Haut-Karabakh : Les combats continuent, la Turquie martèle son soutien à Bakou
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Haut-Karabakh : Les combats continuent, la Turquie martèle son soutien à Bakou

La Turquie est accusée d'aggraver le conflit en encourageant l'Azerbaïdjan à l'offensive militaire et est soupçonnée d'avoir déployé des mercenaires syriens au Karabakh

Une roquette non explosée à Stepanakert, la principale ville de la région séparatiste du Haut-Karabakh, le 6 octobre 2020, lors des combats en cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région contestée. (ARIS MESSINIS / AFP)
Une roquette non explosée à Stepanakert, la principale ville de la région séparatiste du Haut-Karabakh, le 6 octobre 2020, lors des combats en cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan au sujet de la région contestée. (ARIS MESSINIS / AFP)

Arméniens et Azerbaïdjanais poursuivaient mardi leurs combats pour le contrôle de la région séparatiste du Nagorny Karabakh, la Turquie demandant au monde de soutenir l’Azerbaïdjan, malgré les appels à la trêve et des victimes civiles.

À contre-courant de la communauté internationale, le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, en visite mardi à Bakou, a appelé à « soutenir » l’Azerbaïdjan, un pays turcophone qu’Ankara encourage depuis la reprise des hostilités le 27 septembre à la reconquête militaire du Nagorny Karabakh.

Il s’est ouvertement interrogé sur l’utilité d’un cessez-le-feu : « Que se passera-t-il après, l’Arménie sera-t-elle amenée à se retirer immédiatement des territoires azerbaïdjanais ? »

Cette visite intervient après que Paris, Moscou et Washington, médiateurs dans ce conflit depuis les années 1990, ont qualifié la veille la crise de « menace inacceptable pour la stabilité de la région ».

Le Kremlin a dénoncé mardi une situation qui se « dégrade » et jugé « inacceptables » les morts de civils, appelant les deux camps à négocier.

Une escalade pourrait avoir des conséquences imprévisibles, au vu du nombre des puissances en concurrence dans le Caucase : la Russie, la Turquie, l’Iran et les Occidentaux.

Bakou et Erevan se sont accusés ces derniers jours d’avoir multiplié à dessein les bombardements sur les zones urbaines habitées, notamment sur la capitale des indépendantistes, Stepanakert, et sur la deuxième ville d’Azerbaïdjan, Gandja.

Les journalistes de l’AFP ont vu de nombreuses habitations détruites par les tirs de roquettes de part et d’autre.

Le calme régnait dans la matinée à Stepanakert, mais les bombardements y ont repris en fin d’après-midi, selon un journaliste de l’AFP. Le ministère arménien de la Santé a affirmé qu’une roquette était tombée tout près du principal hôpital, dénonçant un possible « crime de guerre ».

Profitant du répit matinal, des habitants sont sortis de leurs abris pour se ravitailler. D’autres ont constaté les dégâts, parfois impressionnants.

Gaïane Sarkissian, une institutrice de 42 ans, a décidé de quitter cette ville avec son enfant et sa mère de 64 ans. « La sirène d’alerte a retenti deux fois ce matin. Il y a eu deux explosions en périphérie vers neuf heures. Je ne sais pas ce que c’était. Nous nous sommes abrités et on a décidé de partir », raconte-t-elle, sur la route menant à l’Arménie.

Un homme âgé passe devant des bâtiments détruits de Stepanakert, la principale ville séparatiste de la région du Haut-Karabakh, le 6 octobre 2020, lors des combats en cours entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet de la région contestée. (ARIS MESSINIS / AFP)

Dixième jour de combats

Côté azerbaïdjanais, des villes sont aussi bombardées. « Quelques roquettes sont tombées sur le village. Il y a des combats très durs », a ainsi affirmé Matlab Aziev, qui vit dans un village frontalier, Jojug Marjanli.

« Avec l’aide de Dieu, on pourra bientôt tranquillement et librement aller en voiture » à Stepanakert, a-t-il ajouté.

Mardi matin, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a affirmé avoir infligé de « lourdes pertes humaines et en matériel militaire » à l’adversaire et l’avoir « forcé à la retraite ».

Le président de la république auto-proclamée du Karabakh, Arayik Haroutiounian, a quant à lui assuré que son armée « remplissait avec succès ses tâches », ajoutant que « tout est sous contrôle ».

Au dixième jour des combats, aucun camp ne semble avoir pris un avantage déterminant.

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d’Arméniens chrétiens, a fait sécession de l’Azerbaïdjan, un pays chiite, à la chute de l’URSS, entraînant au début des années 1990 une guerre ayant fait 30 000 morts. Le front est quasiment gelé depuis un cessez-le-feu en 1994, malgré des heurts réguliers.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, dont le pays riche en pétrole a beaucoup dépensé pour l’acquisition d’armements modernes, a juré de reprendre le Karabakh, excluant une trêve sans retrait militaire arménien de la région ni « excuses » du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.

Erevan et Bakou ont jusqu’ici fait fi des nombreux appels à un cessez-le-feu ayant émané de la communauté internationale.

Des volontaires et des réservistes arméniens montent dans un bus sur le territoire arménien en direction de la ligne de front du Haut-Karabakh pour se battre contre les troupes azéries dans le conflit militaire en cours dans la région séparatiste, le 6 octobre 2020. (AFP)

« Menace inacceptable »

Le bilan de 286 morts depuis le début du conflit reste très partiel.

L’Azerbaïdjan, qui n’annonce aucune perte parmi ses soldats, évoque la mort de 46 civils, tandis que le Karabakh a dénombré 240 militaires et 19 civils ayant perdu la vie.

Bakou et Erevan disent cependant avoir tué respectivement 2 300 et 3 500 militaires ennemis et se rejettent la responsabilité des hostilités.

La Turquie est accusée d’aggraver le conflit en encourageant l’Azerbaïdjan à l’offensive militaire et est soupçonnée d’avoir déployé des mercenaires syriens au Karabakh, dont plusieurs dizaines auraient été tués.

Si la Russie entretient de bonnes relations avec les deux belligérants, elle reste plus proche de l’Arménie qui appartient à une alliance militaire dominée par Moscou.

Lundi, l’ONG Amnesty International a dénoncé l’usage dans les frappes contre Stepanakert de bombes à sous-munitions, interdites depuis 2010 par une convention internationale.

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