Emirats arabes unis : le retrait de l’Opep « n’est pas dirigé contre qui que ce soit »
Abou Dhabi a par ailleurs confirmé des "discussions" avec Washington sur un échange de devises
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Le choix des Emirats arabes unis de se retirer de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) n’est dirigé contre personne, a affirmé lundi Sultan al-Jaber, ministre émirati de l’Industrie et patron de la compagnie pétrolière nationale Adnoc.
Le pays a créé la surprise en annonçant la semaine dernière quitter l’Opep, posant un important défi à l’alliance menée par l’Arabie saoudite et à son extension de l’Opep+, comptant aussi la Russie.
« La décision souveraine des Emirats de se repositionner au sein du paysage énergétique mondial, et de quitter l’Opep et l’Opep+, n’est pas une décision dirigée contre qui que ce soit », a déclaré le dirigeant lors d’une conférence à Abou Dhabi.
Le retrait, effectif depuis début mai, « sert nos intérêts nationaux et nos objectifs stratégiques à long terme », a-t-il ajouté, soulignant que cette initiative donnait aux Emirats « une plus grande capacité (…) pour nous développer ».
« Elle fait partie d’un effort plus large visant à remodeler notre économie et notre base industrielle » dans le but de la rendre « plus résiliente », a encore expliqué Sultan al-Jaber.
La décision intervient alors que les différends entre les Emirats et l’Arabie saoudite, longtemps alliés, ont éclaté au grand jour ces derniers mois.
Fondée en 1960, l’Opep, qui réunit désormais 12 membres, a noué en 2016 une alliance avec dix autres pays, dont Moscou, sous la forme d’un accord appelé Opep+, dans l’optique de limiter l’offre et de soutenir les cours face aux défis posés par la concurrence américaine.
Pour le cartel, le départ des Emirats arabes unis, qui en étaient membres depuis 1967, est une secousse bien plus importante que la défection du Qatar en 2019 puis de l’Angola, selon les analystes.
En plus d’être le quatrième producteur de l’Opep+ en volume, Abou Dhabi dispose de très importantes capacités inexploitées, un levier essentiel du groupe quand il doit réguler le marché.
Les Emirats figurent parmi les pays plus touchés par les attaques menées par l’Iran à la suite de l’offensive israélo-américaine lancée le 28 février contre la République islamique. Et ils ne veulent plus être contraints par les quotas de l’Opep une fois le conflit terminé.
Le pays a investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années. Sa compagnie pétrolière Adnoc prévoit une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, très au-delà de son dernier quota fixé à moins de 3,5 millions de barils par jour.
En augmentant leurs revenus pétroliers, les Emirats veulent aussi développer d’autres secteurs, dont l’intelligence artificielle et l’industrie de défense locale.
Selon Fayçal al-Bannaï, président du conglomérat militaro-industriel EDGE Group, les Emirats sont désormais autosuffisants en dispositifs de brouillage, capitaux dans la lutte anti-aérienne.
Quand l’Iran a lancé des représailles après l’attaque américano-israélienne, 85% des drones lancés contre le pays « ont été interceptés grâce à des brouilleurs développés et produits aux Emirats », s’est félicité M. al-Bannaï.
« Dans les prochaines années, nous sommes déterminés à ce que tout ce qui aura trait à la défense anti-aérienne sera (…) totalement produit » dans le pays, a-t-il ajouté.
Les Emirats confirment des « discussions » avec Washington sur un échange de devises
Les Emirats arabes unis ont aussi confirmé lundi discuter avec les Etats-Unis d’un accord d’échange de devises, mais démenti qu’il s’agisse d’un plan de sauvetage de leur économie, ébranlée par la guerre au Moyen-Orient.
Interrogé à ce sujet lors d’une conférence d’investisseurs à Abou Dhabi, le ministre du Commerce extérieur de la pétromonarchie, Thani Al Zeyoudi, a affirmé que ce projet d’accord, dit de « swap », était « en cours de discussion », et souligné que les Emirats voulaient rejoindre le « groupe d’élite » de pays ainsi liés à Washington.
M. Al Zeyoudi a en revanche rejeté l’idée que cet accord, évoqué le mois dernier par le Wall Street Journal, constitue un plan de sauvetage de l’économie du pays, l’un des plus riches au monde en terme de PIB par habitant.
Ce dernier avait fait de la stabilité géopolitique l’un de ses arguments pour séduire entreprises, investisseurs immobiliers et touristes, un modèle mis à mal par les multiples frappes de l’Iran contre des infrastructures des Emirats et d’autres riches pays de la rive sud du Golfe, alliés de Washington.
Un tel accord d’échange de devises consisterait à emprunter auprès de la banque centrale américaine (Fed) des dollars, monnaie de référence, en échange de monnaie locale, le dirham émirati. Selon le WSJ, qui a cité des responsables américains, les Emirats souhaitent bénéficier d’une telle mesure pour stabiliser leur économie au cas où les conséquences de la guerre continueraient à la mettre à l’épreuve.
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