Face aux frappes d’Iran, le Magen David Adom sur le pied de guerre en Israël
Un dispositif d'alerte de la population très efficace, combiné à un réseau d'abris et à un puissant système de défense antiaérienne, permet de limiter le bilan humain
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22 h 56 : l’alerte annonçant l’approche d’un missile iranien retentit et l’attente commence. Dans une salle des opérations du service de secours du Magen David Adom (MDA), des secouristes se tiennent prêts à intervenir dans le centre d’Israël.
« Premier intervenant Linoy » ajuste son casque, vissé sur sa chaise dans ce centre enfoui trois étages sous terre, à Ramla, près de Tel Aviv, puis saisit le téléphone pour dépêcher des secouristes : quatre sites d’impacts de débris viennent d’être signalés.
Les regards sont rivés sur des écrans affichant le nombre d’appels au 101, le numéro d’urgence de l’organisation nationale de secours préhospitalier.
« Si nous recevons soudainement beaucoup d’appels, c’est qu’il peut y avoir des morts et des blessés », chuchote Ilan Klein, 46 ans, directeur des relations internationales de l’organisation, entouré de dizaines de personnes au visage crispé.
23 h 07 : le compteur bondit, seize appels au standard. « Ça commence », souffle-t-il, au cœur du complexe de 45 000 m² abritant la cellule de crise nationale du MDA, d’où sont coordonnés les secours d’urgence, en lien avec la police, les pompiers ou l’armée.
Ce jour-là, la soirée s’achèvera sans qu’aucun mort ou blessé n’ait été signalé.
Si l’organisation fonctionne à plein régime depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le 28 février, un dispositif d’alerte de la population très efficace, combiné à un réseau d’abris souterrains et à un puissant système de défense antiaérienne, permet de limiter le bilan humain des frappes iraniennes.
Alors que le Liban a fait état de centaines de morts et que l’Iran a annoncé plus de 1 200 victimes – un bilan que l’AFP n’a pas pu vérifier et qui ne fait pas la distinction entre civils et terroristes -, Israël compte jusqu’à présent douze morts.
La plupart des interventions quotidiennes signalées par le MDA concernent des personnes tombées en courant vers les abris ou souffrant de crises d’anxiété.
« Alerte maximale »
« Notre grand défi est de maintenir le même niveau de service quotidien en temps de guerre […] On doit pouvoir assister une victime d’un éclat de missile autant qu’une femme sur le point d’accoucher », explique Ilan Klein.
En l’espace d’une dizaine de jours, le MDA a « multiplié par quatre sa force sur le terrain », dit-il.
Fondé en 1930, le Magen David Adom compte 35 000 bénévoles, dont 10 000 premiers intervenants, et 3 000 salariés.
En temps normal, « on reçoit environ 6 000 appels par jour, soit un toutes les 18 secondes », précise-t-il, l’œil sur son téléphone. Depuis le début de la guerre, ce chiffre a « plus que doublé ».
Au tout début de la guerre, les équipes sont intervenues sur deux « scènes importantes » : le 28 février à Tel Aviv (un mort, une cinquantaine de blessés) et le lendemain à Beit Shemesh, dans le centre du pays (neuf morts et une soixantaine de blessés).
« Quand les sirènes retentissent […], nous nous mettons d’abord à l’abri dans une pièce sécurisée et vérifions notre équipement », explique Ori Lazarovich, membre du personnel paramédical du MDA.
« Puis, s’il y a des victimes, nous mettons des casques et des gilets pare-éclats et nous nous rendons sur les lieux de l’impact. »
Depuis le début de la guerre entre Israël et la République islamique d’Iran, en juin 2025, les secouristes disent constater des blessures plus graves, notamment liées à l’utilisation de missiles à sous-munitions.
« Nous sommes au niveau d’alerte maximal : 100 % de la flotte du Magen David Adom est mobilisée 24 heures sur 24 », souligne ce jeune homme de 27 ans. Environ 2 000 ambulances et plus de 600 véhicules et motos de secours sont prêts à intervenir « rapidement » dans tout le pays.
Ce site du MDA a été bâti en 2024, après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
À l’entrée, une affiche rend hommage aux sept bénévoles de l’organisation tués ce jour-là.
Sa construction a coûté 200 millions de dollars, financés entièrement par des dons américains, car le MDA n’est pas subventionné par l’État et fonctionne grâce à un équilibre fragile, basé sur les services facturés aux caisses de maladie et aux contributions privées.
Devant ses écrans, Michal Raz, cheffe de garde de 27 ans, affiche un sourire malgré la tension. « J’ai connu ça toute ma vie, mais je suis toujours effrayée quand j’entends les sirènes. »
23 h 12 : alerte levée. L’attente reprend.
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