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Analyse

Frustrés par Washington, des pays du Golfe misent sur Pékin face à Téhéran

Selon les analystes, la Chine évite de défier l'Iran sur Ormuz, tandis que les intérêts chinois et les rivalités des grandes puissances risquent d’éclipser les inquiétudes du Golfe

Le prince héritier et Premier ministre saoudien, Mohammed ben Salmane, saluant le président chinois Xi Jinping, lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe, à Ryad, en Arabie saoudite, le 9 décembre 2022. (Crédit : Agence de presse saoudienne via AP)
Le prince héritier et Premier ministre saoudien, Mohammed ben Salmane, saluant le président chinois Xi Jinping, lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe, à Ryad, en Arabie saoudite, le 9 décembre 2022. (Crédit : Agence de presse saoudienne via AP)

Alors que les tensions avec l’Iran s’installent, les pays du Golfe se tournent vers la Chine, et non vers Washington, pour qu’elle exerce son influence économique sur l’Iran afin de rouvrir le détroit d’Ormuz et la mer Rouge, testant ainsi jusqu’où Pékin est capable et disposé à faire pression sur Téhéran.

Selon des sources du Golfe, cette volonté de voir la Chine jouer un rôle plus important serait motivée par une frustration croissante. La guerre a débuté le 28 février avec des attaques américano-israéliennes contre l’Iran qui ont porté un coup à l’ennemi régional des pays du Golfe, mais ont également restreint leurs exportations énergétiques vitales et, à des degrés divers, les ont placés dans la ligne de mire.

L’Iran et ses alliés menaçant les détroits de Bab el-Mandeb, en mer Rouge, et d’Ormuz, les pays du Golfe ont sollicité l’aide de Pékin, conscients que la guerre a mis en évidence les limites de la puissance américaine, selon trois sources régionales.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a mené des dizaines d’entretiens téléphoniques et de réunions avec ses homologues afin de parvenir à un nouveau cessez-le-feu, tandis que l’envoyé spécial Zhai Jun a mené des pourparlers dans les capitales arabes du Golfe ainsi qu’en Iran.

« La Chine a maintenu une communication étroite avec toutes les parties et s’est constamment employée à mettre fin aux combats et à promouvoir la paix », a répondu le ministère chinois des Affaires étrangères à une demande de commentaire.

La position de la Chine, qui est à la fois un grand acheteur de pétrole provenant de l’ensemble du Golfe et le premier partenaire commercial de l’Iran, offre des opportunités, mais soulève également des sensibilités.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, réagissant lors de la réunion de haut niveau sur l’Initiative pour le développement mondial, à Pékin, en Chine, le 28 juillet 2026. (Crédit : Achmad Ibrahim/AP Photo)

« Il existe un immense respect entre les pays du Golfe et la Chine, partenaire commercial de premier plan ; par conséquent, toute question est abordée avec beaucoup de discrétion », a déclaré une source du Golfe.

L’Iran affirme qu’il maintiendra son contrôle sur le détroit d’Ormuz, soulignant qu’il a été attaqué alors que les négociations sur son programme nucléaire étaient en cours, et que les États-Unis et Israël se sont engagés à le détruire.

Les gouvernements du Golfe espèrent en fin de compte que Pékin incitera Téhéran à parvenir à un règlement négocié, a déclaré la source, ajoutant que la Chine agit souvent lentement et avec prudence.

Cependant, ils sont conscients qu’une guerre prolongée pourrait également servir les intérêts de la Chine en accentuant la pression sur les États-Unis.

La politique chinoise au Moyen-Orient, limitée par la rivalité entre grandes puissances

Depuis un sommet entre le Golfe et la Chine en 2022, la Chine a noué des liens étroits en matière de commerce et d’investissement avec les six États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Un autre sommet est prévu cette année à Ryad, mais il n’a pas encore été confirmé.

Cependant, Pékin s’est abstenu de contester publiquement les menaces de Téhéran à l’encontre du transport maritime, ce qui alimente les doutes quant à la mesure dans laquelle la Chine est prête à aller pour assurer la sécurité du Golfe et de ses exportations.

« Les Chinois essaient de s’impliquer davantage ; ils cherchent à se montrer plus utiles », a déclaré une deuxième source du Golfe.

De petites embarcations longeant le rivage tandis que des cargos et d’autres navires marchands sont ancrés dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran, le 27 juillet 2026. (Crédit : Razieh Poudat/ISNA via AP)

« Mais la Chine s’est avérée moins influente que nous ne le pensions, qu’il s’agisse d’un manque de volonté ou d’un manque de capacité, cela reste à débattre. Ce qui semble se produire lorsque les États-Unis entrent en scène, c’est que les calculs des superpuissances prennent le pas sur tout le reste. »

Henry Tugendhat, spécialiste de la Chine au Washington Institute, a déclaré à Reuters que la priorité absolue de Pékin était de préserver ses relations dans toute la région, plutôt que de prendre ouvertement parti pour l’un ou l’autre camp et de risquer ainsi des répercussions diplomatiques.

Dès que Washington s’est directement impliqué, les calculs de Pékin se sont étendus au-delà du Golfe pour englober l’ensemble de ses relations et de sa rivalité avec les États-Unis.

« Les gouvernements du Golfe peuvent acheter de la technologie, des investissements et des drones chinois, mais ce qu’ils ne peuvent pas acheter, c’est l’influence chinoise qui opère indépendamment de ses relations avec Washington », a déclaré une source ayant une connaissance directe des discussions menées par la Chine.

Le président chinois Xi Jinping est attendu aux États-Unis le 24 septembre pour des entretiens avec le président Donald Trump. Le ministère chinois des Affaires étrangères a indiqué que Xi Jinping avait présenté une proposition en quatre points visant à préserver et à promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient, et qu’il avait également proposé de soutenir les pays de la région afin de favoriser leur développement, leur sécurité et leur coopération.

La Chine et d’autres pays cherchent à concilier leurs intérêts

La Chine a mis à profit ses liens économiques étroits pour s’imposer sur la scène diplomatique au Moyen-Orient, en facilitant en 2023 un rapprochement inattendu entre l’Arabie saoudite et l’Iran, aujourd’hui mis à l’épreuve.

Selon trois sources pakistanaises citées par Reuters la semaine dernière, Pékin inciterait le Pakistan à jouer le rôle de médiateur entre Washington et Téhéran en vue d’une reprise des pourparlers de paix.

Un étudiant armé agitant un drapeau yéménite, flanqué d’un camarade brandissant un drapeau palestinien et d’autres arborant la bannière du groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, sur laquelle on peut lire « Mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les Juifs », lors d’un rassemblement de soutien aux terroristes soutenus par l’Iran, dans un contexte de tensions croissantes avec l’Arabie saoudite, sur le campus de l’université de Sanaa, dans la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, le 22 juillet 2026. (Credit : Mohammed Huwais/AFP)

La Chine continuera à « jouer un rôle actif pour rétablir dès que possible la paix et la tranquillité dans la région du Golfe au Moyen-Orient », avait déclaré son ministère des Affaires étrangères.

La Chine a également mené des pourparlers directs avec le groupe terroriste chiite yéménite des Houthis, soutenu par la République islamique d’Iran, afin de permettre à ses pétroliers de naviguer en toute sécurité dans le sud de la mer Rouge, après que les Houthis ont promis d’empêcher l’accès aux ports saoudiens, ont indiqué cette semaine six sources proches du dossier. Le ministère chinois des Transports n’a pas répondu à une demande de commentaire à ce sujet.

Selon Anna Borshchevskaya, chercheuse senior au Washington Institute, les accords bilatéraux restreints qui ont contribué à protéger le transport maritime lié à la Chine constituent le seul résultat tangible de ses efforts diplomatiques à ce jour.

« Au-delà de cela, il est difficile de voir ce que la Chine a pu – ou voulu – accomplir d’autre », a-t-elle déclaré, estimant que la guerre avait permis à la Chine de protéger ses intérêts tout en exerçant une pression supplémentaire sur les dirigeants américains et européens en raison de la flambée des prix de l’énergie.

La Chine a bénéficié d’une forte baisse du prix du pétrole iranien, conséquence des sanctions internationales imposées à l’Iran. Au fil des ans, elle a renforcé son soutien à la sécurité iranienne en fournissant des composants à double usage, des équipements pour la fabrication de puces électroniques et des systèmes de navigation par satellite, tout en s’abstenant de fournir officiellement une aide militaire depuis le début de la guerre.

Depuis le début de la guerre, Pékin a systématiquement démenti les informations parues dans les médias selon lesquelles il aurait fourni à l’Iran des équipements pour la fabrication de puces électroniques, un soutien en matière de renseignement ou des systèmes de défense, affirmant que sa position était « transparente et sans ambiguïté » et qu’il « n’avait jamais jeté de l’huile sur le feu ».

Selon les analystes, la réponse de Pékin à la crise reflète une stratégie de longue date visant à éviter tout engagement contraignant en matière de sécurité, en dehors de ses intérêts fondamentaux en Asie de l’Est.

Alors que les alliances de Washington sont fondées sur des obligations de défense mutuelle, Pékin privilégie des partenariats fondés sur le commerce, les investissements et les ventes d’armes, et n’envisage une implication militaire plus étroite qu’au sein de son voisinage immédiat, ont-ils ajouté.

Vue générale de la raffinerie de pétrole brut Sinopec Jinling Petrochemical Plant à Nanjing, dans la province du Jiangsu, à l’est de la Chine, le 8 mai 2026. (Crédit : Hector Retamal/AFP)

Selon la source, qui dispose d’informations de première main sur les discussions menées par la Chine, l’accord transactionnel conclu par Pékin avec les Houthis a largement permis de mettre les navires liés à la Chine à l’abri du danger, sans pour autant exercer de pression pour mettre fin à toutes les attaques, comme cela s’était produit lors des attaques houthies contre des navires entre 2023 et 2024.

Contrairement aux États-Unis, la Chine n’a aucun engagement de défense dans le Golfe, aucun mandat militaire pour protéger les voies navigables régionales et peu d’envie d’en assumer, a précisé la source.

Pékin a déclaré que la Chine n’était pas prête à recourir à la force militaire pour rouvrir le détroit d’Ormuz et qu’elle ne pensait pas que d’autres en fussent capables. Elle privilégie plutôt la diplomatie, le dialogue, ainsi que la sécurité et la libre circulation sur les voies maritimes internationales.

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