Guerre en Iran: les compagnies étrangères fuient Israël et les tarifs s’envolent
Les billets ont déjà augmenté de 15 % en dix jours alors que les transporteurs étrangers suspendent leurs vols ; les compagnies israéliennes profitent de leur position dominante
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L’exode des grandes compagnies aériennes étrangères des liaisons desservant Israël en raison de la guerre contre la République islamique d’Iran a entraîné une flambée des prix et une incertitude croissante pour les Israéliens qui tentent de réserver leurs voyages pour Pessah ou de planifier leurs vacances d’été à l’étranger.
Mardi, la compagnie aérienne britannique à bas coût easyJet a annoncé qu’elle ne desservirait plus l’aéroport Ben Gurion avant l’automne, tandis que d’autres transporteurs ont annulé leurs vols pour les semaines à venir. On ignore quand ils reviendront, si tant est qu’ils reviennent.
Les transporteurs locaux, qui sont actuellement les seules compagnies aériennes à assurer de manière fiable les vols à destination et en provenance d’Israël, semblent profiter de l’incertitude qui règne dans le secteur du transport aérien pour facturer des tarifs élevés à leurs clients. C’est notamment le cas de la compagnie nationale El Al, accusée à plusieurs reprises depuis le 7 octobre 2023 de pratiquer des prix abusifs en temps de guerre.
« Chaque jour de guerre entraîne le report du retour d’une autre compagnie étrangère jusqu’à ce que le ciel israélien redevienne calme », a confié Mark Feldman, directeur général de Ziontours Jerusalem, au Times of Israel.
Selon lui, les compagnies aériennes qui ont suspendu leurs vols vers l’aéroport Ben Gurion reviendront dès qu’elles le pourront, mais elles sont confrontées, comme tous les acteurs du secteur, à l’incertitude quant à la durée de la guerre.
« La plupart des compagnies aériennes étrangères veulent revenir et reprendre leurs vols vers Israël, car elles ne veulent pas perdre leurs revenus, étant donné qu’elles ont déjà vendu des billets », a-t-il déclaré.
« Mais nous ignorons si la guerre va durer trois jours ou trois semaines supplémentaires. »
Cependant, même en cas de cessez-le-feu avec le régime iranien et de calme sur le front nord avec le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par la République islamique, de nombreuses compagnies aériennes étrangères vont probablement « tâter le terrain avec prudence » en reprenant leurs vols de manière partielle, a averti Feldman.
À un peu plus de deux semaines du début de Pessah, les touristes qui ont déjà réservé leur voyage vers et depuis Israël restent pour l’instant dans l’incertitude.
« Nous avons de nombreux clients qui ont réservé pour Pessah, et ils sont inquiets et effrayés à l’idée de ne pas pouvoir venir », a-t-il expliqué.
« Ils ont déjà acheté leurs billets d’avion, réservé leur hôtel ou leur Airbnb, et ils savent que s’ils annulent maintenant, ils devront payer des frais d’annulation très élevés. »
L’espace aérien israélien est fermé à la plupart des vols commerciaux depuis le 28 février, date à laquelle les attaques conjointes avec les États-Unis contre le régime iranien ont été lancées.
L’aéroport a progressivement rouvert ces derniers jours, mais uniquement pour les vols entrants opérés par les compagnies aériennes israéliennes El Al, Arkia, Israir et Air Haifa, qui ont permis de rapatrier une partie des 100 000 Israéliens bloqués à l’étranger.
El Al a vendu des sièges à prix fixe sur ses vols de rapatriement, mais ceux-ci sont désormais complets.
La principale porte d’entrée du pays a également partiellement rouvert pour un service limité de vols au départ, mais uniquement pour les transporteurs locaux, avec un maximum de cent passagers par vol.
Ne pouvant pas facilement quitter le pays, les Israéliens en quête de repos et de détente, ou du moins d’un répit face aux attaques de missiles et aux sirènes d’alerte aérienne qui sont devenues une réalité quotidienne dans le centre et le nord du pays, se tournent vers des vacances plus proches de chez eux.
« Depuis quelques jours, nous constatons une augmentation quotidienne des réservations de vacances dans les hôtels à travers Israël », a déclaré Shirley Cohen-Orkaby, vice-présidente d’Eshet Tours.
« Alors que les voyages à l’étranger sont impossibles pour le moment et que les établissements scolaires sont fermés, l’enseignement étant désormais assuré à distance, les Israéliens optent plutôt pour des vacances à Eilat, à la mer Morte ou à Jérusalem, des régions où le nombre de sirènes est nettement inférieur à celui d’autres parties du pays.
La majorité des compagnies aériennes européennes et américaines ont suspendu leurs vols vers Tel Aviv jusqu’en mars et avril, mais ces annulations pourraient être prolongées si la guerre se poursuit.
Invoquant la situation militaire au Moyen-Orient, Air Canada a suspendu tous ses vols à destination et en provenance de Tel Aviv jusqu’au 2 mai. American Airlines a repoussé la reprise de ses vols au 23 avril, tandis que Delta a annulé ses vols jusqu’au 23 mars et United Airlines jusqu’au 21 mars.
Le groupe Lufthansa, qui comprend Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines et Eurowings, ainsi qu’ITA Airways ont annulé tous leurs vols à destination et en provenance de Ben Gurion jusqu’au 2 avril.
D’autres compagnies aériennes européennes, telles que British Airways, ont prolongé la suspension de leurs vols jusqu’à la fin mars, tandis qu’Air France a indiqué qu’elle ne pourrait reprendre ses liaisons avant le 16 mars au plus tôt.
EasyJet, qui avait déjà repoussé à plusieurs reprises la reprise de ses vols après la précédente guerre contre la République islamique d’Iran en juin dernier, devait relancer ses liaisons vers Londres Luton, Amsterdam et Milan-Malpensa le 29 mars.
Mais mardi, la compagnie low-cost a annoncé qu’elle prolongeait la suspension de ses vols jusqu’en octobre.
Son concurrent Wizz Air, basé en Hongrie, a également reporté la reprise de ses vols au moins jusqu’au 29 mars. La compagnie à bas coût prévoyait de mettre en place un hub aérien opérationnel en Israël dès le mois d’avril, ce qui aurait stimulé la concurrence et contribué à faire baisser les tarifs élevés pour les voyageurs.
El Al a annulé tous ses vols réguliers jusqu’au 21 mars. Comme d’autres compagnies locales, la compagnie pratique des tarifs plus élevés, misant sur le fait que les voyageurs seront prêts à payer davantage pour réserver un vol moins susceptible d’être annulé.
« Nous avons constaté une augmentation de 15 % du prix des billets pour le printemps et l’été vers presque toutes les destinations, par rapport à il y a seulement dix jours », a indiqué Feldman.
El Al risque déjà une amende de 121 millions de shekels après avoir été accusée le mois dernier par l’Autorité israélienne de la concurrence d’avoir exploité son pouvoir monopolistique et pratiqué des tarifs « excessifs et injustes » pendant les deux années de guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Au cours de la guerre, les compagnies aériennes étrangères ont suspendu à plusieurs reprises leurs vols à destination et en provenance d’Israël en raison des tensions régionales accrues, laissant les voyageurs largement dépendants des transporteurs israéliens.
Le nombre limité de vols a permis à El Al d’augmenter ses tarifs aériens de 16 % en moyenne, une situation qui semble prête à se reproduire.
« La plupart des réservations que nous recevons concernent presque exclusivement El Al, ce qui renforce une fois de plus la position dominante de la compagnie et lui permet de tirer profit de son quasi-monopole sur certaines liaisons », a indiqué Feldman.
Les billets aller-retour pour New York pour la dernière semaine de mai sont actuellement vendus 1 990 dollars chez El Al et 1 700 dollars chez United Airlines, a précisé Feldman.
Les vols à destination et en provenance de New York opérés par la compagnie israélienne Arkia pour la même période sont vendus entre 1 550 et 2 448 dollars, selon les dates, et les prix estivaux commencent autour de 1 800 dollars.
« Les personnes qui réservent leurs vacances à l’étranger sont prêtes à payer plus cher et à réserver avec El Al parce qu’elles veulent être sûres de pouvoir prendre l’avion », a déclaré Feldman.
« Il s’agit d’un gain à court terme pour El Al, car une fois que la paix sera revenue et que quelques mois se seront écoulés dans le calme, la part de marché des compagnies aériennes étrangères augmentera à nouveau. »
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