Grand Rabbinat: les rabbins européens doivent refuser la réforme des conversions
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Grand Rabbinat: les rabbins européens doivent refuser la réforme des conversions

Après avoir dénoncé le Comité Nissim visant à limiter ses pouvoirs en matière de conversion, l'autorité rabbinique de l'État se tourne vers l'étranger pour obtenir de l'aide

Le grand-rabbin ashkénaze David Lau, (à gauche), et le grand-rabbin séfarade Yitzhak Yosef se réunissent en urgence contre une nouvelle proposition de révision du système de conversion au judaïsme dans le pays, le 3 juin 2018 (Autorisation : Porte-parole du Grand rabbinat)
Le grand-rabbin ashkénaze David Lau, (à gauche), et le grand-rabbin séfarade Yitzhak Yosef se réunissent en urgence contre une nouvelle proposition de révision du système de conversion au judaïsme dans le pays, le 3 juin 2018 (Autorisation : Porte-parole du Grand rabbinat)

Le Grand Rabbinat d’Israël a lancé cette semaine un appel aux rabbins ultra-orthodoxes européens, leur demandant de s’opposer à une nouvelle tentative de réforme du système de conversion de l’Etat d’Israël.

« Le gouvernement israélien doit rejeter la recommandation du comité [Nissim] et ne pas même en discuter », a déclaré lundi à Varsovie, en Pologne, le rabbin Eliyahu Raphael Heishrik, membre du plus éminent tribunal rabbinique d’Israël, lors d’un rassemblement de dizaines de rabbins ultra-orthodoxes.

Moshe Nissim, ancien ministre de la Justice, des Finances et de l’Industrie, a présenté dimanche au Premier ministre Benjamin Netanyahu ses recommandations finales pour une proposition de rationalisation des institutions de conversion d’Israël en un processus uniforme sous les auspices d’un nouvel organisme orthodoxe agréé par l’État.

Les changements proposés ont été immédiatement rejetés par le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le leader du parti ultra-orthodoxe Shas, et le député Moshe Gafni du parti Yahadut HaTorah, qui ont déclaré qu’ils bloqueraient les réformes proposées.

La conférence de deux jours du Centre Rabbinique européen a réuni plusieurs dizaines de rabbins ultra-orthodoxes de toute l’Europe dans une manifestation de soutien au Grand Rabbinat israélien, qui s’est vigoureusement opposé à la réforme.

Le centre basé à Bruxelles, fondé en 2000, offre une aide aux petites communautés orthodoxes européennes isolées.

Le site web Haredi Shturem.net a cité un rabbin dont le nom n’a pas été divulgué lors de l’événement, avertissant que les recommandations de Nissim « sapent les fondements du judaïsme et conduiront à un affaiblissement du judaïsme tel qu’il a été transmis de génération en génération ».

Le rabbin Heishrik, qui, bien qu’étant un Hassid de Gur ashkénaze, a été présenté comme représentant du grand rabbin sépharade d’Israël Yitzhak Yosef au rassemblement, a exhorté les rabbins à signer une pétition demandant au gouvernement israélien de rejeter et de refuser même de débattre du cadre proposé.

Dimanche, les deux grands rabbins d’Israël et quelque 25 rabbins sionistes religieux ont appelé le Premier ministre Netanyahu à rejeter le rapport Nissim, arguant que le fait de déposséder le Grand Rabbinat de son autorité pour la conversion divisera le judaïsme.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, (à droite), discute avec le député de YaHadout HaTorah Moshe Gafni à la Knesset, le 7 novembre 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je rejette sans équivoque ces recommandations et je veillerai à ce qu’elles ne fassent même pas l’objet d’un débat au sein des comités du Cabinet », a déclaré M. Deri.

Le Grand Rabbinat contrôlé par les ultra-orthodoxes a actuellement un quasi-monopole sur les conversions au judaïsme reconnues par l’Etat, une situation qui a fait l’objet de critiques et d’un lobbying continu de la part des mouvements conservateurs et réformés.

La nouvelle proposition ne modifierait pas le contrôle orthodoxe sur le processus officiel de conversion de l’Etat, mais le soustrairait à la surveillance du Grand Rabbinat, ce qui a conduit de nombreux rabbins sionistes religieux et ultra-orthodoxes à s’y opposer.

Le projet prévoit également de reconnaître les conversions effectuées par les mouvements juifs libéraux à l’étranger dans le but de permettre à un converti d’obtenir la citoyenneté israélienne en vertu de la Loi du retour, une politique déjà en vigueur en Israël, mais qui a été adoptée par une décision de la Cour suprême de justice. Le plan Nissim ancrerait cette reconnaissance dans le droit formel israélien.

Lors d’une « réunion d’urgence » à laquelle assistaient le grand rabbin ashkénaze David Lau, le grand rabbin sépharade Yosef et d’éminents rabbins sionistes religieux ce dimanche, les participants ont exprimé leur inquiétude devant le document de Nissim, dont certains détails ont fait l’objet de fuites et d’articles dans les médias israéliens.

« Reconnaître les conversions des réformés et des conservateurs est une très grave transgression », a déclaré le grand rabbin Yosef. « Chaque paragraphe du projet de loi est problématique. »

Il s’est également opposé à l’inclusion de représentants du judaïsme réformé et conservateur dans un comité qui nommerait les juges rabbiniques pour la conversion dans le cadre du nouveau système.

« Le simple fait que des représentants du judaïsme réformé participent au comité de nomination des juges chargés de la conversion est totalement inapproprié et, par conséquent, ce document doit être rejeté d’emblée », a déclaré le grand rabbin Yosef. « Cette loi doit être enterrée. »

Le grand rabbin Lau a ajouté que le nouveau système donnerait aux gens l’illusion qu’en obtenant un certificat, c’est ce qui les transformera en convertis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), reçoit un rapport de Moshe Nissim, sur une révision globale du système de conversion au judaïsme en Israël, le 3 juin 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« C’est une ouverture à l’assimilation et apportera en Terre Sainte la destruction du judaïsme qui se produit dans le reste du monde », a affirmé le grand rabbin Lau. « Le Grand Rabbinat s’efforce depuis des années de faire en sorte que les conversions ne se fassent qu’en conformité avec la halakha [loi juive], sans considérations extérieures. »

Aux côtés des grands rabbins d’Israël, des rabbins sionistes religieux – dont le grand rabbin de Safed Shmuel Eliyahu, le rabbin Tzvi Yisrael Tau, le rabbin Mordechai Shternberg et une vingtaine d’autres – ont signé la lettre adressée à Netanyahu lui demandant de rejeter les recommandations de Nissim.

« Nous, rabbins d’Israël, considérons avec inquiétude le danger pour l’unité du peuple juif à la suite des propositions de réforme pour la conversion qui comprennent la confiscation des conversions émanant du Grand Rabbinat et la reconnaissance des conversions émanant des réformés et des conservateurs », peut-on lire dans la lettre.

« Nous appelons tous les membres de la Knesset et tous les ministres du gouvernement à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter cette réforme des conversions, qui est susceptible de provoquer l’assimilation, la désintégration et la division du peuple juif, comme c’est malheureusement le cas dans de nombreuses communautés libérales à l’étranger ».

La proposition de Nissim prévoit la création d’un organisme d’État dirigé par un fonctionnaire nommé par le juge en chef du tribunal rabbinique de l’État et le président de l’Agence juive. Il y aura cinq centres de conversion à travers le pays avec des fonctionnaires orthodoxes et toutes les conversions seront basées sur la loi juive orthodoxe. Les juges rabbiniques seront choisis par un panel de 11 personnes comprenant le Premier ministre, le ministre de la justice, les deux grands rabbins d’Israël et le président de l’Agence juive. Ce qui est crucial, c’est que ce comité ne disposera pas d’une majorité orthodoxe ou ultra-orthodoxe définie et qu’il donnera la parole aux mouvements réformés et conservateurs.

La clause controversée du projet de loi Nissim prévoit que les conversions effectuées par « une communauté juive reconnue à l’étranger » seront reconnues aux fins de la loi du retour, qui accorde la citoyenneté israélienne, même lorsqu’elles n’ont pas été effectuées conformément à la loi juive orthodoxe.

Mais selon le Dr Yizhar Hess, le chef du mouvement conservateur en Israël, les réformes proposées annoncent peu de changements pour les Juifs non orthodoxes.

« Il faut admettre que le rapport de Moshe Nissim est révolutionnaire dans une large mesure », a déclaré M. Hess dans un communiqué. « Retirer la conversion des mains du grand rabbinat en faveur d’une autorité de conversion indépendante est la bienvenue. »

Cependant, a-t-il déploré, la nouvelle autorité de conversion gérée par l’État conserverait le contrôle orthodoxe sur les conversions au judaïsme.

« Toute législation qui consacre le monopole orthodoxe, même si elle est libérale dans une certaine mesure, signifie une humiliation supplémentaire pour des millions de Juifs non orthodoxes », a-t-il ajouté. « N’en avons-nous pas eu assez au cours des deux dernières années ? »

La loi proposée fait suite à plusieurs affaires de la Cour suprême qui ont peu à peu élargi la définition de l’État de qui est juif.

En mars 2016, la Cour suprême a décidé que les non-Israéliens convertis en Israël par des tribunaux rabbiniques privés, pour la plupart ultra-orthodoxes, en dehors du Grand Rabbinat israélien, pouvaient demander la citoyenneté israélienne.

Nissim a commencé à travailler sur son rapport en septembre dernier. Selon le site d’information Walla, ses conclusions finales et les changements législatifs suggérés ont été signés par plusieurs rabbins sionistes religieux de haut rang.

Marissa Newman, Stuart Winer et Amanda Borschel-Dan ont contribué à cet article.

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