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Égypte : Israël a ignoré les avertissements répétés de menace « énorme »

Selon d'anciens leaders israéliens, la négligence des alertes n'est qu'une des erreurs commises ; un responsable égyptien dit qu'Israël s'est concentré sur la Cisjordanie

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, rencontrant le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et les chefs militaires au quartier général de Tsahal, à Tel Aviv pour une évaluation de la sécurité, le 8 octobre 2023. (Crédit : GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, rencontrant le ministre de la Défense Yoav Gallant, au centre, et les chefs militaires au quartier général de Tsahal, à Tel Aviv pour une évaluation de la sécurité, le 8 octobre 2023. (Crédit : GPO)

Lundi, les questions de plus en plus nombreuses sur l’échec retentissant des services de renseignement israéliens à prévenir une attaque surprise du Hamas et à s’y préparer se sont multipliées lorsqu’un responsable des services de renseignement égyptiens a déclaré que Jérusalem avait ignoré les avertissements répétés selon lesquels le groupe terroriste basé à Gaza préparait « quelque chose de gigantesque ».

Le responsable égyptien a déclaré que l’Égypte, qui sert souvent de médiateur entre Israël et le Hamas, avait parlé aux Israéliens à plusieurs reprises de « quelque chose d’énorme », sans donner plus de détails.

Il a ajouté que les responsables israéliens étaient focalisés sur la Cisjordanie et avaient négligé la menace provenant de la bande de Gaza. La plupart des membres du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu défendent les intérêts des habitants des implantations en Cisjordanie, qui ont exigé des mesures de sécurité plus strictes face à la vague de violence qui s’est abattue sur la région au cours des 18 derniers mois.

« Nous les avons prévenus que la situation était sur le point d’exploser, très bientôt, et que l’explosion serait importante. Mais ils ont sous-estimé ces avertissements », a déclaré à l’Associated Press le fonctionnaire, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat parce qu’il n’était pas autorisé à discuter avec les médias du contenu des discussions sensibles des services de renseignement.

Israël ne s’est pas contenté d’ignorer les avertissements explicites de ses alliés.

Les Palestiniens de la bande de Gaza se savent sous la surveillance constante d’Israël. Les drones de surveillance bourdonnent constamment au-dessus de leur tête. La frontière hautement sécurisée est truffée de caméras de sécurité et de soldats en faction. Les services de renseignement exploitent les sources et le cyber-espace pour obtenir des informations.

Un drone Heron de l’armée israélienne survole la ville d’Ashdod, dans le sud d’Israël, le 13 novembre 2019. (Ahmad Gharabli/AFP)

Le système israélien semble toutefois ne pas avoir fonctionné avant l’assaut surprise du groupe terroriste Hamas, qui a franchi les barrières frontalières israéliennes et envoyé des centaines de terroristes en Israël pour massacrer plus de 700 personnes et blesser plus de 2 000 autres.

Au fil des ans, les services de renseignement israéliens ont acquis une réputation d’invincibilité à la suite d’une série d’exploits réalisés par eux. Israël a déjoué des complots en Cisjordanie, aurait traqué des agents du Hamas à Dubaï et a été accusé d’avoir tué des scientifiques nucléaires iraniens en plein cœur de l’Iran. Même lorsque leurs efforts se sont soldés par un échec, les agences telles que le Mossad, le Shin Bet et les services de renseignements militaires ont conservé leur caractère mystique.

L’attaque du week-end, qui a pris Israël au dépourvu lors d’une grande fête juive, remet toutefois cette réputation en question et soulève des questions quant à l’état de préparation du pays face à un ennemi plus faible mais déterminé. Plus de 48 heures après le début de l’attaque, les terroristes du Hamas ont continué à combattre les forces israéliennes à l’intérieur du territoire israélien, et plus de 100 Israéliens ont été capturés par le Hamas à Gaza.

« C’est un échec retentissant », a déclaré Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Cette opération prouve que les capacités [de renseignement] à Gaza n’étaient pas bonnes.

Amidror n’a pas voulu donner d’explication à cet échec et a déclaré qu’il faudrait en tirer les leçons une fois la poussière retombée.

Des familles de civils enlevés par l’organisation terroriste Hamas tiennent une conférence de presse à Kfar Maccabiades, Ramat Gan, le 8 octobre 2023 (Crédit : Miriam Alster/Flash9)

Le contre-amiral Daniel Hagari, porte-parole militaire en chef, a reconnu que l’armée devait des explications à la population. Mais il a déclaré que ce n’était pas le moment. « Nous combattons d’abord, nous enquêtons ensuite », a-t-il déclaré.

Certains pensent qu’il est trop tôt pour attribuer la responsabilité à une simple défaillance des services de renseignement. Ils pointent du doigt une vague de violence de faible intensité en Cisjordanie, qui a déplacé certaines ressources militaires vers cette région, ainsi que le chaos politique qui secoue le pays à la suite des mesures prises par le gouvernement d’extrême droite de Netanyahu pour remanier le système judiciaire. Ce plan controversé a largement menacé la cohésion de Tsahal.

Mais le manque apparent de renseignements préalables sur le complot du Hamas sera probablement considéré comme l’un des principaux responsables de la chaîne d’événements qui a conduit à l’attaque la plus meurtrière contre des Israéliens depuis des dizaines d’années.

Le retrait par Israël de ses troupes et de ses habitants des implantations de la bande de Gaza en 2005 l’a privé d’un contrôle étroit sur les événements. Mais si même après la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007, Israël semblait conserver son avantage, en s’appuyant sur le renseignement technologique et humain, il n’en demeure pas moins qu’il a su s’adapter à l’évolution de la situation.

Il affirmait connaître l’emplacement exact des dirigeants du Hamas et l’aurait prouvé au moyen de frappes chirurgicales sélectives, certains dirigeants en faisant les frais alors qu’ils étaient endormis dans leur chambre à coucher. Israël savait où frapper les tunnels souterrains utilisés par le Hamas pour transporter combattants et armes, et a détruit des kilomètres de passages cachés.

En dépit de ces capacités, le Hamas a réussi à garder son plan secret. Cette attaque féroce, qui a probablement nécessité des mois de planification et d’entraînement méticuleux et impliqué la coordination de plusieurs groupes terroristes, semble être passée sous le radar des services de renseignement israéliens.

Des Palestiniens montant à bord d’un véhicule militaire israélien pris par une base militaire à l’intérieur d’Israël envahie par le Hamas, dans la ville de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Abed Abu Reash/AP)

Amir Avivi, général israélien à la retraite, a déclaré qu’en l’absence du moindre point d’appui à l’intérieur de Gaza, les services de sécurité israéliens s’appuient de plus en plus sur des moyens technologiques pour obtenir des renseignements. Selon lui, les terroristes de Gaza ont trouvé des moyens d’échapper à cette collecte de renseignements technologiques, ce qui leur a permis de fournir à Israël une image incomplète de leurs intentions.

« L’autre camp a appris à contrer notre domination technologique et a cessé d’utiliser des technologies susceptibles de les exposer », a indiqué Avivi, qui a servi d’intermédiaire en matière de renseignements sous l’autorité d’un ancien chef d’état-major de l’armée. Il est président et fondateur du Forum israélien de défense et de sécurité, un groupe d’anciens commandants militaires.

« Ils sont revenus à l’âge de pierre », a-t-il déclaré, expliquant que les terroristes n’utilisaient ni téléphone ni ordinateur et menaient leurs activités sensibles dans des pièces spécialement protégées de l’espionnage technologique ou dans des souterrains.

Avivi a toutefois souligné que l’échec ne se limitait pas à la collecte de renseignements et que les services de sécurité israéliens n’avaient pas réussi à dresser un tableau complet des renseignements recueillis, en raison, selon lui, d’une interprétation erronée des intentions du Hamas.

Depuis quelques années déjà, les services de sécurité israéliens considèrent le Hamas davantage comme un acteur désireux de gouverner, de développer l’économie de Gaza et d’améliorer le niveau de vie des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza. Mais selon Avivi et d’autres, la vérité est que le Hamas n’a jamais cessé d’appeler à la destruction d’Israël et considère toujours cet objectif comme sa priorité.

Ces dernières années, Israël a autorisé jusqu’à 18 000 travailleurs palestiniens de Gaza à travailler en Israël, où ils sont payés dix fois plus que dans l’enclave côtière appauvrie. Les services de sécurité ont estimé que cette « carotte » était un moyen de maintenir un calme relatif.

Des travailleurs palestiniens entrent en Israël après avoir traversé la bande de Gaza, du côté israélien du point de passage d’Erez entre Israël et la bande de Gaza, le 27 mars 2022. (Crédit : Oded Balilty)

« En pratique, cela signifie que pendant des mois, des centaines, voire des milliers d’agents du Hamas se préparaient à une attaque surprise, sans que rien ne soit divulgué », écrit Amos Harel, commentateur des questions de défense, dans le quotidien Haaretz. « Les résultats ont été catastrophiques. »

Sans oublier qu’Israël était également concerné et déchiré par le plan de refonte judiciaire de Netanyahu. Netanyahu a reçu de nombreux avertissements de la part de responsables de la défense, ainsi que de plusieurs anciens chefs des agences de renseignement du pays, indiquant que ce projet clivant minait la cohésion des services de sécurité du pays.

Un homme parlant à des soldats israéliens patrouillant près de la ville de Tulkarem en Cisjordanie après des affrontements entre les forces israéliennes et des tireurs palestiniens, le 5 octobre 2023. (Crédit : Zain Jaafar/AFP)

Martin Indyk, qui a été envoyé spécial pour les négociations israélo-palestiniennes sous l’administration Obama, a déclaré que les divisions internes sur les changements juridiques étaient un facteur aggravant qui a contribué au fait que les Israéliens ont été pris au dépourvu.

« Cela a provoqué des tensions au sein de Tsahal, ce qui s’est avéré être une énorme source de confusion », a-t-il déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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