Faible participation aux côtés des étudiants pro-israéliens à Columbia
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Faible participation aux côtés des étudiants pro-israéliens à Columbia

Seules 40 personnes y ont participé, dont une poignée d'extrémistes de la Ligue de défense juive et quelques soutiens d'âge moyen

Les manifestants aux abords de l'entrée principale de Columbia à New York, réclamant plus de protection des étudiants pro-israéliens, le 4 octobre 2018 (Crédit : Ben Sales)
Les manifestants aux abords de l'entrée principale de Columbia à New York, réclamant plus de protection des étudiants pro-israéliens, le 4 octobre 2018 (Crédit : Ben Sales)

NEW YORK (JTA) — Les organisateurs d’un rassemblement organisé en soutien aux étudiants pro-israéliens de l’université de Columbia ne voulaient pas de la présence de la Ligue de défense juive (LDJ).

Elle était pourtant là, représentée par quelques manifestants qui arboraient l’insigne du groupe d’extrême-droite, un poing serré frappant une étoile juive jaune.

La cheffe de la branche de New York de la LDJ, Karen Lichtbraun, a déambulé le long de la petite barricade érigée par la police en discutant avec les autres manifestants. Elle a précisé que six autres membres étaient venus manifester au nom des étudiants.

Ce rassemblement organisé le 4 octobre aux abords de l’entrée principale de Columbia, dans l’Upper Manhattan, était organisé par le groupe « Students Supporting Israel » (SSI), qui possède des branches dans tout le pays.

Il a été l’occasion de demander à l’administration universitaire de faire davantage pour protéger les étudiants pro-israéliens qui, selon SSI, sont harcelés pour leurs points de vue.

Mais la majorité des manifestants – ils étaient une quarantaine environ – n’étaient pas des étudiants. Un grand nombre des personnes présentes étaient plus âgées, d’âge moyen, venues protester en leur nom.

Le rassemblement avait été annoncé sur Facebook et il a été au coeur d’un communiqué de presse de Miller Ink, une entreprise de relations publiques de la côte ouest qui représente certains groupes pro-israéliens. Dans le passé, la branche du mouvement SSI à Columbia a reçu le soutien du Lawfare Project, un groupe d’aide juridique qui soutient les causes pro-israéliennes.

L’un des manifestants les plus âgés, un non-étudiant qui portait un masque facial noir et qui s’est seulement identifié sous le nom de « Big Rob », a expliqué être venu au rassemblement pour encourager les étudiants pro-israéliens à affronter de manière plus agressive leurs adversaires.

« Le seul moyen de se protéger, c’est de montrer que vous êtes prêt à prendre un risque, que vous êtes prêt à payer le prix », a commenté Big Rob d’une voix brusque.

« N’importe quel prix : Un renvoi de l’université, une lèvre éclatée, un nez en sang, une nuit en prison, n’importe quel prix. Ils veulent que rien ne leur arrive. C’est pour ça que les harceleurs s’en donnent à coeur joie ».

Ofir Dayan à l’université de Columbia, à New York, en septembre 2017. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Etudiante en premier cycle à Columbia, Ofir Dayan, fille du consul général israélien à New York, Dani Dayan, a expliqué au New York Post que des membres du groupe « Students for Justice in Palestine » s’étaient livrés à un harcèlement à son encontre sur le campus.

Elle a dit avoir été traitée de « meurtrière » et de « terroriste » par de nombreux soutiens des Palestiniens et que lorsque son père s’était exprimé à l’université au mois de février, un prospectus le dépeignant comme un « criminel de guerre » lui avait été remis entre les mains.

La présidente de l’organisation SSI à Columbia, Dalia Zahger, a raconté à JTA lors du rassemblement avoir vécu des expériences similaires. Elle s’est souvenue d’avoir affronté en compagnie de trois de ses amis un groupe de 50 manifestants scandant des slogans à l’issue d’une réunion de son mouvement.

« Il m’ont qualifiée de terroriste dans toutes sortes de situations différentes », s’est exclamée la jeune femme de 25 ans, venue à Columbia après avoir effectué son service au sein de l’armée israélienne.

« Il y avait environ 50 personnes et elles ont commencé à hurler des slogans anti-israéliens. Elles se trouvaient là pour une autre manifestation qui n’avait rien à voir avec nous. Mais elles nous ont vues et elles ont décidé de nous hurler dessus ».

Dalia Zahger, présidente de Students Supporting Israel (SSI) à Columbia, le 4 octobre 2018 (Capture d’écran : Twitter)

Au début de l’année, avec l’aide de Lawfare, SSI a porté plainte auprès de l’administration de l’université pour le harcèlement subi par les étudiants pro-israéliens de la part des groupes anti-sionistes.

Selon Zahger, l’université a rejeté la plainte de manière répétée.

« Dans une société et dans une institution engagées à ouvrir le débat autour des questions controversées, les conflits naissent inévitablement », a dit Caroline Adelman, porte-parole de l’université de Columbia, à JTA dans une déclaration au sujet de la manifestation de jeudi.

« Nous avons de nombreuses ressources à notre disposition pour soutenir les étudiants qui peuvent se sentir inquiets pour leur sécurité, et nous examinerons rapidement toute information de discrimination et de harcèlement quand ce sera nécessaire. La sécurité et le bien-être de nos étudiants sont toujours à nos yeux de la plus haute importance ».

Seule une poignée d’étudiants est venue au rassemblement. Selon Zahger et quelques autres, c’est parce que les étudiants ont trop peur d’être perçus comme pro-israéliens qu’ils ne peuvent prendre conscience, en s’y confrontant, de l’ampleur des discriminations, par ailleurs discréditées, qui sont subies par les Juifs et par les soutiens d’Israël.

« Si une autre minorité devait être traitée comme les étudiants juifs sont traités ici, il y aurait des milliers de personnes aujourd’hui à leurs côtés », a déploré lors de la manifestation le rabbin Elchanan Poupko, président d’Eitan, une ONG qui soutient les Israéliens américains.

« Mais quand ça concerne Israël et les Juifs, malheureusement, les gens n’ont pas le sentiment que le même soutien et la même sécurité sont nécessaires ».

Mais d’autres groupes juifs importants du campus sont également restés à l’écart du rassemblement. L’administration de Hillel n’a pas répondu aux demandes de commentaires et Aryeh, un vaste groupe pro-israélien de Columbia, s’est refusé à approuver la manifestation ou à encourager ses membres à y assister.

La présidente du groupe, Adele Stolovitz, a été réticente à l’idée d’évoquer le SSI, mais elle a déclaré à JTA que son organisation préférait engager les étudiants dans un activisme pro-israélien plutôt que de se confronter directement à l’administration.

« Aryeh n’a aucun rôle officiel dans ce rassemblement », a-t-elle noté. « Nous n’avons actuellement déposé aucune plainte auprès de l’administration. La majorité de notre sensibilisation se fait sur une base personnelle et nous préférons nous engager auprès des étudiants qu’avoir recours à l’administration ».

Même si le SSI présente un profil plus provocateur – en 2016, le groupe avait installé une effigie gonflable de presque quatre mètres de Pinocchio sur le campus pour dénoncer ce qu’il avait qualifié de « mensonges » de la part des étudiants anti-israéliens – le mouvement a ressenti un malaise face à la présence de la LDJ. Fondée à la fin des années 1960 par le rabbin Meir Kahane, la Ligue prône la violence en riposte à l’antisémitisme. Le FBI la considère d’ailleurs comme un groupe terroriste.

Aujourd’hui, la LDJ, qui possède une branche modeste à New York, manifeste fréquemment en faveur des causes pro-israéliennes de droite.

Suite au rassemblement, « Students Supporting Israel » a publié un communiqué qui condamnait la LDJ, établissant clairement que le groupe avait demandé à ses membres de partir. Ils étaient trois, selon le communiqué.

« Nous présentons nos excuses pour tout désagrément posé par ces trois individus », a-t-il poursuivi. « Nous n’avions pas l’intention d’autoriser un tel groupe extrémiste d’individus à être présents. Une fois encore, nous condamnons la Ligue de Défense juive et ce qu’elle défend dans les termes les plus forts ».

Mais durant le rassemblement, Lichtbraun a indiqué qu’elle n’avait eu aucun scrupule à manifester au nom des étudiants – même si ces derniers n’étaient pas nombreux.

« La majorité des groupes pro-israéliens ne sont pas descendus dans la rue, ils n’ont pas organisé de manifestation », a-t-elle dit. « Ils sont restés dans leurs salles de cour, en lieu sûr ».

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