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Erdogan souhaite prospérité et bien-être à Israël dans une lettre à Herzog

Les tensions du Ramadan derrière eux, les dirigeants israélien et turc se sont téléphoné et envisagent les prochaines étapes du réchauffement des liens

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président Isaac Herzog à gauche, et le président turc Recep Tayyip Erdoğan au complexe présidentiel d'Ankara le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le président Isaac Herzog à gauche, et le président turc Recep Tayyip Erdoğan au complexe présidentiel d'Ankara le 9 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Nouveau signe du réchauffement des liens entre Ankara et Jérusalem, le président Isaac Herzog s’est entretenu lundi avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui avait envoyé une lettre de félicitations avant le jour de l’indépendance d’Israël.

Herzog a souhaité à son homologue et au peuple turc une bonne fête de l’Aïd al-Fitr, qui a commencé dimanche soir.

Selon le cabinet de Herzog, les dirigeants ont parlé de l’importance d’un dialogue ouvert afin de maintenir le calme et la stabilité dans la région.

« À l’occasion de la Journée nationale de l’État d’Israël, je présente mes félicitations à Votre Excellence et au peuple d’Israël au nom de ma nation et de moi-même », a écrit Erdogan dans la lettre. « Dans la nouvelle période de nos relations, annoncée par la visite de Votre Excellence dans notre pays en mars, je crois sincèrement que la coopération entre nos pays se développera de manière à servir nos intérêts nationaux mutuels, ainsi que la paix et la stabilité régionales. »

Erdogan a également adressé ses vœux « de santé et de bonheur de Votre Excellence, ainsi que de bien-être et de prospérité du peuple d’Israël ».

C’était la troisième fois ces dernières semaines que les deux dirigeants se parlaient au téléphone. Le 19 avril, dans un contexte de violence croissante sur le mont du Temple entre les Palestiniens et la police israélienne, Erdogan avait appelé pour exprimer sa « préoccupation et sa douleur » en raison des tensions actuelles.

Au cours de cet appel téléphonique, qui a été effectué à la demande du dirigeant turc, Erdogan a souligné l’importance de préserver le statu quo religieux sur le lieu saint de Jérusalem et a déclaré qu’il avait été heureux d’entendre les déclarations fermes d’Israël à ce sujet, selon une déclaration du cabinet de Herzog.

Erdogan a également appelé le 1er avril pour condamner une série d’attaques terroristes palestiniennes qui ont fait 11 morts.

De gauche à droite : le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président israélien Isaac Herzog et le rabbin Marc Schneier, lors d’une réception à Ankara, en Turquie, le 9 mars 2022. (Crédit : Autorisation Marc Schneier)

Herzog s’est rendu en Turquie en mars pour une visite historique de 24 heures. Dans des remarques à la presse, Erdogan a déclaré qu’il croyait que « cette visite historique sera un tournant dans les relations entre la Turquie et Israël ». « Le renforcement des relations avec l’État d’Israël a une grande valeur pour notre pays », a-t-il dit.

Pendant plus d’une décennie, la Turquie a été l’un des critiques les plus acerbes d’Israël sur la scène internationale. La rhétorique anti-israélienne des hauts responsables, Erdogan en tête, frôlait l’apoplexie. Ankara avait également pris des mesures qui ont provoqué la colère des responsables de Jérusalem, notamment en fournissant un soutien et un refuge au groupe terroriste du Hamas.

Ces deux dernières années, cependant, Erdogan a adopté un ton sensiblement différent à l’égard d’Israël, exprimant son intérêt pour l’amélioration des liens avec son ancien et peut-être futur allié.

Une petite partie de quelque chose de plus grand

Le timing de l’appel téléphonique, qui intervient juste après la fin du mois sacré du Ramadan, n’est pas une coïncidence.

« Du point de vue turc, la fin du Ramadan signifie que nous avons passé le test principal », a déclaré Hay Eytan Cohen Yanarocak, spécialiste de la Turquie au Jerusalem Institute for Strategy and Security, « qu’il n’y a plus de violence qui pourrait tout bouleverser ».

Des fidèles palestiniens à la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple à Jérusalem lors de la dernière prière du vendredi du mois sacré musulman du Ramadan, le 29 avril 2022. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« Maintenant, ils peuvent parler de projets communs futurs », a déclaré Cohen.

Les deux pays ont un intérêt évident à coopérer dans le domaine du gaz naturel, notamment la possibilité d’acheminer le gaz israélien vers l’Europe via la Turquie.

Les deux pays peuvent à présent aussi se concentrer sur les visites de hauts fonctionnaires. Le mois dernier, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré qu’il se rendrait en Israël en mai.

Erdogan compte également sur une visite du Premier ministre Naftali Bennett et sur le rétablissement de liens diplomatiques complets entre Jérusalem et Ankara.

Après l’intervention d’Erdogan pour libérer un couple d’Israéliens arrêtés en Turquie parce qu’ils étaient soupçonnés d’être des espions, Bennett l’a remercié par téléphone et, fin mars, le président turc a déclaré qu’il était possible que Bennett se rende bientôt dans le pays. Le bureau du Premier ministre a démenti l’existence d’un quelconque projet, mais il est clair que les deux parties considèrent une telle visite comme l’étape finale sur la voie d’un rétablissement complet des liens.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à gauche, Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier des Émirats arabes unis, pendant une cérémonie de bienvenue au palais présidentiel d’Ankara, en Turquie, le 24 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Burhan Ozbilici)

Les efforts d’Erdogan pour courtiser Israël font partie d’une campagne plus large visant à améliorer les liens avec les puissances européennes et du Moyen-Orient, en particulier les partenaires d’Israël dans le monde arabe. Nombre de ces pays ont traité la Turquie comme un adversaire géopolitique et idéologique de premier plan au cours de la dernière décennie.

« C’est une petite partie de quelque chose de plus grand », a déclaré Cohen.

Mohamed Bin Zayed, le puissant prince héritier et dirigeant de facto des Émirats, s’est rendu en Turquie en novembre pour rencontrer Erdogan. À l’issue de cette rencontre, les deux pays ont signé des accords à hauteur de plusieurs milliards de dollars dans les domaines du commerce, de l’énergie, de la technologie, de la banque et des investissements.

La Turquie s’efforce également de rétablir les relations avec les Saoudiens. La semaine dernière, Erdogan s’est rendu à Djeddah pour rencontrer le roi Salman et le prince héritier Mohamed Bin Salman d’Arabie saoudite. Plus tôt en avril, le procès en Turquie de 26 Saoudiens accusés d’être impliqués dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 au consulat saoudien d’Istanbul a été interrompu, et la procédure transférée aux Saoudiens.

« Nous sommes presque à quatre ans de cet événement », a déclaré Yusuf Erim, analyste de la Turquie à TRT World. « L’atmosphère géopolitique au Moyen-Orient a changé, et la réconciliation entre la Turquie et des acteurs comme les Émirats et Israël sont certainement un signe des temps qui changent. »

« De nombreux obstacles au processus de réconciliation [turco-saoudienne] ont été levés, et il semble que tout le monde soit disposé à être plus pragmatique, plus tourné vers l’avenir », a-t-il ajouté.

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