Fin de la « décennie de l’âge d’or », et nuages à l’horizon pour Israël ?
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Fin de la « décennie de l’âge d’or », et nuages à l’horizon pour Israël ?

Après le scrutin, le nouveau gouvernement devra décider de politiques à long-terme pour limiter l'envolée du shekel et réduire la bureaucratie, disent les économistes

Photo d'illustration. Des nuages à l'horizon (Crédit : SARINYAPINNGAM; IStock by Getty Images)
Photo d'illustration. Des nuages à l'horizon (Crédit : SARINYAPINNGAM; IStock by Getty Images)

Au cours des 13 dernières années, l’économie israélienne a vécu ce que les économistes qualifient de « décennie dorée » : Une période de forte croissance, en particulier à cause du boom technologique et de l’impact des réformes antérieures dont les résultats se font aujourd’hui sentir.

Et pourtant, affirment les économistes et alors que les élections nationales du mois de septembre se rapprochent, le gouvernement qui sera désigné – quel qu’il soit – sera dans l’incapacité de se reposer sur les lauriers des succès passés. Des nuages – qui prennent la forme d’une croissance économique revue à la baisse et de dépenses publiques plus importantes – pointent d’ores et déjà à l’horizon. Ainsi, la nation est encore à la traîne de la moyenne des autres économies avancées en ce qui concerne la facilité à lancer des affaires commerciales. De plus, les infrastructures doivent impérativement être significativement renforcées et le secteur public est encore inefficace – ce qui entraîne des coûts en hausse rapide pour le gouvernement, selon l’organisation économique internationale de l’OCDE.

Les prix du logement restent élevés, les inégalités financières – qui ont toutefois diminué – sont encore un problème et le système éducatif échoue à fournir les travailleurs qualifiés dont l’Etat juif a besoin pour garantir la continuation de sa réussite dans une économie dirigée par le secteur high-tech.

« Malgré les énormes progrès réalisés au cours de la dernière décennie, la nation est encore retardataire dans certains secteurs déterminants comme celui des infrastructures – cela concerne en particulier les routes, les transports publics, les hôpitaux et le câble à fibre optique », explique Terence Klingman, chef des investissements au sein de Heritage Family Office Partners Ltd., qui conseille les familles riches sur la destination de leurs investissements.

Klingman est également ancien directeur de recherche sell-side de la Psagot Investment House, et il a travaillé en tant que directeur du service de recherche sur les actions au principal bureau d’investissement d’UBS Wealth Management.

Une vue des tours Azrieli à Tel Aviv, la nuit, le 15 juin 2017 (Crédit : Mendy Hechtman/Flash90)

Le prochain gouvernement, disent les économistes, devra établir des politiques à long-terme – en s’assurant notamment que la devise ne continuera pas à prendre de la valeur – pour maintenir la compétitivité des exportations. Il faudra aussi augmenter les dépenses dans les infrastructures et l’éducation et effectuer des coupes drastiques dans la bureaucratie.

Israël organise ses élections nationales le 17 septembre, une course houleuse dans laquelle le Premier ministre en exercice Benjamin Netanyahu, chef du parti du Likud au pouvoir, affronte la perspective d’une inculpation pour pots-de-vin et pour fraude.

Les bonnes années

La dernière décennie a vu l’économie israélienne connaître une économie en pleine expansion, probablement au-delà des rêves les plus fous des pères fondateurs qui avaient établi l’Etat, il y a 70 ans, dans une terre aride entourée de voisins hostiles.

Le pays – la « Start-up nation », comme de nombreuses personnes s’y réfèrent – est devenu un centre global de hautes-technologies et d’innovation, avec des corporations multinationales qui ont afflué sur ses rives pour créer des firmes technologiques et mettre en place des centres de recherche et de développement. L’année dernière, une enquête annuelle réalisée par le News & World Report américain classait Israël comme la huitième nation la plus puissante au monde pour la troisième année consécutive.

Les presque neuf millions de citoyens bénéficient d’un niveau de chômage au plus bas, d’une inflation faible et d’une croissance économique plus élevée que la moyenne des économies les plus riches dans le monde. Le niveau de vie au sein de l’Etat juif est meilleur qu’en France, qu’au Japon, qu’au Royaume-Uni et qu’en Italie.

Terence Klingman — chef des investissements au sein de Heritage Family Office Partners Ltd. (Autorisation)

« Entre 2009 et 2019, l’économie israélienne a connu une décennie dorée, post-crise », déclare lors d’un entretien Klingman, de Heritage.

« En comparaison avec le boom des hautes-technologies de l’an 2000 qui s’était largement concentré sur les communications, la technologie s’est étendue à de nombreuses verticalités de l’industrie et nous avons vu des start-ups fleurir, ainsi que des exits records dans des domaines tels que la cybersécurité, les véhicules autonomes, la navigation, les logiciels, le Fintech. »

Le chômage en Israël s’élève à environ 4 %, l’inflation est au plus bas niveau de l’échelle visée par le gouvernement du pays – 1 à 3 % – et l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) en 2018 a été de 3,3 % supérieure à l’année précédente, selon des données compilées par le Bureau central des statistiques et publiées le 10 mars. Un chiffre qui est inférieur aux 3,5 % de croissance israélienne en 2017 mais plus élevé que la moyenne, en 2018, des Etats de l’OCDE – les plus riches du monde – qui devrait s’établir, selon les prévisions, aux environs de 3,7 %.

L’économie n’a pas connu de récession depuis 15 ans et le produit intérieur brut (PIB) en dollars a augmenté de plus de 55 % depuis 2010, a fait savoir la firme de classement international Standard & Poor (S&P) dans la mise à jour de ses recherches sur l’Etat juif, au mois de février 2019. S&P a réaffirmé sa note – AA – en termes de notation de qualité d’investissement, l’une de ses meilleures évaluations, ajoutant s’attendre à ce que la croissance économique israélienne « reste résiliente face à une croissance économique plus douce ».

Le 5 mars, l’agence Moody a également maintenu sa notation de A1 pour la nation – son cinquième classement le plus élevé. Les évaluations de crédit souverain donnent aux investisseurs un aperçu sur le niveau de risque associé à l’investissement dans un pays particulier, notamment politique. Plus le risque est élevé, plus la notation est basse.

Le PIB par tête en Israël s’élevait à 40 270 dollars en 2017 contre seulement 1 229 dollars dans les années 1960 et il est dorénavant « fermement conforme à celui présenté par les nations à haut-revenu », précise Klingman. Le PIB par tête, en 2017, s’élevait à 38 477 dollars en France, à 38 428 dollars au Japon et à 31 953 dollars en Italie. La moyenne du PIB par tête pour les pays de l’OCDE était, la même année, de 38 531 dollars, selon la Banque mondiale. Aux Etats-Unis, il était de 59 532 dollars.

Thousands of people attend annual gay pride festivities in Tel Aviv last month (photo credit: Matanya Tausig/Flash90)
Des milliers de personnes lors des fêtes annuelles de la gay pride à Tel Aviv, en juin 2012 (Crédit : Matanya Tausig/Flash90)

Au cours des 20 dernières années, la dette du gouvernement a baissé à environ 60 % du PIB alors qu’elle s’élevait à environ 90 % en l’an 2000, et ce tandis qu’elle a connu une forte hausse dans les autres pays développés avec une moyenne de 103,8 % en 2018, après l’injection par les gouvernements du monde entier de fonds considérables dans leurs économies pour promouvoir la croissance à l’issue de la crise financière de 2008.

Un certain nombre de réformes domestiques ont également ouvert la voie à des succès, explique Klingman. Une initiative déterminante a ainsi été prise en 2003 par le ministre des Finances Benjamin Netanyahu de donner un coup de couteau dans le paiement des allocations, notamment celles versées pour les enfants, pour inciter à une plus grande participation à la main-d’oeuvre nationale.

Une seconde réforme significative a été lancée après le mouvement social de protestation de 2011, durant lequel les citoyens avaient manifesté contre les coûts croissants du logement et des produits laitiers, dont le fromage blanc. Ces agitations ont mené le gouvernement à mettre en place des politiques visant à augmenter la compétition – y compris dans les secteurs des télécommunications et financier – et à briser des conglomérats très endettés qui possédaient de vastes pans de l’économie à travers des structures entrepreneuriales pyramidales.

« Le résultat net de ces réformes a entraîné une amélioration dans les inégalités de revenu en Israël », dit Klingman. « Ces réformes nationales associées à une croissance économique plus forte ont mené à un taux d’emploi plus élevé, à une baisse des inégalités et à une augmentation des salaires réels, la croissance des salaires ayant devancé l’inflation ».

De jeunes Israéliens près de tentes montées sur l’avenue Rothschild de Tel Aviv. Las des prix du logement dans le pays, des milliers de personnes ont dressé une ville de tentes en jurant d’y rester jusqu’à ce que le gouvernement présente une solution, en août 2011 (Crédit :Liron Almog/Flash90/File)

Le coefficient Gini, qui mesure cette inégalité, a baissé de manière constante dans le pays – après avoir été l’une des économies les plus inégalitaires dans le monde des nations industrialisées .

Selon des données de l’OCDE, en 2016, le coefficient Gini pour Israël était de 0,35 – Zéro représentant l’égalité complète et 1 l’inégalité complète – contre 0,371 en 2011. La république slovaque était en tête du classement avec 0,24 et l’Afrique du sud y était répertoriée comme étant la société la plus inégalitaire avec un coefficient de 0,62% cette année-là. Même ainsi, les inégalités de revenus en Israël étaient encore plus fortes que la moyenne des pays de l’OCDE, selon les chiffres de l’organisation.

Israël a également bénéficié d’un calme relatif sur le front géopolitique au cours de la dernière décennie, ajoute Klingman.

Suite au printemps arabe – les manifestations anti-gouvernementales et les soulèvements qui s’étaient propagés dans tout le Moyen-Orient à la fin de l’année 2010 pour protester contre les oppressions et le niveau de vie médiocre – « le monde arabe a été impliqué dans des combats internes et dans la guerre civile entre chiites et sunnites et islamistes et modérés, ce qui a eu pour conséquence que les flambées périodiques de violences dans le conflit israélo-palestinien sont restées largement contenues », explique-t-il.

Des nuages à l’horizon

Et pourtant, en regardant l’avenir, l’économie israélienne devra affronter un certain nombre de défis et la nation commence déjà à ressentir la rigueur d’un ralentissement et d’un niveau de dette gouvernemental plus élevé.

La croissance économique devrait rester plate en 2019 à 3,2 %, selon S&P, alors que les revenus des exportations et des taxes gouvernementales connaissent un déclin en raison d’un ralentissement global, que les ventes dans le secteur technologique baissent, sans oublier la menace de guerre commerciale et de protectionnisme qui plane sur le monde entier. Le ministère des Finances anticipe une croissance économique de 3,1 % en 2019 tandis que la Banque d’Israël a revu ses prévisions de croissance à la baisse – à 3,4 % au lieu de 3,6 %.

Le rapport dette/PIB – indicateur de la capacité d’un pays à rembourser sa dette – s’est élevé pour la première fois en une décennie à 61,2 %, selon des données du ministère des Finances, après avoir atteint un niveau historiquement bas de 60,5 % en 2017, après une baisse enregistrée chaque année depuis 2009 – où il était de 74,6 %.

La dette la plus importante émane des dépenses gouvernementales en augmentation alors que les ministres ont réclamé des salaires plus élevés dans le secteur public, notamment pour les responsables de la police. Il faut également prendre en compte les projets qui visaient à rendre le logement plus abordable pour les consommateurs.

Yaniv Pagot, économiste et chef de stratégie à l’Ayalon Group. (Autorisation)

« Il est clairement établi que la période de diminution du rapport dette-PIB est terminée pour cette année et pour les années à venir », déplore Yaniv Pagot, économiste et chef de stratégie à l’Ayalon Group, groupe d’investisseurs institutionnels.

Un programme-phare de logement mis en place par le ministre des Finances Moshe Kahlon, qui avait remporté l’approbation générale quand il était ministre des Communications pour avoir baissé le prix des appels cellulaires, est l’une des principales raisons de la hausse de la dette du gouvernement, selon Gil Bufman, économiste en chef de la Banque Leumi.

« Le rapport dette/PIB est un point de donnée qu’il est impossible de trafiquer », explique-t-il. « Le programme de Kahlon donne des terres appartenant au gouvernement à des développeurs résidentiels presque gratuitement ». Le gouvernement aurait, le cas échéant, généré des revenus de privatisation issus de la vente des terres aux prix du marché, ce qui aurait aidé à rembourser la dette, explique-t-il.

Le déficit du budget – la différence entre le revenu d’un gouvernement et son niveau de dépense – devrait également s’élever en 2019, contrevenant à la cible visée par le gouvernement de 2,9 % du PIB. Le déficit pour les mois de janvier et de février en 2019 s’élève à 5,6 milliards de shekels ou à 3,5 % sur une base annualisée, a fait savoir la semaine dernière le ministère des Finances, bien au-dessus de la cible annuelle de 2,9 %. C’est le chiffre le plus haut qui n’a jamais été enregistré pour ces deux mois. Si un déficit budgétaire est trop élevé, cela empêche le gouvernement d’avoir une marge de manoeuvre suffisante pour gérer un ralentissement économique potentiel, même par le biais de dépenses plus importantes, ont averti les économistes et les analystes.

En 2018, le déficit budgétaire est presque miraculeusement entré dans la fourchette établie par le gouvernement, à 2,9 % exactement du PIB, selon les données du ministère des Finances. La majorité des analystes a prédit que le déficit, en 2018, contreviendrait également à la cible sur la base de données préliminaires qui ont montré qu’il y aurait un déficit dans les revenus.

Le 12 février, le contrôleur de l’Etat a fait savoir qu’il examinerait d’éventuelles irrégularités dans la manière dont le gouvernement a assuré sa gestion pour atteindre sa cible en termes de déficit budgétaire en 2018, a noté Reuters.

Le rapport dette/PIB bas et un déficit budgétaire maîtrisé sont deux indicateurs de retenue et de responsabilité fiscales, des données sur lesquelles les agences de notation internationales comme Standard and Poor ou Moody se basent pour faire leurs estimations en termes de crédit.

Les notations fournies par ces agences déterminent la facilité et le taux auxquels Israël et les autres nations peuvent lever des fonds sur le marché de la dette internationale. Une notation plus basse signifierait que les pays doivent payer des taux d’intérêts plus élevés sur l’argent qu’ils sont amenés à emprunter.

Pour le moment, Standard & Poor a maintenu son évaluation pour l’Etat juif à AA- mais averti que cette notation pourrait changer si les performances fiscales de la nation « s’affaiblissaient de façon marquée » en dessous du seuil des prévisions de S&P. Pour Moody et Fitch, la note israélienne est en-deçà de S&P, à A1.

Les défis de l’avenir

« L’un des défis auxquels doit faire face le nouveau gouvernement sera de rétablir la trajectoire en termes de déclin de la dette publique tout en maintenant en même temps les mesures de rétention des coûts favorables à la croissance », a dit S&P dans son rapport.

« Le nouveau gouvernement qui fera son entrée devra mettre au point un programme pour abaisser le déficit », selon Bufman, de la Banque Leumi.

Amir Kahanovich, économiste en chef pour Excellence Investment House (Crédit : Oded Karni)

Amir Kahanovich, économiste en chef de la firme Excellence Investment House, explique pour sa part que le déficit et la dette plus élevée ne signifient pas que le gouvernement a « perdu le contrôle » sur les coûts.

Même ainsi, le prochain ministre des Finances aura un « travail moins confortable », dit-il. Au lieu de délivrer de meilleurs salaires et autres avantages, « il va falloir qu’il serre la ceinture ». Pour maintenir conformes le déficit et la dette, le prochain gouvernement devra couper les coûts ou prendre la mesure impopulaire d’augmenter les impôts, ajoute-t-il.

Le nouveau gouvernement devra se focaliser sur la mise en place d’une vision économique à long-terme, ce que les gouvernements dirigés par Netanyahu ont été dans l’incapacité de faire ces dernières années, choisissant plutôt d’éteindre des incendies et de s’attaquer à des objectifs plus immédiats, disent les économistes.

« Nous devons profiter de la bonne situation de l’économie israélienne pour exiger la prise en charge des défis à long terme qui contribueront à une croissance plus équilibrée, plus durable et inclusive », avait noté l’ancienne gouverneur de la Banque d’Israël Karnit Flug l’année dernière.

« Il y a tant de projets à long-terme que le gouvernement devrait entreprendre mais ils ont été maintenus en marge alors qu’il s’occupait d’initiatives plus immédiates et à court-terme » comme le logement abordable, explique Bufman.

Contre-balancer l’impact négatif de la force du shekel – qui a grimpé d’environ 30 % entre 2007 et 2017 – est l’une des questions à long-terme déterminante dont le gouvernement devra se saisir, ajoute-t-il.

La hausse pendant une décennie du shekel a particulièrement nui aux firmes industrielles qui exportent leurs produits », poursuit-il, en particulier pour les formes technologiques moyennes de type low-tech ou mid-tech qui n’utilisent pas – ou que partiellement – les technologies pour augmenter leur productivité.

Gil Bufman, économiste en chef de la banque Leumi (Crédit : Banque Leumi)

Le futur gouvernement devra également établir des programmes nationaux d’innovation pour aider ces mêmes entreprises à moderniser leurs infrastructures de fabrication à l’aide de technologies nouvelles, explique Bufman, et pour former les salariés afin de leur apporter les compétences techniques nécessaires pour permettre cette modernisation, précise-t-il.

Il faut de surcroît réduire la bureaucratie, affirment les experts. Rendre plus facile l’entrepreneuriat en Israël est encore une tâche abyssale. L’Etat juif est au 49e rang sur 190 dans le rapport global Doing Business émis par la banque mondiale. Il faut accomplir quatre procédures et il faut 12 jours pour ouvrir une entreprise en Israël, et six procédures et 37 jours pour enregistrer un bien. Un chiffre à comparer aux douze heures nécessaires pour lancer une entreprise en Nouvelle Zélande – première à ce classement – et aux deux procédures et un jour pour enregistrer un bien.

Alors même que l’aubaine représentée par les ressources de gaz naturel offshore permettra à Israël de baisser ses importations de charbon et permettra également à terme au pays de réduire les coûts de l’électricité et de générer des revenus d’exportation en direction des pays voisins, toutes les firmes ne seront pas en mesure de revoir à la baisse leurs dépenses en énergie. « Se connecter aux infrastructures de gaz reste, au niveau bureaucratique, encore difficile », commente Bufman.

La compétitivité des employés continue à être faible en comparaison avec les nations développées. Selon les données de la Banque d’Israël, la productivité par heure au sein de l’Etat juif était sous le seuil de 40 dollars en 2017 en comparaison avec presque 60 dollars pour les Etats-Unis et d’environ 70 dollars pour la moyenne établie par 21 pays riches.

Les dépenses sur des projets d’infrastructure sont également médiocres. Les zones et populations défavorisées – en particulier les Arabes israéliens – souffrent de services inadéquats dans la maintenance des routes, des espaces verts et dans la collecte des ordures, entre autres.

Des ordures s’accumulent dans les rues de Jérusalem en janvier 2015 (Crédit : Times of Israel)

« La pauvreté reste largement présente », expliquait un rapport établi par l’OCDE en 2018, particulièrement parmi les Arabes israéliens et les Juifs ultra-orthodoxes, qui représenteront la moitié de la population à l’horizon 2050. L’intégration de ces populations en marge est « cruciale », disait le rapport.

Une étude accablante sur les infrastructures de transport a été rendue publique par le contrôleur de l’Etat qui indique que la planification médiocre au fil des années était à l’origine de la saturation sur les routes et de l’engorgement dans les trains et les bus – une situation qui ne peut qu’empirer.

Un trafic routier en augmentation a également résulté du manque d’alternative viable en termes de transport public, et du fait que l’acquisition d’une voiture est relativement abordable, le gouvernement n’ayant pas imposé de mesures de dissuasion, note le rapport. Les retards accumulés dans la mise en oeuvre de projets de transports publics et de services de train – et dans l’achèvement des travaux – ont pour conséquence un un entassement « intolérable » des passagers, estime l’étude.

Le prix des logements reste élevé – bien au-dessus des moyennes des pays de l’OCDE – et le ratio prix/revenu des habitations est parmi les plus élevés de tous ces pays, selon les données de l’OCDE. Ces prix forts, dit Klingman de Heritage, « ont le potentiel nécessaire pour entraîner des tensions politiques » dans la mesure où Israël, « de manière inhabituelle pour une économie développée, présente un fort taux en matière de naissances et une population croissante de jeunes adultes qui se battent pour mettre le pied sur l’échelle du logement et qui ont montré qu’ils ont la volonté d’être actifs politiquement ».

Le prix élevé du logement place « un fardeau excessif » sur les finances des foyers et ce sera particulièrement le cas si l’économie doit rentrer en récession à un moment ou à un autre, met-il en garde.

Le système d’éducation du pays échoue également à fournir les travailleurs compétents dont a besoin pour croître l’industrie technologique – principal moteur de croissance dans le pays. L’industrie manque de 12 000 à 15 000 employés qualifiés par an, selon Start-Up Nation Central, organisation à but non-lucratif qui traque l’industrie. Les étudiants israéliens sont en-dessous de la moyenne de l’OCDE en mathématiques, en sciences et en lecture, selon des données publiées par l’instance internationale en 2015. La nation dépense moins pour chaque élève du secondaire que la somme moyenne versée par les Etats de l’OCDE, précisent les données.

Les prochaines élections, dit Klingman, posent un danger encore plus grand aux finances de la nation car – indépendamment de qui sera le vainqueur – celui qui prendra la tête du nouveau gouvernement risque de payer cher ses efforts de ralliement de partenaires potentiels de coalition.

« Ça pourrait se finir par des coalitions ingérables qui seront tentées de s’engager dans des largesses fiscales et dans des politiques populistes, donnant de l’argent pour apaiser les partenaires de coalition – plutôt que de relever les défis essentiels qui devront être affrontés », explique-t-il.

Ce qui est essentiel à la continuation du succès économique d’Israël, ajoute-t-il, sera la capacité du nouveau gouvernement à « gérer les défis à long-terme comme la bureaucratie, les dépenses en termes d’infrastructure et l’amélioration des niveaux d’éducation et de productivité ».

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