Hommage aux « victimes oubliées » tziganes de la Shoah à Bruxelles
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Hommage aux « victimes oubliées » tziganes de la Shoah à Bruxelles

Pour la première commémoration conjointe au Parlement européen, des députés issus de la communauté tzigane mettent en garde l'Europe contre la montée de l'extrême-droite

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Les participants à la commémoration de la Shoah, au Parlement européen, le 24 janvier 2018. (Autorisation)
Les participants à la commémoration de la Shoah, au Parlement européen, le 24 janvier 2018. (Autorisation)

BRUXELLES – Les dirigeants juifs européens et les députés israéliens ont rencontré des représentants de la communauté tzigane au Parlement européen mercredi pour une commémoration de la Shoah. C’est la première fois qu’un tel évènement est organisé au sein d’un organe législatif. Des députés européens d’ascendance Rom ont déploré l’ignorance au sujet des « victimes oubliées de l’Holocauste » et décrié la montée de l’extrême-droite.

« Les Roms sont les victimes oubliées de la Shoah. L’écrasante majorité des Européens ne savent pas que, durant la Seconde Guerre mondiale, les membres de la communauté Rom, entre autres, ont été opprimés par le régime nazi », a déclaré Livia Jaroka, vice-présidente du Parlement européen et rapporteur à l’Union européenne sur la stratégie européenne à l’égard des Roms, et première femme Rom à être députée au Parlement européen, lors de l’inauguration d’une exposition sur le génocide.

Des centaines de milliers de Roms ont été tués par les nazis entre 1939 et 1945, et 23 000 d’entre eux ont été internés au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Les membres de la communauté des Roms, ansi que la minorité Sinti, ont également fait l’objet des lois discriminatoires mises en vigueur par les nais, avant la Shoah, ont subi des stérilisations forcées dans les années 1930, et ont servi à des expériences médicales dans les camps de la mort.

Jaroka, originaire de Hongrie, est née d’une mère juive et d’un père Rom. Elle a déclaré qu’un demi millions de Roms ont été tués. Selon le musée de la Shoah de Washington, il n’y a pas de donnée exacte sur le nombre de victimes Roms, mais les estimations évaluent le nombre de victimes à 220 000, sur une communauté forte d’un million de membres.

« Toutes les victimes ont fait face aux mêmes souffrances, au même sort, à la même fin, par les mêmes bourreaux », a déclaré Soraya Post, membre du parlement et rapporteur sur les Droits des Roms.

Lors de l’évènement organisé au Parlement européen par le Congrès juif européen, les survivants de la Shoah, issus de la communauté Rom étaient aux côtés des survivants juifs. C’était la première cérémonie conjointe à l’occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah qui a lieu chaque année le 27 janvier.

« Quand je vois les survivants, je vois mes propres échecs, et les échecs de ma génération, Et [je vois] leur force, et [que] nous n’avons plus le temps de nous reposer. Nous devons revoir nos priorités », a déclaré Post au Times of Israel après l’évènement.

La députée européenne Soraya Post à à la commémoration de la Shoah, au Parlement européen, le 24 janvier 2018. (Crédit : Office of MEP Soraya Post)

Le génocide des Roms n’a été reconnu par l’Allemagne de l’Ouest qu’en 1982, dans le but de leur verser des indemnités. De nombreux survivants étaient déjà décédés, et ils sont nombreux à ne pas les avoir reçues.

Dans son discours, Post a fustigé la montée de l’extrême-droite en Europe, affirmant que « des marches ouvertement néo-nazies ont lieu sur nos places, scandant leur propagande haineuse ».

« Ils ne devraient pas avoir de place dans l’espace public. Nous avons vu ce dont ils sont capables. Nous sommes à un carrefour », a-t-elle dit.

Après l’évènement, elle a montré du doigt la Bulgarie, dont « sept de ses vingt-et-un ministres sont d’extrême-droite », et la montée du FPÖ en Autriche.

« Je suis frustrée, je suis aussi déçue que les choses aillent si loin. »

Bien que les populations juives et Roms aient eu des liens cordiaux dans certains endroits d’Europe de l’Est avant la Shoah, une commémoration commune reste un évènement rare.

Prévue comme un évènement conjoint, l’inauguration de l’exposition Rom a été accompagnée des discours de députés Rom, et la cérémonie principale a été ponctuée de discours par des dirigeants israéliens et juifs sur la montée de l’antisémitisme.

Post a évoqué la collaboration entre les groupes juifs européens et les groupes roms, notamment dans le monde étudiant, même si elle « pourrait être plus visible ».

Mais elle s’est abstenue de dire si le gouvernement israélien aurait pu, ou dû, les aider. « En ce qui concerne Israël, je ne sais pas. Mon père est Juif, mais je n’aime pas le régime israélien actuel. Je soutiens l’État d’Israël, évidemment, à 100 %, mais je soutiens aussi un état palestinien », a-t-elle ajouté.

En ce qui concerne les Juifs, a-t-elle dit, « je pense que le peuple juif aurait pu en faire davantage pour les Roms, et peut-être que dorénavant, ils y penseront ».

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