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Ephrat Asherie amène la danse de rue new-yorkaise sur la scène des Rocheuses

Née en Israël et élevée à New York, Asherie utilise les racines ouest-africaines de la danse pour explorer l'histoire de sa famille

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Ephrat Asherie Dance interprétant « Odeon » au Vail Dance Festival 2022 à Beaver Creek, Colorado, le 31 juillet 2022. (Autorisation : Christopher Duggan)
Ephrat Asherie Dance interprétant « Odeon » au Vail Dance Festival 2022 à Beaver Creek, Colorado, le 31 juillet 2022. (Autorisation : Christopher Duggan)

BEAVER CREEK, Colorado – Ephrat Asherie et ses quatre collègues danseurs se sont affrontés dans des « battles », se sont mélangés et liés sur scène, alternant entre joie et chagrin, batailles de rue et chorégraphies plus mélancoliques, offrant tout l’esprit des danses de rue new-yorkaises au Vail Dance Festival, festival qui se tient du 29 juillet au 9 août dans les montagnes Rocheuses.

À la fin du mois de juillet, Asherie et sa troupe, ainsi que leurs quatre musiciens, ont présenté « Odeon » durant 90 minutes devant une salle presque comble, au Vilar Performing Arts Center.

« Odeon » est la deuxième collaboration du duo formé par Ephrat et Ehud Asherie, directeur musical de la troupe.

Sur la musique du compositeur brésilien Ernesto Nazareth, mélange de samba et d’autres rythmes afro-brésilien, les danseurs ont offert un aperçu des danses de rue et autres danses sociales, et de ce qui ressemble à une improvisation exécutée sur la plate-forme du métro de New York.

C’était véritablement de l’art en mouvement : les danseurs – Ephrat « Bounce » Asherie, Manon Bal, Teena Marie Custer, Valerie « Ms. Vee » Ho et Omari Wiles – inventaient leur propre groove, ramenant cette forme de danse moderne à ses racines anciennes et ouest-africaines, mêlées aux baskets, pantalons de survêtement rayés et manchettes pailletées de Wiles.

« Peu importe si les œuvres deviennent abstraites, elles restent irrémédiablement liées à cet héritage, et à New York », confient Asherie, fondatrice et chorégraphe de la troupe, et l’une des danseuses.

La chorégraphe new-yorkaise est au cœur de cette forge de danses de rue et danses sociales, américaines et latines, donnant par exemple à voir le break, le hip hop, la house et la vogue.

Ephrat Asherie, fondatrice et chorégraphe d’origine israélienne de la compagnie Ephrat Asherie Dance qui s’est produite en août 2022 au Vail Dance dans le Colorado. (Avec l’aimable autorisation de Matthew Murphy)

Cela peut, de prime abord, paraître une forme d’art improbable pour une danseuse d’origine israélienne dont la famille s’est installée en Italie quand elle avait dix mois, puis à Larchmont, New York, pour la carrière de son père.

Asherie s’intéresse de très près à la danse et au hip-hop depuis ses 10 ans, proche d’une scène et d’une communauté underground qui incarne à la perfection la philosophie du « Venez comme vous êtes ».

Dans un entretien donné à l’issue de la représentation du 31 juillet, Asherie confie s’être rapprochée, à l’époque, de danseurs américains et d’autres nationalités, reflets de ses propres défis et tensions de citoyenne multinationale et multiforme.

« Cela a toujours été important pour moi », explique Asherie, diplômée du Barnard College, qui a étudié les racines vernaculaires de la danse jazz et des danses de rue et de club contemporaines pour sa maîtrise en beaux-arts de l’Université du Wisconsin-Milwaukee.

« Ma famille, mes amis, ma communauté, tous incarnent cela. »

Asherie a grandi en parlant hébreu, qu’elle regrette maintenant de ne plus parler – ni lire – aussi bien qu’elle le voudrait. Ses origines et sa culture israéliennes ont été éclipsées par sa fascination pour New York et la danse de rue, et elle se rappelle sa crainte de manquer les nouvelles sorties musicales à la radio, l’été, lorsque la famille retournait en Israël.

« J’étais tellement fan, et il n’y avait pas Spotify à l’époque », explique-t-elle. « Quand vous êtes un enfant, vous êtes attiré par les choses et plus tard, à l’âge adulte, vous essayez de les comprendre. »

Les soirées en club auxquelles elle se rend à l’adolescence et jeune adulte « tournaient autour de cela », précise Asherie.

Elle qui a rencontré certains de ses collègues danseurs sur la scène breakdance, et se souvient d’avoir dansé contre Omari lors d’un « battle », se produit avec Mme Vee et Teena Custer depuis une dizaine d’années.

« Nous formons une équipe, comme une famille », confie Asherie à propos de sa troupe. « Nous venons tous d’horizons de danse différents, mais communions d’autant plus profondément. »

Omari Wiles et Angel Lau dans « Odeon » de la compagnie Ephrat Asherie Dance en spectacle au Vail Dance Festival 2022 à Beaver Creek, Colorado, le 31 juillet 2022. (Avec la permission de Christopher Duggan)

Il y a généralement six danseurs dans « Odeon » mais Matthew « Megawatt » West, malade, n’a pas pu prendre part à la représentation du 31 juillet, ce qui a nécessité une « véritable réingénierie » du spectacle, explique Asherie.

« Nous l’avons beaucoup joué, et il y a toujours des petits changements avec de la musique live, mais là, le changement était plus important », confie Asherie.

« Odeon » a déjà été joué au Joyce Theater de New York et au Jacob’s Pillow dans les Berkshires, dans le Massachusetts, ainsi qu’en tournée.

Les musiciens, Eduardo Belo, Angel Lau, Ben Rosenblum et Jeremy Smith, jouent depuis les côtés de la scène pendant toute la représentation, sauf lorsqu’Asherie s’empare de noix de coco brésiliennes ou que les musiciens se mêlent aux danseurs.

Le spectacle est une bonne entrée en matière pour un public étranger aux danses de rue et danses sociales, particulièrement dans le cadre improbable des montagnes Rocheuses.

Asherie souhaite qu’il encourage le public à se poser des questions sur ce style de danse, la relation entre ce qui est joué sur scène et ses racines tribales, ainsi que la fluidité et l’expressivité, constantes du spectacle.

« J’espère sincèrement que l’œuvre bouge grâce à ses racines ouest-africaines, très habitées », confie Asherie.

Même si Asherie n’est pas ouest-africaine, elle utilise et revisite sa propre histoire familiale, et sa judéité, dans son rapport à la musique et à la danse.

« Je pense que c’est une chance de pouvoir utiliser la musique et la danse pour analyser cela », conclut Asherie. « Plus je gagne en âge, plus j’y pense : comment en suis-je arrivée là ? Que se serait-il passé si j’étais restée en Israël ou en Italie ? »

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