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Élections municipales à Rome : Enrico Michetti, antisémite et pro-fasciste ?

Le candidat d'extrême-droite, qui a écrit un texte sur l'existence d'un "lobby juif", a suggéré d'utiliser durant la pandémie le salut romain avec un bras levé, tels les fascistes

Enrico Michetti (Crédit : capture d'écran YouTube)
Enrico Michetti (Crédit : capture d'écran YouTube)

Les Romains commencent dimanche à voter pour élire leur maire au deuxième tour d’élections qui s’annoncent serrées, dans une ville accablée par des transports publics défaillants et une gestion désastreuse des ordures.

Le scrutin municipal, prévu sur deux jours, débute au lendemain d’une grande manifestation dans la capitale italienne pour réclamer l’interdiction de l’extrême droite, après de violentes manifestations contre le pass sanitaire le week-end précédent, pendant que le candidat de droite fait l’objet d’accusations d’antisémitisme et d’attitude pro-fasciste.

Les sondages donnent le candidat de centre gauche, l’ex-ministre de l’Economie et des Finances Roberto Gualtieri (Parti démocrate, PD), favori face au candidat de la droite et de l’extrême droite Enrico Michetti, avocat et animateur radio. Les deux candidats sont âgés de 55 ans.

Au premier tour, M. Michetti avait remporté 30 % des voix et M. Gualtieri 27 %, mais ce dernier devrait récupérer une bonne partie des voix du candidat indépendant centriste Carlo Calenda et de la maire sortante Virginia Raggi (Mouvement 5 Etoiles, anti-système) défaits au premier tour début octobre.

M. Michetti a été accusé d’antisémitisme après un article affirmant l’existence d’un « lobby » juif « capable de décider du sort de la planète » qu’il a écrit l’année dernière et a été ressorti par un journal de gauche. Il a par ailleurs suggéré cette année d’utiliser pendant la pandémie de coronavirus le salut romain avec un bras levé, communément utilisé par les fascistes, en assurant que c’était plus hygiénique.

M. Michetti est soutenu par une alliance des partis d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) de Giorgia Meloni et La Ligue de Matteo Salvini avec le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi.

M. Salvini a qualifié la manifestation contre l’extrême droite organisée samedi de manoeuvre électorale de la gauche.

Portant des pancartes « Fascisme, plus jamais », les manifestants sur la place San Giovanni – un lieu associé historiquement à la gauche – ont demandé l’interdiction du groupe néofasciste Forza Nuova (FN). Cette manifestation a rassemblé au moins 200 000 personnes, selon les organisateurs, qui ont mobilisé 800 cars et 10 trains. Des leaders de FN figuraient parmi les personnes arrêtées après l’attaque du siège du syndicat CGIL (gauche), principale confédération syndicale du pays, lors de la manifestation anti-pass du 9 octobre.

Rassemblement antifasciste convoqué par les syndicats italiens CGIL, CISL et UIL sur la Piazza San Giovanni à Rome le 16 octobre 2021 (Crédit : Alberto PIZZOLI / AFP)

« Ce n’est pas seulement une riposte au ‘squadrisme’ fasciste », a déclaré le secrétaire général du syndicat CGIL Maurizio Landini, utilisant le terme désignant des forces paramilitaires après la Première Guerre Mondiale devenues une forme de bras armé du fascisme italien.

« Cette place symbolise aussi tous ceux qui en Italie veulent changer le pays, qui veulent fermer la porte à la violence politique », a-t-il ajouté devant les manifestants rassemblés.

(À partir de la gauche) Le secrétaire général de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), Maurizio Landini, le secrétaire général de la Confédération italienne des syndicats (CISL), Luigi Sbarra et le secrétaire général de l’Union italienne du travail (UIL), PierPaolo Bombardieri applaudissent sur scène à l’issue d’un rassemblement antifasciste convoqué par les syndicats italiens CGIL, CISL et UIL sur la Piazza San Giovanni à Rome le 16 octobre 2021 (Alberto PIZZOLI / AFP)

« Les groupes néofascistes doivent être interdits, dès maintenant. Mais au préalable nous avons besoin d’une éducation antifasciste dans les écoles », a déclaré à l’AFP une étudiante, Margherita Sardi.

Le Parti démocrate (centre-gauche), en tête des appels à l’interdiction de FN, a indiqué que sa pétition pour que le Parlement la prononce avait rassemblé 100 000 signatures.

Un homme tient une pancarte disant « oui au vaccin » lors d’un rassemblement antifasciste convoqué par les syndicats italiens CGIL, CISL et UIL sur la Piazza San Giovanni à Rome le 16 octobre 2021 (Crédit : Alberto PIZZOLI / AFP)

La campagne des municipales a été dominée par des plaintes sur la dégradation de la situation dans la métropole de 2,8 millions d’habitants, l’une des plus étendues d’Europe, au point que des sangliers, attirés par les monceaux d’ordures entassés à même le sol, circulent régulièrement dans certaines zones résidentielles.

« Rome ne peut se résigner à ne parler que d’ordures et de nids-de-poule », a déclaré vendredi M. Gualtieri lors de son dernier meeting électoral avant le scrutin, « Rome est une grande capitale européenne ».

M. Michetti, qui se réfère fréquemment à la gloire de la Rome antique, a fini sa campagne sur une place voisine en déclarant qu’il existe « beaucoup d’affection dans cette ville, beaucoup de désir de renaître et se relever ».

Les électeurs votent pour le deuxième tour des municipales dimanche et lundi à Rome ainsi que dans les grandes villes de Trieste et Turin dans le Nord du pays et une soixantaine d’autres villes. Au premier tour, les partis d’extrême droite avaient réalisé une mauvaise performance et perdu la bataille dans plusieurs villes-clefs comme Milan, Naples et Bologne.

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