Essor des dons aux banques de sperme israéliennes durant la crise de la COVID-19
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Essor des dons aux banques de sperme israéliennes durant la crise de la COVID-19

Certains hôpitaux publics font état d'un bond des dons de sperme alors que le chômage est inhabituellement élevé ; les donneurs peuvent gagner jusqu'à 4 000 shekels/mois

Illustration. Fécondation in vitro (FIV) d'un ovule. (iStock par Getty Images/ man_at_mouse)
Illustration. Fécondation in vitro (FIV) d'un ovule. (iStock par Getty Images/ man_at_mouse)

Des centaines d’hommes israéliens auraient eu recours au don de sperme afin de se faire rapidement de l’argent dans un contexte de crise économique entraînée par la pandémie de coronavirus.

Parmi ces nouveaux donneurs, des soldats qui viennent de finir leur service militaire et des étudiants dont un grand nombre ont été renvoyés ou placés en congé sans solde à leur travail, selon un reportage diffusé vendredi par la Douzième chaîne.

Le chômage en Israël s’élevait dimanche à 21,1 % – soit 855 380
personnes – alors que les restrictions imposées dans un contexte de nombre record d’infections quotidiennes au coronavirus frappent l’économie et que le gouvernement a approuvé dimanche une enveloppe d’aide économique de 6 milliards de shekels proposée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Des banques de sperme publiques et privées ont payé des centaines, voire des milliers de shekels par don. Certaines banques publiques ont connu une hausse du nombre des donneurs allant jusqu’à 300 % ces dernières semaines, a noté le reportage.

Alon, un jeune homme de 25 ans qui est originaire de Haïfa, a déclaré devant les caméras qu’il avait perdu son emploi comme chef de cuisine et qu’il avait accumulé des milliers de shekels de dettes, le forçant à quitter son appartement et à s’installer avec ses parents.

Tout en cherchant une nouvelle source de revenus, Alon a vu une annonce de recherches de donneurs pour la banque de spermes du centre médical Rambam à Haïfa.

« Je me suis dit que c’était une bonne opportunité de faire de l’argent », a confié Alon à la Douzième chaîne. « Pour quelques minutes de ‘travail’, je peux facilement gagner et sans efforts 3 000 shekels par mois, voire plus. C’est un revenu fantastique pour le moment, alors que je suis au chômage ».

« Je connais de nombreux jeunes qui ont accumulé les dettes à cause du coronavirus, et j’ai décidé de donner mon sperme à des banques privées ou à des hôpitaux de manière à ce qu’ils puissent avoir de l’argent pour sortir de l’endettement et pour survivre à cette période terrible », a-t-il continué.

Un étudiant de 26 ans, originaire de Tel Aviv, a raconté avoir fait des dons à une banque de sperme privée à plusieurs reprises et avoir ainsi gagné environ 5 000 shekels.

« Je n’avais jamais été à une banque de sperme auparavant. Un bon ami à moi m’a dit que je pouvais venir avec lui pour donner mon sperme, en me disant que c’était vraiment payant. Pour chaque don, je peux gagner entre 1 000 et 1 500 shekels, ce qui est mieux que rien. Au moins, j’ai un revenu sûr et je pourrai payer mon loyer et tenir le coup », dit-il.

Le 4 mai 2020, des personnes se rendent au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, qui a été fermé pendant plusieurs semaines pour tenter d’arrêter la propagation du coronavirus. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les banques de sperme privées peuvent verser jusqu’à 1 500 shekels par don en fonction des caractéristiques du donateur – son niveau d’études, son expérience militaire et son milieu parental, a indiqué la chaîne.

Les personnes souhaitant bénéficier des dons sont prêtes à payer des centaines, voire des milliers de shekels aux banques de sperme pour avoir une assurance en termes de qualité et pour des tests génétiques très chers. Les banques privées ont tendance à fixer des prix significativement plus élevés.

Dans les hôpitaux publics, les donneurs obtiennent environ 600 shekels par don, mais ils peuvent en faire un deux fois par semaine et gagner environ 4 800 shekels par mois en revenus non imposables, a dit la Douzième chaîne.

Au début de la pandémie, il n’y avait pas de dons de sperme en raison des restrictions de confinement et des craintes que le virus puisse se transmettre via le sperme. Quand le confinement a été levé, les banques ont commencé à voir une augmentation des dons allant de 15 % à 30 %. Les banques publiques, dans les hôpitaux, ont connu pour leur part un bond des dons allant de 100 % à 300 %.

« De notre point de vue, c’est une bonne chose qui nous permet de donner à nos patients un large choix de donneurs – et pas moins que ce n’est le cas pour une banque de sperme dans un hôpital privé », dit le docteur Ofer Feinro, manager de la banque du sperme à l’hôpital. « Notre objectif, en tant qu’institution médicale publique, est d’offrir à nos patients les meilleurs services possibles et l’augmentation du nombre de donneurs est pour nous un coup de pouce significatif ».

Feinro attribue cette hausse du nombre de donneurs à la crise économique en premier lieu, ajoutant que l’hôpital a mené une campagne de publicité pour encourager les jeunes à faire des dons.

Des milliers d’Israéliens manifestent sur la place Rabin à Tel Aviv, appelant au soutien financier du gouvernement israélien au milieu de la crise des coronavirus, le 11 juillet 2020. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Au mois de mars, le ministère de la Santé avait suspendu tous les traitements de fécondation in vitro en raison de la pandémie alors qu’il avait réduit les activités médicales considérées comme non-essentielles. Il avait autorisé la reprise des procédures à la fin du mois d’avril.

La fécondation dite in vitro – littéralement, « sous verre » – implique habituellement une série de traitements aux hormones visant à stimuler les follicules des ovaires chez les femmes, pour produire plusieurs oeufs à maturité ; une procédure pour enlever ces oeufs avant de les fertiliser grâce à du sperme (c’est la partie « sous verre »). L’embryon – ou les embryons – présentant la meilleure chance d’une grossesse réussie sont ensuite sélectionnés. Ils sont implantés dans l’utérus où l’embryon s’implantera – un phénomène aléatoire – et deviendra un foetus.

La fécondation in vitro est un processus difficile – techniquement et émotionnellement – qui exige un contrôle étroit et régulier et qui, lorsqu’il se déroule de manière appropriée, présente statistiquement plus d’échecs que de réussites. Et pourtant, en Israël, le pays au taux le plus élevé en termes de fécondation in vitro, approximativement 5 % de toutes les naissances utilisent cette procédure, selon des données transmises par le ministère de la Santé en 2017.

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