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Haïm Korsia cible d’antisémitisme en raison de sa visite en Algérie avec Macron

Des internautes et le chef du parti algérien du "Mouvement de la société pour la paix", proche des Frères musulmans, ont vivement insulté et dénoncé la présence du religieux

Le président français Emmanuel Macron, entouré de son épouse Brigitte Macron et du ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin, écoute le président israélien Isaac Herzog et le grand rabbin de France Haïm Korsia au collège et au lycée Ohr Torah à Toulouse, dans le sud de la France, le 20 mars 2022, dans le cadre d'une cérémonie commémorant le dixième anniversaire des attentats perpétrés par Mohamed Merah qui ont fait sept morts en 2012. (Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron, entouré de son épouse Brigitte Macron et du ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin, écoute le président israélien Isaac Herzog et le grand rabbin de France Haïm Korsia au collège et au lycée Ohr Torah à Toulouse, dans le sud de la France, le 20 mars 2022, dans le cadre d'une cérémonie commémorant le dixième anniversaire des attentats perpétrés par Mohamed Merah qui ont fait sept morts en 2012. (Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, fils de Juifs nés en Algérie, fera partie de la délégation qui accompagnera le président français Emmanuel Macron jeudi pour une visite officielle de trois jours en Algérie.

Abderrazak Makri, chef du parti algérien du Mouvement de la société pour la paix, proche des Frères musulmans, a dénoncé sur Facebook la présence du religieux.

« Après le scandale impliquant des joueurs de football pour visiter l’entité [Israël, en référence aux internationaux algériens de l’OGC Nice qui ont disputé à Tel Aviv un match de la Coupe de l’UEFA, NDLR], voilà encore la France officielle qui ramène le grand rabbin de France qui soutient l’entité et qui dénie leurs droits aux Palestiniens », a écrit Abderrazak Makri.

Sur les réseaux sociaux, la présence de Haïm Korsia à la délégation a aussi déclenché des torrents d’insultes antisémites.

« Haïm Korsia n’est pas la bienvenue en #Algérie. Les sioniste d’Israël ont envoyé ce rabin (larbin d’Israël) avec Macron pour salir notre image et faire croire que l’Algérie soutient l’apartheid israélien », a notamment écrit un internaute.

« Haim Korsia ne vient pas en tant que Rabbin ou Français d’Algérie mais en tant que soutien de la politique expansionniste du régime d’apartheid sioniste ! », a écrit un autre.

« Pourquoi tant de haine antisémite suite à l’invitation du Gr rabbin de France originaire d’ Algérie par le PR ? Plus un seul juif ne vit pourtant aujourd’hui en Algérie!! Parce que le nouvel antisémitisme c’est l’antisionisme! », a réagi le député Meyer Habib.

Le président français Emmanuel Macron donne une conférence de presse lors de sa visite à Alger, en Algérie, le 6 décembre 2017. (Crédit : AFP / RYAD KRAMDI / RYAD KRAMDI)

La visite d’Emmanuel Macron en Algérie sera avant tout tournée vers la « jeunesse et l’avenir » afin de « refonder » durablement une relation abîmée par des mois de brouille mémorielle.

« Le président de la République a fait le choix d’orienter cette visite vers l’avenir, les start-up, l’innovation, la jeunesse, des secteurs nouveaux », a souligné mardi l’Elysée.

Il aura ainsi un « long échange » vendredi avec de jeunes entrepreneurs à Alger et ira aussi à la rencontre de jeunes à Oran, deuxième ville du pays, à l’occasion d’une démonstration de breakdance. Il se rendra à la Grande mosquée d’Alger ainsi qu’à Santa Cruz et sa chapelle chrétienne, sur les hauteurs d’Oran.

La visite, la deuxième du président Macron en Algérie depuis son élection en 2017, vise à « poser un socle pour refonder, développer » la relation entre Paris et Alger, a insisté la présidence française.

Elle intervient au terme d’une séquence chargée de symboles avec le 60e anniversaire des Accords d’Evian (18 mars 1962), qui mirent fin à plus de sept ans de guerre entre insurgés algériens et armée française, et de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet.

La relation entre les deux pays, encore très marquée par 132 ans de colonisation française, s’annonçait sous les meilleurs auspices avec l’élection du président Macron, le premier de la Ve République né après 1962.

Mais elle a vite trébuché sur une série de malentendus autour de cette histoire commune douloureuse. S’il a multiplié les gestes mémoriels sans précédent, Emmanuel Macron n’a pas présenté les excuses attendues par Alger.

Ses propos sur la « rente mémorielle » exploitée par le « système politico-militaire » algérien depuis 1962, la « haine de la France » et ses interrogations sur l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation ont consommé la rupture à l’automne 2021, avec le rappel pendant trois mois de l’ambassadeur d’Algérie à Paris.

Paris et Alger ont opté depuis pour un réchauffement de leurs relations, dicté par d’autres priorités, de la guerre en Ukraine à la sécurité du Sahel.

Le président français entend « poursuivre le travail d’apaisement des mémoires » – il se rendra au cimetière Saint-Eugène à Alger, où reposent nombre de Français nés en Algérie – mais ce n’est « pas l’objectif premier de cette visite », fait observer l’Elysée.

Pour marquer cette relance, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui accueillera son homologue à son arrivée jeudi après-midi, donnera en son honneur un dîner d’État dans la soirée. Les deux dirigeants se recueilleront auparavant ensemble au Mémorial des Martyrs avant de s’entretenir en tête-à-tête.

Outre le grand rabbin de France, le président français sera accompagné d’une délégation de 90 personnes, comptant sept ministres, dont Bruno Le Maire (Economie), Gérald Darmanin (Intérieur) et Catherine Colonna (Affaires étrangères), des parlementaires, des patrons de grands groupes (Xavier Niel pour Iliad, Catherine MacGregor pour Engie, Rodolphe Saadé pour l’armateur CMA-CGM) ou encore Sarah Ourahmoune, vice-championne olympique de boxe à Rio.

Côté économique, le gaz ne sera pas au centre des discussions, assure Paris, même si les Européens, pressés de réduire leur dépendance aux approvisionnements russes dans le contexte de guerre en Ukraine, se tournent de plus en plus vers l’Algérie.

Les deux présidents s’entretiendront par ailleurs de la situation au Mali, d’où l’armée française vient de se retirer, et plus largement au Sahel ainsi qu’en Libye.

L’Algérie joue un rôle central dans la région en raison de son poids diplomatique et de ses milliers de kilomètres de frontières avec le Mali, le Niger et la Libye.

Le président Macron abordera aussi « en toute franchise » l’influence croissante de la Russie dans la région, notamment au Mali, a indiqué l’Elysée, en pointant les « différences d’approche » avec Alger, aux liens étroits avec Moscou.

Les deux dirigeants devraient aussi évoquer la réduction de 50 % du nombre de visas Schengen accordés par Paris aux Algériens, sur fond de contentieux concernant la réadmission de ressortissants algériens jugés indésirables en France.

Paris relève toutefois la hausse du nombre de réadmissions en Algérie ces derniers mois et espère une « levée » prochaine des derniers « blocages » sur ce point.

Emmanuel Macron, interpellé par la diaspora sur la situation des droits de l’homme, abordera aussi cette question durant sa visite, « selon les modalités qu’il décidera » et dans le « respect de la souveraineté » algérienne, a assuré l’Elysée.

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