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Des soldats retirent des drapeaux palestiniens à Huwara pour éviter des heurts

L’armée a envoyé des soldats retirer les drapeaux à Huwara, pour empêcher des Israéliens en quête de vengeance de le faire

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un Israélien retire un drapeau palestinien d’un lampadaire dans la ville de Hawara, en Cisjordanie, près de Naplouse, le 22 mai 2022 (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)
Un Israélien retire un drapeau palestinien d’un lampadaire dans la ville de Hawara, en Cisjordanie, près de Naplouse, le 22 mai 2022 (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Ces dernières semaines, des soldats israéliens ont retiré les drapeaux palestiniens accrochés dans une ville de Cisjordanie, décision que les autorités israéliennes espèrent de nature à prévenir des affrontements entre habitants et résidents israéliens d’implantations. Cette pratique aurait aujourd’hui pris fin, si l’on en croit les autorités.

Au cours des dernières semaines, des soldats israéliens ont retiré les drapeaux palestiniens de lampadaires dans la ville de Huwara, et protéger des résidents d’implantations en train de faire de même.

Des images montrent des soldats israéliens en train d’éloigner les Palestiniens de la zone en utilisant des grenades assourdissantes et en pointant leurs armes sur une foule en colère, sur une autoroute utilisée par les Palestiniens et les Israéliens.

Ces dernières semaines ont également été émaillées de jets de pierres, sur la route 60, par des Palestiniens visant des véhicules israéliens. Cette artère majeure de Cisjordanie dessert à la fois les villes palestiniennes et les implantations israéliennes.

Dans une attaque par jets de pierres, mardi soir, le fils et les deux petits-enfants d’un député de droite ont été blessés.

Les retraits de drapeaux ont commencé il y a deux semaines, après qu’une femme israélienne a affirmé avoir été attaquée et cernée de Palestiniens alors qu’elle circulait en ville au volant de sa voiture. Elle n’a pas été blessée. Quelques jours plus tard, des résidents d’implantations se sont rendus à Huwara pour retirer les drapeaux.

L’armée aurait jugé préférable de couper l’herbe sous le pied des résidents d’implantations, en retirant préventivement les drapeaux, afin d’éviter des affrontements avec les résidents palestiniens.

Toutefois, des images ont montré des soldats en train de protéger un groupe de résidents d’implantations occupé à retirer un drapeau, la semaine dernière, tout en lançant des gaz lacrymogènes sur les spectateurs. L’armée a déclaré au Times of Israel, dans un communiqué, que les soldats étaient arrivés sur les lieux à l’issue d’une violente confrontation entre résidents d’implantations et Palestiniens.

Les soldats ont fait en sorte de séparer les deux parties, mais des Palestiniens ont commencé à leur jeter des pierres, ce qui a amené les militaires à mettre en œuvre des mesures de dispersion des émeutes, a déclaré l’armée.

Quelques jours plus tard, des soldats ont à nouveau protégé un groupe de résidents d’implantations qui défilait dans la ville palestinienne en arborant des drapeaux israéliens, au lendemain de l’attaque qui a blessé les proches d’un député. La démonstration de force ne semblait pas avoir été coordonnée avec l’armée, car des sources ont déclaré que les soldats étaient arrivés bien après le début du défilé.

Mais cette fois encore, les militaires ont employé des gaz lacrymogènes contre les spectateurs, sans disperser l’attroupement de résidents d’implantations.

La loi israélienne ne prohibe pas les drapeaux palestiniens, mais en pratique, la police les retire régulièrement des espaces publics et les saisit aux Palestiniens qui les agitent dans la partie de Jérusalem-Est annexée par Israël.

Police et armée prétendent avoir le pouvoir de confisquer tout ce qui est susceptible de déclencher des heurts, drapeaux y compris.

Des soldats israéliens bloquent une route, séparant des résidents d’implantations brandissant des drapeaux israéliens et des Palestiniens brandissant leur drapeau dans la ville de Huwara, en Cisjordanie, le 25 mai 2022. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

L’armée a indiqué qu’elle allait mettre un terme à cette opération sur les drapeaux, à moins que le besoin ne s’en fasse de nouveau sentir.

Le commandant de la brigade Samarie a d’ailleurs ordonné à ses troupes, plus tôt cette semaine, de laisser les drapeaux en place pour le moment.

Par ailleurs, un soldat qui n’était pas en service a été interpelé, mardi soir, après avoir tenté de retirer un drapeau palestinien, a rapporté le radiodiffuseur public Kan. Il était en possession de plusieurs armes et de munitions, et Tsahal a déclaré détenir l’homme « pour soupçons d’infractions graves liées aux armes ».

En règle générale, de telles scènes sont rares en Cisjordanie, particulièrement dans les villes palestiniennes sous le contrôle administratif de l’Autorité palestinienne.

Le segment Huwara de la Route 60 est l’une des rares autoroutes utilisées par les Israéliens en Cisjordanie à ne pas se trouver en zone C, sous contrôle administratif et de sécurité israélien, mais en zone B, sous contrôle militaire israélien mais autorité civile palestinienne.

Les négociateurs israéliens des Accords d’Oslo ont estimé que la sécurité en zone B était suffisante pour protéger les résidents d’implantations traversant la ville, bien que les implantations voisines aient considérablement augmenté au cours des trente années qui ont suivi.

Des soldats israéliens montent la garde alors que des résidents d’implantations manifestent avec des drapeaux israéliens dans le village de Hawara, en Cisjordanie, près de Naplouse, le 25 mai 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le gouvernement est en train de construire une route de contournement de Huwara pour les résidents d’implantations, cette fois située en zone C.

Plus tôt cette année, des extrémistes juifs ont jeté des pierres sur des Palestiniens alors qu’ils défilaient dans une ville voisine, blessant trois personnes et détruisant plusieurs voitures.

Au cours des deux dernières semaines, des soldats israéliens s’en sont pris à des personnes qui agitaient des drapeaux palestiniens. Ce fut le cas lors des funérailles de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, lorsque des militaires ont tenté d’arracher les drapeaux qui ornaient son cercueil et pris en chasse des participants aux funérailles, au cours d’une intervention violente qui a manqué de faire chuter le cercueil.

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