Rechercher

En dépit des accords, Israël refuse les demandes d’asile russes et biélorusses

Fuyant les arrestations et parfois la torture, les dissidents en Israël vivent une situation difficile. Leur demande d'asile, en suspens, les laisse dans l’incertitude

IIllustration : Une Russe qui demande l’asile aux États-Unis se rappelle son voyage depuis la Russie jusqu'à la frontière mexicaine, près du point de passage de San Ysidro aux États-Unis, à Tijuana, au Mexique, le 17 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Gregory Bull)
IIllustration : Une Russe qui demande l’asile aux États-Unis se rappelle son voyage depuis la Russie jusqu'à la frontière mexicaine, près du point de passage de San Ysidro aux États-Unis, à Tijuana, au Mexique, le 17 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Gregory Bull)

Des milliers de demandeurs d’asile originaires de Russie et Biélorussie ont demandé asile en Israël, avant et depuis l’invasion de l’Ukraine, mais l’État suit jusqu’à présent une politique qui les laisse dans l’incertitude et les prive de tout droit.

Parmi les demandeurs d’asile en provenance de Russie et de Biélorussie, on trouve des manifestants anti-régime susceptibles d’être arrêtés et torturés s’ils sont forcés de retourner dans leur pays d’origine, où les mesures anti-manifestations se sont durcies depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février dernier.

L’un de ces demandeurs d’asile, Dmitry (pseudonyme), a fui la Biélorussie après avoir participé à des manifestations contre le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Il est arrivé en Israël avec un visa de tourisme il y a environ un an, laissant femme et enfants au pays avec l’espoir de les faire venir plus tard en Israël.

« Depuis le début de la guerre en Ukraine, dans laquelle la Biélorussie soutient la Russie, le régime est devenu encore plus violent envers les manifestants et a commencé à s’en prendre à leurs familles », a déclaré un associé de Dmitry à Zman Yisrael, la version en hébreu du Times of Israel.

Arrivés en Israël peu après Dmitry, sa femme et ses deux enfants se sont vu refuser l’asile et ont été détenus à l’aéroport Ben Gurion. Dmitry a fait appel de la détention de sa famille et loué un petit appartement pour eux, pensant qu’ils seraient bientôt réunis.

Mais son appel a été rejeté et sa famille, expulsée. Seul à nouveau dans un pays qui ne semble pas vouloir de lui, Dmitry quittera probablement Israël bientôt et cherchera refuge pour sa famille ailleurs.

La police interpelle un manifestant lors d’une manifestation contre l’invasion de l’Ukraine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 2 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Dmitri Lovetsky)

« L’État d’Israël a signé la Convention internationale relative au statut des réfugiés mais l’ignore », regrette l’avocat Yeshayahu Rotenstreich, qui représente les immigrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile des États post-soviétiques.

« La Russie et la Biélorussie sont sous la férule de meurtriers et de gangsters portant costume. Des milliers de personnes s’opposent au système politique dans ces pays, en prenant part à des manifestations anti-régime avant de s’enfuir en Israël pour y demander l’asile. La plupart se sont vus refuser l’asile et ont été expulsés. Malheureusement, aucune demande ne reçoit une réponse favorable », déplore-t-il.

Rotenstreich précise que l’État utilise une technique imparable pour ignorer les demandeurs d’asile : attendre que la demande soit examinée – un processus qui peut prendre jusqu’à cinq ans – avant de finalement la rejeter.

« Malheureusement, cette technique est efficace. Les demandes sont systématiquement rejetées, encore et toujours », indique-t-il, notant que lorsque les demandeurs d’asile se pourvoient devant les tribunaux, l’État demande au tribunal de ne pas interférer dans ses affaires en la matière.

« Le tribunal ne peut pas contraindre le pouvoir exécutif à adopter une politique différente si la loi le permet et si elle est appliquée de manière cohérente, même si la politique est sans cœur, insensée et déformée », précise Rotenstreich.

Les débats judiciaires concernant les demandes d’asile se déroulent à huis clos, de sorte qu’il ne lui est pas possible de fournir des détails spécifiques.

Illustration : Un couple originaire de Russie demandeur d’asile attend près du point de passage frontalier aux États-Unis de San Ysidro, à Tijuana, au Mexique, le jeudi 17 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Gregory Bull)

Interrogé sur les raisons de cette politique, Rotenstreich a demandé à  « comprendre la logique. Mais je crois qu’il existe surtout une peur irrationnelle que les réfugiés prennent le travail [des Israéliens] ou, au contraire, qu’ils ne travaillent pas et soient une charge pour la société. Cela tient aussi sans doute, pour certains, à cette identité juive que les réfugiés menaceraient, bien qu’à la lecture du ratio réfugiés/citoyens, cet argument paraisse totalement absurde ».

Selon les données publiées par l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration, une centaine de demandes d’asile ont été présentées par des ressortissants russes et 21 par des Biélorusses depuis le 28 février dernier.

Depuis 2011, 8 720 demandes d’asile été présentées par des Russes et quelque 1 394 par des Biélorusses, selon ces mêmes données. Selon Rotenstreich, aucune demande n’a été approuvée et la grande majorité a été rejetée, généralement après un délai d’attente de quatre à cinq ans.

« Toutes les demandes [d’asile] ont été soumises à l’unité RSD qui traite les demandes d’asile et chacune d’entre elles est examinée de près », a déclaré l’Autorité de la population et de l’immigration en réponse, se refusant à tout commentaire sur les propos de Rotenstreich.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...