Entre gaspillage, protection de l’environnement et coût de la vie en Israël
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Entre gaspillage, protection de l’environnement et coût de la vie en Israël

Une initiative du ministère de l'Agriculture survient après un rapport annuel qui a estimé à 2,5 millions de tonnes en moyenne la quantité de déchets alimentaires chaque année

Des tomates emballées dans du plastique (Crédit : DutchScenery/ iStock/Getty)
Des tomates emballées dans du plastique (Crédit : DutchScenery/ iStock/Getty)

Une nouvelle initiative du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, visant à subventionner les supermarchés pour qu’ils emballent leurs fruits et leurs légumes dans des conditionnements en plastique afin de réduire le gaspillage, a suscité la colère des militants écologistes en raison des incroyables quantités de déchets jetables qui pourraient envahir les rayons des supermarchés à l’avenir.

Le ministère a annoncé la semaine dernière qu’une nouvelle initiative serait prise avec pour objectif de « révolutionner la question des déchets alimentaires en Israël » en emballant les fruits et les légumes dans de petits sachets.

Le ministère a affirmé que ces conditionnements en plastique pourraient permettre de prolonger la durée de consommation des fruits et des légumes, réduisant le gaspillage dans les supermarchés de 10 % à 15 % et les pertes de 20  % à 25  % dans les foyers israéliens.

« Tous ceux qui réfléchissent un peu comprendront qu’emballer les produits dans du plastique ne réduira pas les déchets parce que cela obligera à acheter plus que nécessaire », explique Karen Tamari qui travaille chez Green Course, une organisation qui se consacre à la défense de l’environnement. « Les fruits et les légumes ont déjà une couche protectrice. C’est la nature ».

« Nous pensons que cette initiative part du bon constat, le désir de mettre un terme aux déchets est profitable à l’environnement et il est bon dans l’ensemble », commente pour sa part Maya Jacobs, directrice-générale de Zalul, une organisation maritime et environnementale spécialisée dans la gestion des déchets en plastique. « Mais c’est la manière de procéder qui est problématique, on ne peut pas résoudre un problème en le remplaçant par un autre ».

Elle ajoute qu’il y a un mouvement, dans le monde entier, qui vise à réduire la quantité des emballages en plastique et que le plan prévu par le ministère va à l’encontre de ce qui se fait dans presque tous les autres pays développés.

« D’ici 2050, il y aura plus de plastique dans la mer que d’animaux », note-t-elle. « Le plastique s’accumule. Tous les éléments en plastique fabriqués depuis les années 1940 ont encore leur forme originale ou ils se sont dégradés en micro-plastique [des morceaux de plastique minuscules qui sont avalés par les poissons et autres animaux et qui sont entrés ainsi dans la chaîne alimentaire] ».

Jacobs précise que les organisations environnementales ont envoyé une lettre au ministère de l’Agriculture et que des pétitions s’opposant à la mesure ont récolté des milliers de signatures. « S’ils veulent la guerre, ils l’auront », ajoute-t-elle.

Mardi, Leket Israel et la firme de conseil BDO ont rendu public le rapport annuel sur les déchets alimentaires qui estime à 35 % le pourcentage de produits alimentaires d’origine israélienne jetés à la poubelle.

Ce qui équivaut à 2,5 millions de tonnes, soit approximativement 19,7 milliards de shekels, selon le rapport de l’organisation.

Le gaspillage alimentaire concerne les produits perdus à un moment où à un autre de la chaîne d’approvisionnement, que ce soit parce qu’ils n’ont pas été ramassés dans les champs agricoles ou parce qu’ils se sont gâtés sur le rayon d’un supermarché, ou qu’ils n’ont pas été consommés par le consommateur/acheteur.

Une infographie fournie par Leket Israel sur la quantité de produits alimentaires gaspillés dans la vente au détail et la distribution au sein de l’Etat juif (Autorisation : Leket Israel)

La quantité de déchets alimentaires en Israël est restée stable depuis que l’organisation a émis son premier rapport, il y a quatre ans. Israël est le pays qui connaît le plus fort taux de gaspillage au sein de l’OCDE après le Danemark en matière d’alimentation.

Le foyer moyen israélien jette environ 3 200 shekels de produits alimentaires par an, ce qui est l’équivalent d’un mois et demi de dépenses alimentaires pour une famille, note le document. Environ 23 % des fruits et des légumes achetés par les Israéliens ne sont pas consommés.

Gidi Kroch, directeur-général de Leket Israel, affirme que le gouvernement doit passer à l’action pour modifier drastiquement la quantité de nourriture gaspillée au sein de l’Etat juif mais il s’inquiète que les conditionnements en plastique prévus par le ministère de l’Agriculture ne suffisent pas à réduire les pertes en termes de fruits et légumes.

« C’est un fait que les produits frais emballés se portent mieux que leurs équivalents sans emballage », dit-il. « Mais les conditionnements en plastique ont aussi un impact sur l’environnement ».

Des Israéliens font leurs courses pour Pessah au supermarché Rami Levi de Talpiot, à Jérusalem, le 20 avril 2016 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Plus important que les emballages, dit-il, les actions qui peuvent être prises au niveau individuel, comme calculer la bonne quantité de produit à cuisiner et aller faire ses courses avec une liste pour éviter les achats impulsifs. Le gouvernement peut également prendre des initiatives concrètes pour réduire les déchets alimentaires – amélioration de la date d’expiration de manière à ce qu’elle reflète le moment où l’aliment est devenu impropre à la consommation plutôt qu’une vente suggérée par date.

Parmi d’autres mesures possibles, faciliter pour les institutions l’accès aux organismes où les produits non consommés peuvent être offerts, une initiative qui a connu un essor depuis l’approbation par la Knesset, au mois d’octobre 2018, de la Loi sur le don alimentaire, similaire à la Loi du bon Samaritain qui a été adoptée aux Etats-Unis et qui permet de donner des produits alimentaires sans craindre d’éventuelles répercussions judiciaires.

Le ministère de l’Agriculture estime que les produits pré-conditionnés – fruits et légumes – augmentent la durée de conservation, réduisant les déchets et la manipulation non nécessaire des produits, qui peut être peu hygiénique.

Selon le ministère, les produits présentant le plus fort taux de gaspillage au sein de la distribution sont les bananes (avec un taux de 17 % dans les supermarchés), les tomates (16 %) et les concombres (15 %). L’emballage protégera les produits des coups et des bosses et permettra de mieux étiqueter l’origine du fruit ou du légume, ainsi que de signaler l’endroit où il a été conditionné.

Selon le ministère, les grandes chaînes de supermarché concentrent approximativement 60 % des achats alimentaires en Israël. Ce qui signifie que l’un des meilleurs moyens d’œuvrer en faveur d’un changement est de lancer l’initiative au sein de ces enseignes en particulier. Selon le plan, après la période ouverte aux contributions publiques – qui s’achèvera le 10 mars – le ministère lancera un appel aux supermarchés potentiellement intéressés par l’initiative. Telle que cette dernière est actuellement envisagée, le ministère assurera aux enseignes des subventions à hauteur de plusieurs millions de shekels pour permettre le conditionnement dans des sacs en plastique des produits.

Mais Rami Levi, magnat des supermarchés et directeur-général de l’une des plus grandes chaînes du secteur en Israël, dit ne pas soutenir cette initiative. « Si on pense que ça va aider à réduire la quantité de produits que nous devons jeter, je pense que ce n’est pas un bon raisonnement », explique-t-il. « Certains clients veulent acheter des fruits et des légumes sous emballage, et d’autres non. Il est possible de faire les deux mais conditionner tous les produits n’est pas une bonne idée ».

Rami Levy dans l’un de ses supermarchés à Jérusalem, le 23 juin 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il explique que le gaspillage au niveau de la vente est davantage lié au prix qu’à l’emballage. « Si vous vendez tout, il n’y a pas de déchet », dit-il.

« Tout ce plastique va mettre la pagaille, les coûts en seront très élevés et pas seulement pour le supermarché, avec également l’inquiétude que l’environnement en souffre », ajoute-t-il.

Green Course a organisé une manifestation au Shufersal de Tel Aviv, lundi matin, parce que le magasin utilise d’ores et déjà d’importantes quantités d’emballages en plastique.

« En tant que consommateurs, nous sommes en colère et nous n’apporterons pas notre soutien à cette initiative », s’exclame Tamari, de Green Course. « L’agriculture et l’environnement vont de pair. Le ministère veut dépenser des millions de shekels en les donnant aux supermarchés pour qu’ils emballent leurs produits dans du plastique ? C’est ignorer l’impact négatif de cette pollution. C’est un manque de sens des responsabilités, un manque de vigilance, cela n’a aucun sens. Ils se couvrent de ridicule ».

הגענו לסניף שופרסל אבן גבירול בת"א כדי להבהיר להם ולמשרד החקלאות שאיננו מוכנים להשתלטות הפלסטיקים החד פעמיים והעטיפות שהם מעוניינים לכפות עלינו כצרכנים.למי שפספס/ה – שופרסל התחילו לשווק את כל הפירות והירקות עטופים בפלסטיק באריזות מוכנות מראש, כך שהצרכנים מחויבים (!) לקנות באריזות ויפסידו פעמיים: גם ידחפו להם פירות וירקות בכמויות גבוהות ממה שהם צריכים, וגם יחייבו אותם לזהם את הסביבה. בימים האחרונים גם משרד החקלאות הודיע על רפורמה חדשה שתחייב את דיווק הפירות והירקות באריזות פלסטיק חד פעמי ברשתות נוספות. הצטרפו אלינו, היכנסו לקישור ושלחו מייל למשרד החקלאות -> https://goo.gl/Bh3Vfkנחנקנו!משרד החקלאות ופיתוח הכפר

Posted by ‎מגמה ירוקה – Green Course‎ on Monday, 4 March 2019

Kroch, de Leket Israel, espère qu’indépendamment de la politique d’emballage, les Israéliens vont ouvrir les yeux sur le coût économique du gaspillage. « Chaque famille jette un mois et demi de produits alimentaires par an », dit-il. « C’est parfaitement incroyable ».

Les fabricants ont une responsabilité dans le gaspillage alimentaire lorsqu’ils décident des prix, explique Kroch. « Les consommateurs subissent ces coûts », indique-t-il. « S’il n’y avait pas de déchets alimentaires, le coût de la vie s’effondrerait ». Leket estime que les fabricants ajoutent 11 % au coût final des produits alimentaires pour prendre en compte le gaspillage.

Il y a toutefois de bonnes nouvelles selon Kroch : presque la moitié des produits perdus en Israël peuvent être sauvés grâce à une meilleure logistique et à une meilleure infrastructure. En plus de traquer le gaspillage alimentaire, Leket Israel s’efforce aussi de redistribuer les produits promis à la poubelle aux 200 organisations caritatives de l’Etat juif.

En 2018, Leket Israel a sauvé 2,2 millions de plats cuisinés des bases militaires de Tsahal, d’hôtels, de compagnies de restauration collective et de restaurants ainsi que 15 500 tonnes de produits agricoles d’une valeur de 150 millions de shekels. Le secteur présentant le plus fort taux de gaspillage est celui de l’événementiel : 43 % des produits alimentaires atterrissent à la poubelle.

Leket Israel a collecté 2,2 millions de plats cuisinés au sein des institutions en 2018 pour les donner aux soupes populaires et aux organisations caritatives dans tout Israël (Autorisation : Leket Israel)

« Nous voyons des villes dans le monde entier qui vont dans le sens contraire de l’initiative du ministère », note Jacobs, de l’organisation de défense de l’environnement Zalul. « Nous devons nous souvenir qu’il est nécessaire de changer nos habitudes. Nous sommes une génération qui doit choisir la vie ».

« Le ministère de l’Agriculture ne doit pas se contenter de remplacer un problème par un autre », ajoute-t-il. « On doit rechercher des solutions plus durables. Cela peut être plus compliqué mais il faut trouver des solutions qui viendront aider la planète – pas lui nuire ».

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