Ex-chef du Mossad: l’armée prête à frapper l’Iran en 2011 sur ordre de Netanyahu
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Ex-chef du Mossad: l’armée prête à frapper l’Iran en 2011 sur ordre de Netanyahu

Tamir Pardo dit avoir vérifié la légalité d'un passage à l'action du Premier ministre risquant d'entraîner une guerre et envisagé de démissionner plutôt que d'exécuter les ordres

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Tamir Pardo, ancien chef du Mossad (Crédit : David Vaaknin / POOL / FLASH90)
Tamir Pardo, ancien chef du Mossad (Crédit : David Vaaknin / POOL / FLASH90)

Un ancien chef de l’agence d’espionnage du Mossad a fait savoir qu’en 2011, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait ordonné aux militaires du pays de se préparer à frapper l’Iran dans un délai rapide, amenant le responsable à vérifier si le Premier ministre avait l’autorité d’amorcer un processus qui, il en était sûr, entraînerait une guerre.

Tamir Pardo a fait ces révélations dans une interview accordée à l’émission de journalisme d’investigation « Uvda » de Keshet, diffusée jeudi soir.

Les événements s’étaient déroulés alors que Netanyahu et son ministre de la Défense de l’époque, Ehud Barak, s’inquiétaient que s’éloigne l’opportunité de frapper les structures nucléaires iraniennes, les sites devenant tellement protégés que tenter de les bombarder serait dorénavant inefficace. Israël craignait que la République islamique ne soit sur le point de produire des armes nucléaires, un développement que le pays tentait depuis longtemps de contrecarrer.

Pardo a raconté que Netanyahu avait alors donné pour instruction au chef d’Etat-major de l’époque Benny Gantz de préparer les militaires de manière à ce qu’ils soient prêts à mener une attaque contre l’Iran dans les quinze jours suivant son commandement de passer à l’action. Cet ordre, a expliqué Pardo dans un extrait de l’interview diffusé en promotion de l’émission, était lourd de signification, à tel point qu’il avait réfléchi à démissionner plutôt que de participer à l’attaque.

« Ce n’est pas quelque chose qu’on peut se permettre de faire comme ça », a-t-il dit de cette requête de mettre l’armée sur le pied de guerre. « Si quelqu’un procède ainsi, alors il y a deux objectifs possibles : le premier, que la personne veut véritablement attaquer, et la seconde, qu’elle tente d’envoyer un message – dont l’autre partie doit tenir compte ».

« Il est possible que quelqu’un aux Etats-Unis l’entende, d’une façon ou d’une autre, ce qui l’aurait motivé à passer à l’action », a dit Pardo.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le chef sortant du Mossad, Tamir Pardo, à Tel Aviv, le 5 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Dans des affaires comme celles-là, on doit croire les gens, ils sont vos pilotes », a ajouté Pardo en évoquant le leadership politique. « Alors quand le Premier ministre vous dit ‘commencez un compte à rebours’, vous comprenez qu’il ne joue pas. Ces choses ont des implications immenses ».

Pardo, qui avait été choisi par Netanyahu pour diriger le Mossad et qui avait pris ses fonctions au début de l’année 2011, s’est rappelé qu’il avait tentéde déterminer si le Premier ministre jouissait d’une autorité suffisante pour ordonner des mesures susceptibles de mener à la guerre.

« J’ai fait des enquêtes sur tout ce que je pouvais. J’ai regardé avec les anciens chefs du Mossad. J’ai vérifié les éléments avec les conseillers juridiques. J’ai consulté tous les gens que j’ai pu afin de comprendre qui était habilité à donner des instructions sur cette question globale de lancer une guerre », a-t-il dit.

Parmi les personnes avec lesquelles il s’était entretenu à l’époque, le procureur-général, Yehudah Weinstein. Et finalement, a admis Pardo, Netanyahu a eu connaissance de ses démarches.

« Finalement, si j’ai un ordre et si j’ai une instruction de la part du Premier ministre, je suis supposé les mener à bien », a-t-il dit. « Je dois être certain que, Dieu nous en préserve, si quelque chose tourne mal, même si l’opération échoue, je n’aurais rien commis d’illégal ».

Interrogé sur le fait de savoir si une frappe contre l’Iran aurait été susceptible d’entraîner une guerre, Pardo a répondu : « Certainement ».

L’ancien Premier ministre et ministre de la Défense Ehud Barak à la Conférence de Herzliya, le 16 juin 2016. (Crédit : Adi Cohen Zedek)

Finalement, Pardo et Gantz s’étaient opposés au plan de Netanyahu et le Premier ministre avait abandonné ses instructions, a-t-il expliqué, mais pas avant que Pardo ne pense adopter des mesures drastiques.

« Lorsque les responsables politiques donnent une instruction, vous avez deux options », a-t-il dit. « Soit les mener à bien, soit rendre les clés. Je suis heureux de ne pas avoir eu à prendre une telle décision – non pas que cela ne m’ait pas traversé l’esprit ».

Barak, ministre de la Défense à ce moment-là, a depuis fait savoir que lui et Netanyahu désiraient frapper l’Iran en 2010 et en 2011 mais qu’ils en avaient été empêchés par le chef d’Etat major et par des collègues ministériels.

En 2012, Uvda avait rapporté qu’en 2010, les chefs de la sécurité avaient refusé de préparer l’armée à des frappes contre l’Iran.

Au début de l’année, le journaliste Ronen Bergman, dans son ouvrage « Rise and Kill First: The Secret History of Israel’s Targeted Assassinations », a rapporté que les menaces répétées de Netanyahu de s’attaquer aux structures nucléaires de l’Iran avaient créé une telle « panique » aux Etats-Unis que l’administration Obama s’était empressée d’accepter une proposition d’ouverture de négociations en vue d’un accord sur le nucléaire, soumise par Téhéran.

Rejetant les lourdes critiques émanant d’Israël, les puissances mondiales avaient finalement signé en 2015 le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) avec l’Iran, levant les importantes sanctions imposées à la République islamique qui étaient en place depuis des années, en échange du gel d’une grande partie de son programme nucléaire.

Le 12 mai 2018, le président américain Donald Trump s’est retiré de l’accord sur le nucléaire, disant que les sanctions seraient réimposées jusqu’à ce que l’accord soit modifié en y ajoutant d’autres restrictions sur l’armement nucléaire et le programme de développement de missiles à longue portée de l’Iran.

Le mandat de Pardo à la tête du Mossad a expiré en 2016 et l’agence est désormais dirigée par Yossi Cohen.

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