Des « olim », sans leurs familles bloquées à l’étranger, manifestent à la Knesset
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Des « olim », sans leurs familles bloquées à l’étranger, manifestent à la Knesset

Les familles de nombreux anglophones installés en Israël sont interdites de visite pour les mariages, les naissances, les opérations chirurgicales et autres, sans raison logique

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Annabelle Amery, (à droite), avec son fiancé, Sergey Yanchenko. Ils attendent que les parents et les sœurs d'Annabelle Amery, qui ont été vaccinés, puissent se rendre en Israël pour leur mariage. (Autorisation Annabelle Amery)
Annabelle Amery, (à droite), avec son fiancé, Sergey Yanchenko. Ils attendent que les parents et les sœurs d'Annabelle Amery, qui ont été vaccinés, puissent se rendre en Israël pour leur mariage. (Autorisation Annabelle Amery)

Annabelle Amery ne souhaite qu’une chose pour son mariage du 4 mai en Israël : que ses parents et ses sœurs soient présents lorsqu’elle épousera Sergey Yanchenko dans une salle de mariage de Césarée.

Le problème ? La famille d’Amery vit à Londres et, bien qu’elle soit vaccinée et prête à rester en quarantaine pendant deux semaines, elle se voit refuser l’entrée en Israël. Des milliers d’autres parents d’immigrants sont dans le même bateau, tenus à l’écart de leurs familles par les règles apparemment byzantines d’Israël régissant l’entrée et la sortie du pays.

« Ils sont allés faire des heures supplémentaires de bénévolat pour pouvoir se faire vacciner et venir au mariage. Ils ont fait des demandes à l’ambassade et ont été rejetés », a déclaré Amery, 28 ans, qui vit en Israël depuis sept ans. Mon père m’a dit : « Vas-y, mais fais-le sans nous ». J’ai comme l’impression que je ne peux pas me marier sans eux. Je serai juste trop triste. »

Les portes d’entrée terrestres et aérienne d’Israël sont en grande partie fermées depuis le 25 janvier, bien qu’un total de 8 000 Israéliens soient désormais autorisés à entrer et sortir quotidiennement d’Israël par avion, alors que la propagation du coronavirus diminue rapidement.

Des passagers marchent dans le hall des arrivées de l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 8 mars 2021. (Avshalom Sassoni / Flash90)

Pourtant, alors que pour les Israéliens, il est de plus en plus facile de prendre l’avion pour voyager dans le monde entier, il est presque impossible pour les non-Israéliens d’entrer en Israël, même s’ils sont vaccinés et s’ils ont des raisons exceptionnelles, comme une maladie, un mariage ou une naissance.

Les responsables de la santé et les hommes politiques avaient précédemment déclaré que les restrictions à l’entrée sur le territoire étaient nécessaires pour empêcher les variants du coronavirus à propagation rapide de se frayer un chemin dans le pays.

Aujourd’hui, Annabelle Amery, comme d’autres olim dont les membres de la famille sont vaccinés et qui se voient refuser un visa d’entrée, est en colère.

Mardi après-midi, des centaines de citoyens israéliens immigrés de pays anglophones devraient manifester au Rose Garden, en face de la Knesset, pour demander un meilleur contrôle du processus décisionnel du gouvernement concernant les personnes qu’il autorise à entrer dans le pays.

Il est demandé aux manifestants de s’habiller en tenue de mariage ou de pousser des poussettes vides, représentant les différents événements du cycle de vie manqués par les membres de la famille bloqués hors d’Israël.

La manifestation est organisée par les membres d’un groupe Facebook destiné aux immigrants anglophones, appelés olim en hébreu, Reunite Olim with Their Families. Le groupe a été créé pour que ses membres puissent partager des informations et se soutenir mutuellement lorsqu’ils tentent de trouver des moyens pour que leurs proches puissent leur rendre visite lors d’événements importants de leur vie.

L’une des administratrices, Rachel Hirshfeld, 33 ans, épousera son fiancé israélien en juin et est profondément déçue que ses parents et son frère vaccinés puissent ne pas être présents.

Rachel Hirshfeld (à droite) et Shahar Cohen, son fiancé. Hirshfeld est l’une des organisatrices du groupe Facebook « Reunite Olim with their Families », qui proteste contre le manque de visas d’entrée pour les familles d’immigrants en Israël. (Autorisation Rachel Hirshfeld)

« Je ne vais pas me marier sans mes parents et mon frère, je n’ai pas de famille ici », a déclaré Hirshfeld, qui a fait son alyah de New York il y a 10 ans. « Les Olim sont la colonne vertébrale de ce pays et il est temps que le gouvernement fasse attention à nous ».

Dov Lipman, un ancien membre de la Knesset qui a émigré du Maryland, est devenu un personnage clé dans le lobbying et les tractations pour les immigrants anglophones confrontés à des défis uniques de regroupement familial et de rapatriement pendant la pandémie de COVID.

« La souffrance est grande, je l’entends depuis des mois », a déclaré M. Lipman. « Il y a eu du chaos et une planification désordonnée. Une semaine, c’est un ministère qui prend les décisions, et cette semaine, c’est un autre ministère. Je ne crois pas qu’il y ait une réelle prise de conscience de ce qui se passe et de l’impact que cela a sur la vie des gens. »

M. Lipman, qui a été député de Yesh Atid, qui dirige actuellement l’opposition, a imputé à l’instabilité de la coalition gouvernementale Likud-Kakhol lavan le fait que cette question soit devenue un tel défi.

« Nous disposons de ce gouvernement de fortune où personne ne se fait confiance », a-t-il déclaré. « S’il y avait un gouvernement stable et fonctionnel, ce serait plus facile ».

Nicole Grubner, de Jérusalem, avait prévu de passer cette période à préparer son accouchement. Ses parents, qui habitent à Vancouver, seraient arrivés dans le pays et mis en quarantaine pour être en mesure de l’aider lors de la naissance de son premier enfant et de celui de sa compagne.

Au lieu de cela, elle passe sa 39e semaine de grossesse à planifier la manifestation de mardi, à remplir des formulaires pour l’événement dans un poste de police de Jérusalem et à rencontrer lundi la ministre des affaires de la Diaspora, Mme Omer Yankelevich, pour discuter de la situation.

« Je ne sais pas si notre rassemblement va changer ce qui se passera demain, mais il est vraiment important de s’assurer que cette question figure à l’ordre du jour du nouveau gouvernement », a déclaré Nicole Grubner après la réunion.

Mme Yankelevich a déclaré au Times of Israel que le gouvernement doit élaborer une politique visant à autoriser les familles d’olim à entrer en Israël, et qu’elle a raconté les histoires des olim et de leurs familles au cabinet Corona et aux réunions du gouvernement.

« La première tâche du gouvernement a été de protéger le pays contre la pandémie de coronavirus », a déclaré Mme Yankelevich, ajoutant qu’elle a été en contact régulier avec le chef de l’Autorité de l’immigration et de la population concernant cette question. « Maintenant qu’Israël s’ouvre lentement, notre tâche est de construire une politique à court et à long terme pour permettre la poursuite des liaisons aériennes. »

Nicole Grubner, (deuxième à partir de la gauche), avec ses parents et sa partenaire, (à l’extrême droite), en 2018. Grubner, maintenant enceinte de 39 semaines, organise une manifestation à la Knesset le 6 avril 2021, pour encourager le gouvernement à accorder des visas d’entrée aux familles d’immigrants. (Autorisation Nicole Grubner)

Le père de Nicole Grubner, qui est agent de voyage, a déposé cinq demandes auprès de la commission des exceptions du consulat israélien et a été rejeté à chaque fois.

À chaque fois, dit Grubner, « c’est comme s’ils ne l’avaient même pas lu. C’était juste une réponse automatique. »

« Mes amis me disent : ‘Tu vas y arriver’, mais qui sera là pour m’aider à 3 heures du matin quand le bébé pleurera et que je voudrais que ma mère soit là ? », a déclaré Grubner.

M. Lipman, qui a conseillé Nicole Grubner pour l’organisation de la manifestation, s’est également demandé si quelqu’un analysait les demandes reçues par la commission des exceptions en matière de visas.

« Il y a des problèmes de santé mentale qui sont rejetés en trois minutes », a déclaré Lipman. « Je cherche un véritable processus transparent pour évaluer les situations. Nous sommes arrivés à un point où les Israéliens peuvent se rendre en avion où ils veulent, mais les grands-parents ne peuvent pas venir pour la naissance d’un enfant ? Surtout maintenant, avec les vaccins et les tests sérologiques, nous devrions être en mesure de gérer cela. »

Les personnes qui tentent de venir pour des mariages ou des naissances ne sont pas les seules à être rejetées.

Lauren Bronshtein souffre du syndrome d’Ehlers-Danlos, une maladie héréditaire qui lui cause des douleurs chroniques et une migraine qui ne s’est pas dissipée depuis 17 ans. Elle a été hospitalisée dix fois depuis le début de la pandémie et ne peut plus compter sur le soutien de sa mère, qui lui rendait visite tous les trois mois, mais ne peut plus venir en avion depuis le début de la pandémie.

« J’avais déjà un mariage et je préférerais qu’elle soit ici maintenant plutôt que là-bas », a déclaré Bronshtein. « C’est difficile d’être seule dans l’unité [de l’hôpital] sans famille ».

Jason Hochman a subi avec succès une opération chirurgicale le 4 avril 2021, mais sans ses parents à ses côtés, car le gouvernement israélien ne leur a pas accordé de visa d’entrée. (Autorisation de Jason Hochman)

Les parents de Jason Hochman ont changé leurs vols cinq fois au cours des six derniers mois, dans l’espoir de pouvoir venir avant l’opération chirurgicale qu’il devait subir dimanche.

Son mari était à ses côtés, mais ses parents n’étaient pas là.

« Je savais que le gouvernement ne les laisserait pas entrer », a déclaré M. Hochman, qui travaille pour le programme des étudiants internationaux de l’université de Haïfa et qui connaît bien les formalités administratives liées aux demandes d’autorisation d’entrée dans le pays.

Il a tout de même fait une demande à la commission des exceptions. Il ne leur a fallu que 12 minutes pour rejeter la demande.

M. Hochman suppose que les immigrants originaires de pays anglophones, qui ne sont pas nécessairement aussi insistants que les Israéliens de naissance, peuvent être désavantagés.

« Je ne me suis pas comporté comme un Israélien et je n’ai pas déposé ma demande 10 000 fois, mais pourquoi devrais-je le faire alors qu’ils devraient laisser entrer mes parents ? », a demandé Hochman. « C’est stupide et injuste ».

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