Harris : Biden n’a pas pu faire preuve d’empathie envers les Gazaouis et son soutien à Netanyahu a contribué à faire perdre les élections
Dans son récit de l'échec de la campagne présidentielle de 2024, l'ex-vice-présidente dit que Netanyahu n'a eu aucune loyauté envers Biden - "C'est Trump qu'il voulait en face de lui. Ni Joe, ni moi"

Selon des extraits, diffusés par Axios, du livre intitulé « 107 Days », sorti mardi, dans lequel Kamala Harris revient sur sa défaite électorale, l’ex-vice-présidente américaine écrit que l’ex-président Joe Biden n’a pas montré assez d’empathie envers les Gazaouis.
Selon des extraits publiés par Axios du livre intitulé « 107 Days », qui sort ce mardi, Harris écrit : « J’ai supplié Joe, avant qu’il ne prenne la parole sur cette question, de faire preuve envers les civils innocents de Gaza de la même empathie que celle qu’il avait témoignée aux Ukrainiens ».
« Mais il ne pouvait pas le faire : il pouvait dire avec passion ‘Je suis sioniste’, mais ses propos sur des Palestiniens innocents auraient semblé inappropriés, comme forcés », écrit-elle.
Selon ces extraits, Harris estime qu’elle n’a pas gagné les élections de 2024 à cause de l’impopularité de Biden et du « chèque en blanc apparemment signé par le président américain à Benjamin Netanyahu, à Gaza ».
Harris estime par ailleurs que Netanyahu n’avait fait preuve d’aucune loyauté à l’égard de Biden : « C’est Trump qu’il voulait avoir en face de lui. Ni Joe, ni moi. »
Selon Axios, ce livre semble réfuter les affirmations de l’époque Biden selon lesquelles il n’y avait « aucune différence de point de vue » entre le président américain et son adjointe sur la question de la guerre à Gaza.
Harris a perdu face au Républicain Donald Trump après la campagne électorale la plus courte de l’histoire moderne des États-Unis – un peu plus de trois mois, les fameux « 107 jours » du titre de ses mémoires.
Ni le porte-parole de Harris ni celui de Biden n’ont répondu favorablement à la demande de commentaire d’Axios, explique le média.
« Je pense qu’Israël a eu raison de riposter aux atrocités du 7 octobre », écrit-elle, toujours selon Axios. « Mais la férocité de la réponse de Netanyahu, le nombre de femmes et d’enfants palestiniens innocents tués et son incapacité à faire passer avant tout la vie des otages ont affaibli la position morale d’Israël sur la scène internationale et créé une dissidence violente en Israël même. »
Biden a exprimé son soutien à Israël très rapidement après le pogrom du 7 octobre, doublée de la décision de se rendre dans ce pays en guerre – un fait rarissime.
Ensuite, il lui est arrivé de critiquer officiellement Netanyahu, notamment au sujet du projet du Premier ministre, en mai 2024, d’envahir Rafah, la ville la plus méridionale de Gaza, où des centaines de milliers de Palestiniens avaient trouvé refuge après avoir fui le nord de la bande de Gaza. En privé, Biden aurait utilisé des mots plus durs pour dire son mécontentement envers Netanyahu.
Le Premier ministre, pour sa part, a publiquement reproché à Biden de ne pas avoir envoyé à Israël des armes dotées de fortes charges.
Les manifestations anti-Israël, une « question majeure » au coeur du choix du vice-président
Dans les extraits publiés par Axios, Harris dit en vouloir aux manifestants pro-palestiniens qui ont perturbé ses rassemblements comme à ceux qui ont dit qu’ils ne voteraient pas pour elle à cause du soutien de la Maison Blanche à Israël.
« Ces menaces de ne pas voter m’ont beaucoup nui. C’était imprudent », écrit-elle. « Il ne s’agit pas d’une question binaire, mais le résultat de l’élection, si. »
« Pourquoi n’ont-ils pas manifesté lors des rassemblements de Trump ? Je me suis posée la question », ajoute-t-elle.
Elle concède par ailleurs que les militants aient ressenti « une certaine amertume, du fait que nous n’ayons pas donné de temps de parole à un porte-parole palestinien » lors de la convention Démocrate de Chicago, en août, laquelle a pourtant permis aux parents de l’otage Hersh Goldberg-Polin de s’exprimer. « Mais dans mon discours sur la guerre à Gaza, je disais beaucoup de choses à ce sujet. »
En revenant sur sa décision de ne pas choisir pour colistier le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, Harris explique que les manifestations, lors de la convention Démocrate à Chicago en août, ont joué un « rôle important » dans le choix du candidat à la vice-présidence.
Elle évoque notamment une réunion avec le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, qui est juif.
« Nous avons parlé de la façon de gérer les attaques auxquelles il avait été confronté à propos de Gaza et de l’effet que cela pourrait avoir sur l’engouement que nous tentions de faire advenir. Les grandes manifestations qui ont eu lieu lors de la convention ont posé problème, écrit-elle.
C’est lorsque Harris s’est hissée en tête du ticket, suite au retrait de Biden, en juillet, pour des raisons liées à son âge avancé, que Shapiro a été pressenti pour la vice-présidence Démocrate.
Or, Shapiro, qui est juif, a été vivement critiqué par des militants pro-palestiniens et anti-Israël en raison de son soutien à Israël, et particulièrement d’un article rédigé en 1993, lorsqu’il était étudiant, disant que les Palestiniens étaient trop « belliqueux » pour former un État pacifique. Shapiro avait depuis longtemps désavoué cet article et était devenu un défenseur de la solution à deux États, qualifiant Netanyahu de « l’un des pires dirigeants de notre époque ».
Par la suite, Harris avait choisi le gouverneur du Minnesota, Tim Walz. À l’époque, son équipe de campagne avait nié que Shapiro ait été évincé pour des motifs religieux.







