État-nation : des vétérans de l’armée soutiennent leurs « frères Druzes »
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État-nation : des vétérans de l’armée soutiennent leurs « frères Druzes »

Un courrier écrit par des anciens de la brigade d'infanterie d'élite survient après une missive similaire écrite par d'anciens membres d'une unité de parachutistes

Gabi Ashkenazi, alors chef d'état major de l'armée israélienne, en octobre 2010 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)
Gabi Ashkenazi, alors chef d'état major de l'armée israélienne, en octobre 2010 (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

L’ancien chef d’Etat-major de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi, aux côtés d’autres vétérans de l’une des unités d’infanterie les plus légendaires de l’armée israélienne, a rendu public un courrier dans la journée de vendredi qui vient soutenir la communauté druze du pays et les autres groupes minoritaires dans une autre retombée conséquente à une loi récemment adoptée en Israël et qui a défini l’Etat juif comme l’état-nation du peuple juif.

Cette missive a été signée par un certain nombre d’anciens officiers et commandants de la brigade Golani, notamment par Ashkenazi.

« Nous, les officiers, commandants et soldats issus de générations successives de la brigade Golani, souhaitons embrasser, soutenir et partager la douleur de nos frères et soeurs druzes, bédouins et circassiens, ainsi que celle des autres groupes ethniques qui servent dans les forces de sécurité variées et qui ont lié leur destinée à celle du peuple juif demeurant à Sion depuis la fondation de l’Etat », est-il écrit dans la lettre.

Même si le courrier n’a pas directement évoqué la loi sur l’Etat-nation, sa diffusion survient alors que les chefs de la communauté druze ont amorcé une riposte contre cette législation, des députés issus de ce groupe minoritaire ayant porté plainte dimanche contre le texte devant la Haute-cour de justice.

Les vétérans de la brigade Golani ont souligné que leur lettre ne voulait pas être une déclaration politique, mais plutôt la reconnaissance des soldats non-Juifs qui servent au sein de l’armée israélienne.

Former IDF chief of staff Gabi Ashkenazi in 2007. (photo credit: Abir Sultan/Flash90)
Gabi Ashkenazi, ancien chef d’Etat-major de l’armée israélienne, en 2007. (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

« Nous n’avons pas l’intention d’exprimer une opinion politique mais plutôt de rappeler à chacun d’entre nous et à la nation entière d’Israël que ces communautés merveilleuses se sont tenues à nos côtés et qu’elles s’y tiennent encore lorsqu’il s’agit de défendre l’Etat », a indiqué la lettre.

« Nos chères soeurs et nos chers frères – vous êtes une partie inséparable de ce pays. Vous êtes une partie inséparable de ces réussites et vous êtes une partie inséparable de nous. Personne ne peut vous prendre cela », a continué le courrier.

« C’est un grand privilège que vous soyez parmi nous, que vous serviez parmi nous ».

Selon ses partisans, la loi sur l’État-nation place les valeurs juives et les valeurs démocratiques sur un pied d’égalité. Cependant, ses détracteurs estiment que la loi est discriminatoire contre les Arabes israéliens et les autres minorités.

Le colonel Ghassan Alian lors d’une patrouille près de la ville de Jénine en Cisjordanie le 30 juillet 2013 (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

De 2013 à 2015, Golani avait été dirigé par Ghassan Aliane, qui, par sa nomination au poste, était devenu le second Druze de l’histoire d’Israël à commander une brigade d’infanterie de l’armée israélienne.

Contrairement aux Israéliens arabes, les membres des communautés druze et circassienne sont soumis au service militaire obligatoire en Israël et servent en grand nombre aux côtés des soldats juifs dans certaines des unités d’élite les plus prestigieuses de l’armée.

Le courrier des vétérans de Golani survient vingt-quatre heures après la diffusion d’un communiqué de soutien similaire en soutien aux Druzes et autres minorités de la part de la brigade des parachutistes.

Ce courrier a toutefois noté explicitement la loi sur l’état-nation et le « combat pour la pleine égalité et les droits dans notre pays » suite à l’adoption de la législation la semaine dernière.

« Au-delà des positions et affiliations politiques, nous restons épaule contre épaule avec eux pour exprimer les valeurs d’amitié, de fraternité et d’unité », a dit la lettre.

Parmi les signataires de la lettre des parachutistes, les anciens chefs d’Etat-major Benny Gantz, Moshe Yaalon et Shaul Mofaz.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le chef d’Etat-major d’alors, Benny Gantz (au centre) et le ministre de la Défense de l’époque Moshe Yaalon (à droite) dans le sud d’Israël, pendant la guerre contre le Hamas, le 21 juillet 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Gantz et Ashkenazi sont souvent nommés comme des challengers potentiels au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a fortement soutenu la loi sur l’Etat-nation, tandis que Yaalon a émergé comme une voix de l’opposition critique depuis qu’il s’est disputé avec le Premier ministre et qu’il a été remplacé au poste de ministre de la Défense au mois de mai 2016. Mofaz a dans le passé dirigé le parti Kadima centriste, établi par feu l’Ancien premier ministre Ariel Sharon.

Dans un contexte de critiques croissantes contre la loi sur l’Etat-nation, Netanyahu s’est entretenu avec les leaders de la communauté druze jeudi et vendredi mais il ne s’est pas engagé à changer la loi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d’Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d’autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l’Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

« L’objectif est d’atteindre une solution rapide et acceptable qui exprimera la grande appréciation que nourrit l’Etat d’Israël envers le partenariat de destin unique partagé avec la communauté druze », a noté un communiqué émis par son bureau.

L’un des participants à cette rencontre de vendredi a noté toutefois que la communauté druze resterait ferme dans sa demande de changer la loi et d’y introduire une clause sur l’égalité.

Ces rencontres sont survenues alors que deux leaders de parti au sein de la coalition au pouvoir de Netanyahu – le ministre des Finances Moshe Kahlon et le ministre de l’Education Naftali Bennett — ont demandé un amendement de la loi pour s’attaquer aux inquiétudes des Druzes.

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