Elliott Abrams: Il est faux de dire que les officiels iraniens sont remplaçables
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Interview

Elliott Abrams: Il est faux de dire que les officiels iraniens sont remplaçables

L'envoyé de Trump pour l'Iran a dit que l'assassinat de Fakhrizadeh ralentira le programme nucléaire de Téhéran, et que Netanyahu a été le premier à dénoncer un accord "défectueux"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Elliot Abrams, l'envoyé spécial des États-Unis pour l'Iran et le Venezuela, s'adresse aux journalistes à l'ambassade des États-Unis à Lisbonne, le 9 avril 2019. (AP/Armando Franca)
Elliot Abrams, l'envoyé spécial des États-Unis pour l'Iran et le Venezuela, s'adresse aux journalistes à l'ambassade des États-Unis à Lisbonne, le 9 avril 2019. (AP/Armando Franca)

NEW YORK – Une critique courante des assassinats tels que celui qui a coûté la vie au scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh le mois dernier est que les personnes visées sont simplement remplacées alors que le conflit régional s’intensifie. Dans le cas de l’Iran, cependant, le représentant spécial du président américain Donald Trump pour la République islamique ne pense pas que la sagesse conventionnelle s’applique.

« Je pense que c’est une erreur de croire que les fonctionnaires iraniens … sont des rouages interchangeables dans une machine qui n’ont aucun aspect personnel qui soit irremplaçable », a déclaré Elliott Abrams dans une interview au Times of Israel la semaine dernière.

Abrams a partagé une vision de Téhéran qui semble faire écho à celle du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont Abrams a dit qu’il était « en avance sur son temps » lorsqu’il a reconnu les dangers de l’accord nucléaire iranien et a fait pression contre sa signature en 2015. Maintenant que le président désigné Biden se prépare à réintégrer le Plan d’action global conjoint déserté par Trump en 2018, Abrams a lancé un avertissement de dernière minute, tout en semblant se consoler dans la conviction que la campagne de « pression maximale », menée contre l’Iran et qu’il a aidé à orchestrer pour enterrer le JCPOA, sera difficile à défaire.

En défendant la pratique des assassinats ciblés en Iran, Abrams a d’abord cité le meurtre en janvier du commandant du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, Qassem Soleimani, dont les Etats-Unis ont assumé la responsabilité, affirmant que le défunt général était responsable des attaques passées et futures contre les forces américaines dans la région.

Des militaires se tiennent près du cercueil de Mohsen Fakhrizadeh recouvert du drapeau iranien, un scientifique nucléaire qui a été tué vendredi, lors d’une cérémonie funéraire à Téhéran, en Iran, le 30 novembre 2020. (Ministère de la Défense iranien via AP)

Quant à Fakhrizadeh, le scientifique qu’Israël et les Etats-Unis ont accusé de diriger le programme d’armes nucléaires de l’Iran, Abrams s’est abstenu de divulguer l’identité de l’acteur responsable de l’assassinat, bien que celui-ci ait été largement attribué à l’Etat juif. L’envoyé de Trump s’est contenté de dire qu’“Israël a le droit de se défendre”.

Il a souligné que « personne n’en savait plus » sur le dossier nucléaire iranien que Fakhrizadeh. « Il était le principal organisateur de ce programme, et le principal intermédiaire entre le programme d’armes nucléaires et les hauts dirigeants du pays », a déclaré M. Abrams. « Je pense donc que son départ de cette fonction va les ralentir. »

« Les élections ont des conséquences »

Un autre volet de la stratégie plus large visant à ralentir l’Iran a été le régime de sanctions agressif de l’administration Trump, qui, selon M. Abrams, a été conçu pour fournir aux États-Unis le levier nécessaire pour négocier un accord nucléaire plus favorable qui mettrait également un terme au programme de missiles balistiques de la République islamique et à son hégémonie régionale.

Si M. Biden et ses conseillers ont reconnu la nécessité de répondre à ces deux préoccupations, le président désigné a indiqué que sa priorité serait de s’occuper en premier lieu du dossier nucléaire. M. Biden considère que le JCPOA, qui a offert à l’Iran un allègement des sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire, est la meilleure formule pour y parvenir.

L’administration Trump et le gouvernement Netanyahu ont tous deux mis en garde contre un retour à l’accord, et ont soutenu que le fait de maximiser, plutôt que de relâcher la pression, convaincra l’Iran de s’aligner.

Le président américain Barack Obama, avec le vice-président Joe Biden (à gauche), prononce une allocution dans la East Room de la Maison Blanche, le 14 juillet 2015 à Washington. (Crédit : Andrew Harnik / AFP)

« Nous pensons que le JCPOA était un accord très défectueux. Nous partageons l’avis du Premier ministre Netanyahu », a déclaré M. Abrams, précisant que ses dispositions de caducité – après lesquelles l’Iran pourrait théoriquement fabriquer une bombe – expirent trop rapidement et que la hausse des dépenses de défense de l’Iran suite à l’allégement des sanctions prévu par le JCPOA prouvait que le régime utilisait l’accord pour continuer à faire des ravages dans la région.

Abrams a déclaré que lui et d’autres responsables de Trump ont rencontré des membres de l’équipe de transition de Biden. « Nous essayons de les persuader que nous ne sommes pas en 2015. Nous sommes presque en 2021 et beaucoup de choses ont changé, donc les formules que vous pensiez bonnes pour la négociation initiale [JCPOA] ne sont pas si bonnes aujourd’hui », a-t-il dit.

L’envoyé spécial a insisté sur le fait que son équipe coopérait à la transition, mais il a précisé que « demander une rencontre des esprits [serait] erroné. Ce n’est pas censé être une rencontre entre les esprits de deux partis politiques différents, de deux points de vue différents sur la question. Comme l’a dit le président Obama, ‘les élections ont des conséquences' ».

Mais malgré ses réticences quant à l’approche de Biden, Abrams était convaincu que le travail effectué par l’équipe de Trump ne serait pas complètement inversé. Il a souligné la pléthore de sanctions liées aux droits de l’homme et au contre-terrorisme instituées par l’administration sortante dans le cadre de la campagne de pression maximale.

« Comment expliquez-vous l’annulation de ces sanctions si les personnes qui ont été sanctionnées sont clairement des violateurs des droits de l’homme ? Comment annuler une sanction pour terrorisme contre un individu qui était clairement impliqué, par exemple, dans la Force Al-Qods », a-t-il demandé.

« Ce n’est pas comme si l’on actionnait un interrupteur – oui, des sanctions, non, pas de sanctions. Je pense que ce sera une négociation très compliquée entre les Etats-Unis et l’Iran et je ne pense pas que toutes les sanctions seront levées », a-t-il déclaré, ajoutant que son seul regret était que M. Trump n’ait pas commencé la campagne de pression maximale plus tôt.

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après avoir annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (PHOTO AFP / SAUL LOEB)

En avance sur son temps

Alors qu’il n’avait que des choses positives à dire sur la politique iranienne de l’administration Trump, le néo-conservateur Abrams semblait parler encore plus apprécier la position de Netanyahu sur la question.

Le Premier ministre israélien s’est fait de nombreux adversaires au sein de l’administration Obama, et parmi les démocrates et les partenaires européens du JCPOA lorsqu’il a lancé une campagne publique contre sa signature qui a culminé avec un discours lors d’une session conjointe du Congrès en 2015.

« Je pense que si vous le considérez sous l’angle actuel… il était en avance sur son temps », a dit Abrams à propos de Netanyahu. Il a été clairvoyant en disant : ‘C’est ça qui ne va pas avec le JCPOA' ». Il avait raison dans sa critique.

Abrams a fait valoir que le Premier ministre a également réussi à tirer parti de la préoccupation mutuelle des États du Golfe concernant le régime iranien pour établir des relations plus développées et plus ouvertes avec Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle de l’Iran lors d’une réunion conjointe du Congrès des États-Unis dans la salle de la Chambre au Capitole américain, le 3 mars 2015 à Washington, DC. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

Netanyahu semble déterminé à adopter de nouveau cette stratégie, et il s’est déjà prononcé contre le projet de Biden de réintégrer le JCPOA, qualifiant une telle démarche d’“erreur”.

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait qu’il était sage pour un Premier ministre israélien de faire de telles déclarations contre la politique déclarée d’un président avant même qu’il n’entre en fonction et puisse le rencontrer à huis clos, Abrams a défendu Netanyahu.

« Je ne vois pas le Premier ministre se battre. Je le vois dire : ‘Regardez, voici les problèmes, voici les critiques, voici les faiblesses, voici ce qui doit être corrigé' », a déclaré M. Abrams.

« Je pense qu’il est faux, qu’il est injuste de dire : ‘Eh bien, le gouvernement d’Israël ne devrait jamais exprimer son point de vue publiquement’. C’est une position que nous n’imposons pas aux autres gouvernements amis », a-t-il ajouté.

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