Heiko Maas qualifie l’annexion d’illégale, sans brandir de sanctions
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Heiko Maas qualifie l’annexion d’illégale, sans brandir de sanctions

Le ministre des Affaires étrangères allemand a exprimé "des inquiétudes" à propos de l'annexion ; Pour Gabi Ashkenazi, le plan Trump sera "poursuivi de manière responsable"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas fait une déclaration aux médias suite à sa rencontre avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi, à Jérusalem, le mercredi 10 juin 2020. (AP Photo/Oded Balilty)
Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas fait une déclaration aux médias suite à sa rencontre avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi, à Jérusalem, le mercredi 10 juin 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

La visite du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, mercredi, a réaffirmé l’opposition de son pays à l’annexion unilatérale par Israël de certaines parties de la Cisjordanie, sans préciser les éventuelles mesures punitives que Berlin pourrait prendre si Jérusalem va de l’avant avec son plan controversé.

« J’ai réitéré, et je continuerai à le faire dans mes conversations d’aujourd’hui, la position allemande et j’ai expliqué nos inquiétudes sérieuses et honnêtes, en tant qu’ami très spécial d’Israël, sur les conséquences possibles d’une telle décision », a déclaré M. Maas lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem au début de son voyage d’une journée dans la région.

« Nous partageons ces vues avec nos partenaires européens, et nous sommes d’avis qu’une annexion ne serait pas compatible avec le droit international, et nous continuons donc à défendre une solution à deux États, convenue et négociée », a-t-il ajouté. « Et pour se rapprocher de l’objectif d’un accord négocié, il faut de nouvelles impulsions créatives pour relancer les pourparlers ».

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi (à droite) salue son homologue allemand Heiko Maas avec un « coup de coude », en raison de la pandémie de coronavirus COVID-19, au ministère à Jérusalem le 10 juin 2020. (Menahem KAHANA / AFP)

M. Maas a déclaré que l’Allemagne était prête à aider les Israéliens et les Palestiniens à explorer différentes voies pour reprendre les négociations de paix, soulignant qu’il était venu au Moyen-Orient pour écouter les parties et non pour proférer des menaces.

« Je n’ai fixé aucun prix », a-t-il déclaré en réponse à la question d’un journaliste sur d’éventuelles sanctions, ajoutant que les États membres de l’Union européenne ont convenu de « rechercher le dialogue » avec toutes les parties.

« L’heure est à la diplomatie et au dialogue », a-t-il déclaré, ajoutant que s’il a clairement exposé la position européenne à son interlocuteur israélien, il ne croit pas en une politique fondée sur les menaces. « Je n’ai pas beaucoup d’estime pour la politique qui consiste à émettre des menaces alors qu’aucune décision n’a encore été prise » par Israël, a déclaré M. Maas.

« Le résultat que nous recherchons est la paix dans la région, c’est ce qui est important pour les gens ici dans la région. Et je ne veux pas [discuter d’éventuelles sanctions] tant qu’aucune décision n’a été prise ».

M. Maas, un social-démocrate connu comme un fervent défenseur d’Israël, est le premier haut dignitaire étranger à se rendre en Israël depuis la formation du nouveau gouvernement de ce pays le mois dernier. Sa visite intervient quelques semaines à peine avant que l’Allemagne ne prenne la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil européen (le 1er juillet). Il est donc susceptible de jouer un rôle essentiel dans la modération de la réponse de la communauté internationale à une éventuelle annexion israélienne.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, (à droite), lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères)

Pendant ce temps, Ashkenazi, lors de la même conférence de presse, a déclaré qu’Israël veut mettre en œuvre le plan de paix de l’administration américaine. Il a indiqué que les plans d’annexion n’étaient pas un fait accompli et qu’il restait beaucoup de travail à faire avant que le gouvernement ne décide si et comment procéder à une telle démarche.

Ashkenazi a accueilli Maas à Jérusalem comme un « ami proche d’Israël », en lui assurant qu’il écoutait attentivement la position allemande et qu’il s’engageait à « la prendre en considération ».

« Il existe actuellement d’importantes opportunités régionales, notamment l’initiative de paix du président [Donald] Trump. C’est une étape importante pour la région, et cela représente une opportunité significative », a déclaré M. Ashkenazi dans sa déclaration.

« Le plan sera poursuivi de manière responsable, en pleine coordination avec les États-Unis, tout en maintenant les accords de paix et les intérêts stratégiques d’Israël. Nous avons l’intention de le faire dans le cadre d’un dialogue avec nos voisins. Israël veut la paix et la sécurité ».

Maas et Ashkenazi sont entrés dans la pièce en portant des masques blancs avec de petits drapeaux allemands et israéliens cousus dans leur coin supérieur gauche.

Lors d’une séance de questions-réponses, M. Ashkenazi a déclaré qu’il n’y avait pas encore de carte du territoire de Cisjordanie qui serait annexé. Le plan de paix américain comprend des « cartes conceptuelles » des zones où Israël exercera sa souveraineté, mais elles doivent être traduites en cartes exploitables. Une fois le travail technique de cartographie achevé, elles seront confirmées et votées par le gouvernement.

« Il n’y a pas de décision à l’heure actuelle », a-t-il déclaré.

Interrogé par le Times of Israel pour savoir si les Palestiniens des zones qu’Israël va annexer pourront obtenir la citoyenneté israélienne, Ashkenazi a répondu que le plan Trump définit leur statut.

Le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères)

« Nous en discutons dans le cadre de nos délibérations et il ne serait pas approprié de parler ici… Aucune décision n’a été prise et il est un peu prématuré d’en parler maintenant. Une fois qu’une décision aura été prise, nous pourrons l’approfondir un peu plus ».

On ne sait pas exactement combien de Palestiniens résident actuellement sur le territoire qu’Israël annexerait, car aucune carte précise n’a encore été publiée. Les estimations vont de plusieurs milliers à plus de 100 000. Netanyahu a déclaré dans une interview accordée à un journal le mois dernier que ces Palestiniens « resteront des sujets palestiniens » vivant dans des « enclaves » et ne recevront pas la citoyenneté israélienne.

Au début de la conférence de presse de Maas-Ashkenazi, un accord a été signé dans lequel l’Allemagne s’est engagée à continuer à soutenir le Musée mémorial de la Shoah de Yad Vashem à Jérusalem à hauteur d’un million d’euros par an pour la prochaine décennie.

Pendant son séjour en Israël, Maas a également rencontré Netanyahu à son bureau de Jérusalem et le ministre de la Défense Benny Gantz au siège de l’armée israélienne à Tel Aviv.

Le bureau de Netanyahu a déclaré que M. Maas avait interrogé le Premier ministre sur les projets d’Israël concernant la proposition Trump, à la lumière de la participation de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU et de son accession à la présidence tournante du Conseil européen le mois prochain.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas (à gauche) rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 10 juin 2020. (Kobi Gideon/GPO)

M. Netanyahu a déclaré que tout accord avec les Palestiniens doit reconnaître les « intérêts vitaux » d’Israël, tels que le maintien d’un contrôle de sécurité complet à l’ouest du Jourdain, selon un communiqué.

« De même, le Premier ministre Netanyahu a déclaré que tout plan réaliste doit reconnaître la réalité des implantations israéliennes sur le terrain et ne pas donner l’illusion de déraciner les gens de leurs maisons », selon la déclaration.

Une déclaration du bureau de M. Gantz indique qu’il a dit à M. Maas que le plan Trump était une « opportunité historique », tout en soulignant qu’il devrait être avancé de manière responsable et dans le cadre d’un « dialogue » avec les différents acteurs régionaux.

Les deux hommes ont également discuté de nombreuses questions régionales, parmi lesquelles le programme nucléaire iranien.

« Nous chérissons la relation spéciale avec l’Allemagne et ferons tout notre possible pour renforcer la coopération et le dialogue avec elle en tant que leader important de l’Union européenne et véritable ami d’Israël. L’Allemagne a un rôle important à jouer pour faire progresser la paix et la sécurité dans la région », a déclaré M. Gantz.

Pour sa première visite hors d’Europe depuis le début de la pandémie de Covid-19, Heiko Maas a aussi abordé avec ses interlocuteurs l’Iran et son allié le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, ennemis d’Israël. L’Etat hébreu souhaite que toute aide internationale accordée au Liban, qui connaît une grave crise économique, soit assortie de réformes réduisant l’influence du Hezbollah chez son voisin, ont indiqué à l’AFP des sources israéliennes.

S’agissant de l’Iran, Israël appelle les Européens à suivre Washington en réimposant des « sanctions écrasantes » contre Téhéran. Berlin fait partie des signataires européens, avec Paris et Londres, de l’accord sur le nucléaire iranien, dont Washington s’est retiré unilatéralement en 2018. Téhéran se désengage progressivement du pacte depuis mai 2019. Mercredi, M. Maas a critiqué les appels de Téhéran à détruire Israël, « dont le droit d’exister n’est pas négociable », a-t-il affirmé.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) rencontre le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas le 10 juin 2020 à Jérusalem. (Tal Oz/Ministère de la Défense)

Plus tard mercredi, M. Maas devait se rendre à Amman pour rencontrer son homologue jordanien, Ayman Sadafi. Il devait également s’entretenir avec de hauts responsables palestiniens par vidéoconférence, plutôt qu’en personne, en raison des restrictions israéliennes relatives à la COVID-19 qui l’empêchent de se rendre à Ramallah.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a de son côté appelé « à s’abstenir de toute mesure unilatérale susceptible de nuire à une reprise des négociations ».

L’Organisation de la coopération islamique a pour sa part mis en garde contre « une grave escalade ».

L’AFP a contribué à cet article.

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