue Kaplan, où des opposants ont régulièrement manifesté ces trois derniers mois

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Des Israéliens de droite assistent à un rassemblement de soutien à la réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 30 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)
Des Israéliens de droite assistent à un rassemblement de soutien à la réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 30 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Agitant des drapeaux israéliens et du Likud, des centaines de manifestants de droite se sont rassemblés à Tel Aviv afin de soutenir la réforme judiciaire du gouvernement, la deuxième manifestation de ce genre depuis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a suspendu ce projet il y a quelques jours face à la pression publique croissante.

Il s’agit de la première grande manifestation de soutien à la réforme à se tenir à Tel-Aviv, où se tiennent au moins chaque samedi soir des manifestants d’opposants depuis l’annonce du projet début janvier. La première manifestation pro-réforme a eu lieu à Jérusalem.

L’organisation de droite Im Tirtzu a organisé la « Marche pour la liberté » au cœur de la ville, dans le but de « se libérer des contraintes de la Cour suprême », proclamant « le peuple a choisi la réforme judiciaire ». Plusieurs ministres du gouvernement ont invité leurs partisans à participer à l’événement.

Plusieurs manifestants dans la foule ont brandi des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire : « Ils volent l’élection » et « je suis un citoyen de seconde zone » alors qu’ils défilaient depuis le Musée d’art de Tel Aviv jusqu’à la rue Kaplan, où des manifestants anti-gouvernement ont régulièrement manifesté ces trois derniers mois.

D’autres brandissaient des affiches portant des slogans tels que « Je crois Rothman et Levin » – deux des architectes politiques de la réforme, le ministre de la Justice Yariv Levin et le président de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, Simcha Rothman.

Des protestataires ont bloqué Ayalon, la principale autoroute traversant la métropole côtière, une tactique utilisée par les manifestants contre la refonte au cours des derniers mois. La police a indiqué qu’un grand nombre d’agents se trouvaient sur les lieux. Une dizaine de personnes ont été arrêtées lors des affrontements, et l’autoroute a finalement été rouverte.

Plus tôt au cours du rassemblement, des manifestants ont encerclé le journaliste Moti Kastel de Quatorzième chaîne, une chaîne considérée comme favorable au Likud, tandis que certains l’acclamaient en scandant son nom.

Plusieurs personnes ont été entendues scandant « Le peuple exige une réforme judiciaire » et « Bibi, roi d’Israël », le surnom du Premier ministre, lors du reportage de Moti Kastel.

De nombreux militants pro-gouvernementaux déplorent la décision de Netanyahu de suspendre l’avancement du projet de loi sur la réforme du système judiciaire pour permettre la tenue de discussions avec l’opposition. Selon eux, un gouvernement démocratiquement élu ne devrait pas avoir à faire de compromis.

Uri, un habitant de Tel Aviv âgé de 33 ans, a déclaré au Times of Israel qu’il avait écrit le slogan « Je suis un citoyen de seconde classe » sur sa banderole parce qu’il avait l’impression que son vote était entravé par un tribunal de gauche.

Il a refusé de donner son nom de famille parce qu’il avait « peur d’être licencié parce que son point de vue est jugé inacceptable ».

« Les résultats démocratiques n’ont pas d’importance, parce que le système judiciaire annule le processus démocratique, il a trop de pouvoir », a-t-il déclaré. « Les résultats des élections n’ont littéralement aucune importance. »

Uri a établi un lien entre l’activisme judiciaire et le procès pour corruption en cours contre le premier ministre : « Il y a eu des affaires contre Benjamin Netanyahu qui sont totalement fausses, ils l’accusent d’allégations dans le but d’annuler les élections. »

« On est en démocratie, on a gagné et ce n’est pas normal qu’on ne nous laisse pas gouverner comme la majorité le veut », a affirmé à l’AFP Meirav Reuven, économiste de 52 ans venue d’Ashdod (sud) pour « soutenir » M. Netanyahu et Yariv Levin.

« Je ne suis pas d’accord [avec ceux qui disent que la réforme est une menace pour la démocratie], je pense que la démocratie c’est la volonté du peuple, c’est ce que le peuple veut. Ce n’est pas normal qu’une minorité à la Cour suprême détermine la politique du pays, cela ne doit pas être comme ça », a déclaré drapeau israélien en main Yahel, employé dans le secteur du tourisme de 28 ans venu d’Akko.

À l’aide d’un mégaphone, un manifestant a déclaré : « Nous sommes des Golani, nous sommes des parachutistes, ne sommes-nous pas aussi précieux que les pilotes ? »

Un des points de pressions les plus forts sur le gouvernement ces dernières semaines, a été exercé par un nombre croissant de pilotes de réserve menaçant de ne pas se présenter aux entraînements militaires si les plans de la coalition étaient maintenus.

« Je vais vous dire, habitants de Tel Aviv, vous aurez encore plus à perdre », a-t-il dit.

D’autres, la plupart le visage couvert, ont crié des slogans contre les Arabes, notamment « Que ton village brûle », « Les Arabes sont des putes, les Juifs des amours » et « Kahane vit », en référence au rabbin extrémiste Meir Kahane, aujourd’hui décédé.

Des dizaines de personnes ont également été filmées alors qu’elles harcelaient et pourchassaient des journalistes, comme cela s’était déjà produit lors de la précédente manifestation, la semaine dernière, organisée par des manifestants favorables à la réforme de la loi.

Certains manifestants ont brandi une banderole dénigrant le président américain Joe Biden, qui a exprimé ses préoccupations à l’égard de la réforme mardi.

Les dirigeants de la manifestation des pilotes réservistes ont annoncé mardi qu’ils reprendraient l’entraînement et les activités opérationnelles après la suspension du projet de réforme controversé, mais ont indiqué qu’ils restaient en alerte au cas où le projet serait relancé.

La députée du Likud Tally Gotliv, qui était présente à la manifestation, a salué « la formidable démonstration de force des gens de la droite qui ont des valeurs et qui aiment le pays. »

« Je tiens à rappeler aux élus de droite de la Knesset qu’il est de leur devoir de faire passer la réforme du système judiciaire. Nous le devons à ceux qui nous ont donné ce pouvoir. Nous voterons le projet de réforme, nous ne nous laisserons pas intimider par les menaces de l’opposition ou de la gauche radicale. Nous sommes venus pour gouverner et c’est ce que nous ferons », a-t-elle déclaré aux manifestants.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré dans un communiqué que les manifestations étaient « importantes pour la démocratie » et a exhorté les manifestants à s’abstenir de toute violence.

« Je fais confiance au commissaire de police pour diriger la police conformément à la politique du ministre – un traitement égal pour tous », a-t-il déclaré.

Ben Gvir a vivement critiqué la manière dont la police a géré les manifestations contre la refonte, appelant les officiers à prendre des mesures plus sévères à l’encontre des manifestants, et a cherché à renforcer le contrôle direct des forces de police depuis qu’il est devenu ministre de la Sécurité nationale. Il a appelé les manifestants opposés à la refonte bloquant les routes « des anarchistes ».

Des manifestants bloquent l’autoroute Ayalon lors d’un rassemblement de soutien à la réforme judiciaire prévue par le gouvernement, à Tel Aviv, le 30 mars 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Avant le rassemblement, certains membres des groupes WhatsApp qui ont organisé les événements ont lancé des appels inquiétants à la violence et prévu d’attaquer les militants antigouvernementaux et les journalistes.

« Aujourd’hui, on va les baiser et personne ne nous arrêtera… on doit leur fermer la gueule », a écrit un membre du groupe jeudi après-midi, après avoir affirmé que la gauche « incite au meurtre et à la haine contre nous, l’aile droite ».

Jeudi, Im Tirtzu a appelé les participants à suivre les instructions des responsables de la sécurité et à « ne pas apporter de pancartes, ou lancer d’appels, incitant à la violence ».

Ce rassemblement fait suite à une grande manifestation pro-gouvernementale qui a eu lieu lundi à Jérusalem et au cours de laquelle des manifestants extrémistes ont attaqué des journalistes et un chauffeur de taxi arabe.

Parmi les manifestants pro-réforme à Jérusalem se trouvaient des dizaines de membres du groupe d’extrême droite La Familia, dont certains ont été filmés alors qu’ils agressaient des passants arabes. Des membres de ce groupe ont également été accusés d’avoir commis d’autres actes de violence. Le groupe ultra-nationaliste La Familia est à la base un club de supporters de l’équipe de football Beitar de Jérusalem, mais l’équipe s’est à plusieurs reprises distanciée de l’organisation en raison de sa rhétorique raciste et de ses actes violents. Des responsables de la sécurité ont déjà demandé qu’elle soit déclarée illégale et considérée une organisation terroriste.

Après près de trois mois de mobilisation massive contre le projet, Netanyahu a annoncé une pause dans le processus législatif.

Pour le gouvernement, la réforme vise à rééquilibrer les pouvoirs en diminuant les prérogatives de la Cour suprême, que l’exécutif juge politisée, au profit du Parlement. Ses détracteurs estiment au contraire que la réforme risque d’entraîner une dérive autoritaire.

Après la « pause » législative annoncée par M. Netanyahu pour donner une « chance […] au dialogue », une rencontre a eu lieu mardi entre des représentants de la majorité et des deux principaux parti de l’opposition, dans le cadre d’une médiation sous l’égide du président Isaac Herzog.

Selon un haut responsable israélien, le Premier ministre est déterminé à trouver un compromis, persuadé que c’est le meilleur moyen d’assurer que la réforme ne soit pas remise en cause en cas de changement de majorité politique, et un tel compromis semble à portée de main.

Plusieurs commentateurs politiques et responsables de l’opposition se montrent beaucoup plus sceptiques sur les chances de succès de la médiation présidentielle.

L’AFP a contribué à cet article.

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