Ilan Yeshua sommé de supprimer un article sur l’amie non-juive de Yaïr Netanyahu
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Ilan Yeshua sommé de supprimer un article sur l’amie non-juive de Yaïr Netanyahu

L'ex-directeur du site Walla s'est rappelé avoir reçu l'ordre de supprimer la publication, le Premier ministre s'apprêtant à signer des régulations en faveur de Shaul Elovitch

L'ancien directeur-général du site Walla, Ilan Yeshua, arrive pour témoigner lors du procès pour corruption contre le Premier ministre Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
L'ancien directeur-général du site Walla, Ilan Yeshua, arrive pour témoigner lors du procès pour corruption contre le Premier ministre Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les proches du Premier ministre Benjamin Netanyahu avaient ordonné au directeur-général d’un grand site d’information de supprimer un article sur la petite amie non-juive du fils du Premier ministre, s’est rappelé lundi l’ancien dirigeant de Walla qui témoigne actuellement dans le procès de Netanyahu, accusé de corruption dans plusieurs affaires.

Le directeur-général de Walla, Ilan Yeshua, a expliqué que le propriétaire du site, Shaul Elovitch, lui avait demandé de faire disparaître « coûte que coûte » cet article qui était consacré à la vie personnelle de Yaïr Netanyahu. Selon l’acte de mise en examen du Premier ministre, Netanyahu aurait été impliqué dans la transmission de ce message particulier.

Netanyahu aurait abusé de son autorité lorsqu’il était à la fois Premier ministre et ministre des Communications, entre 2014 et 2017, en avantageant de manière illicite – et de façon très lucrative – les intérêts commerciaux de celui qui était alors l’actionnaire majoritaire de Bezeq, Shaul Elovitch. Ce dernier, en échange, aurait offert sur Walla une couverture positive des actions du chef du gouvernement et de sa famille.

Elovitch et son épouse Iris doivent, eux aussi, répondre de corruption. D’autres responsables de Bezeq ont été inculpés, l’année dernière, dans des dossiers liés à cette affaire, quoique distincts.

L’homme d’affaires israélien Shaul Elovitch arrive à la cour de district de Jérusalem, le 19 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Lors de son sixième jour de témoignage devant la Cour de district de Jérusalem, Yeshua a décrit comment, le 26 janvier 2014, un article avait été publié sur Walla dont le titre était : « Appel à Netanyahu : Mettez un terme à la relation amoureuse entretenue par votre fils avec une Norvégienne ».

Suite à la publication, un proche du Premier ministre, Zeev Rubinstein, avait contacté à la fois le directeur-général et le propriétaire de Walla en demandant que l’article soit supprimé, a raconté Yeshua, qui a ajouté qu’Elovitch l’avait ensuite directement sollicité, réclamant que la publication soit placée à un endroit plus discret sur le site.

Yeshua a décrit – une description qui a été soutenue par des messages qui ont été présentés par le parquet au tribunal – la manière dont Elovitch avait ultérieurement écrit dans un groupe WhatsApp regroupant d’autres responsables de Bezeq que : « Nous sommes stupides. Nous avons besoin de lui, pour qu’il signe demain ». Selon Yeshua, le propriétaire de Walla faisait là référence à Netanyahu et à un accord de régulation en suspens qui était favorable à sa firme de télécommunications.

Yair Netanyahu, le fils du Premier ministre Benjamin Netanyahu, arrive pour une audience à la cour des magistrats de Tel Aviv à Tel Aviv, le 10 mars 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Yeshua a également évoqué des événements qui, en 2013, avaient entouré la vente potentielle de Walla. Le magnat des casinos Sheldon Adelson, l’homme d’affaires américain Larry Allison et le magnat australien des casinos James Packer figuraient alors sur la liste des potentiels acquéreurs.

Yeshua a affirmé qu’Elovitch lui avait dit que Packer avait demandé des renseignements sur l’achat de Walla à la demande de Netanyahu.

Des échanges par message texto entre Elovitch et Yeshua ont ensuite été présentés à la cour. Les deux hommes discutent, dans ces messages, d’une visite de Packer dans le pays et Elovitch note que le ressortissant australien se fera « probablement masser » pendant son séjour.

Yeshua a déclaré aux juges que pour lui, ce « massage » signifiait que Netanyahu allait exercer des pressions sur Packer en faveur de l’acquisition du site d’information.

« J’ai l’impression d’être dans un film », écrit Yeshua en réponse à Elovitch, qui dit alors que « malheureusement, c’est la réalité ».

Autre exemple des interventions présumées qui ont pu avoir lieu de la part de Netanyahu concernant sa couverture médiatique, Yeshua a fait savoir qu’avant le scrutin de 2013, il avait été contacté par Rubinstein qui lui avait demandé de publier des articles prenant pour cible Naftali Bennett, qui était alors à la tête de HaBayit HaYehudi.

Yeshua a déclaré que Netanyahu et son épouse avaient été « hystériques » à l’idée de la publication d’articles négatifs au sujet de Gilat, l’épouse de Bennett, sur Walla.

Naftali Bennett, chef du parti Yamina, et son épouse Gilat Bennett jettent un bulletin dans l’urne au cours des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote de Raanana, le 23 mars 2021. (Crédit : Gili Yaari / Flash90)

Elovitch, a dit Yeshua, lui avait vivement recommandé d’écrire des articles sur Gilat qui travaillait, à ce moment-là, comme cheffe dans un restaurant non-casher – une information qui aurait pu potentiellement avoir un impact négatif sur son mari dont la formation vise à représenter le camp national-religieux en Israël.

Yeshua avait transféré un courriel de Shaul Elovitch contenant des informations encore inédites au sujet de Bennett aux rédacteurs du site d’information Walla, disant que « ce sont des informations qui m’ont été anonymement envoyées sur Bennett… S’il y a quelque chose à exploiter du point de vue journalistique, alors profitez-en ».

Dans son témoignage de lundi, Yeshua a aussi parlé des interventions faites par Yair et Sara Netanyahu dans le site.

« Iris et Shaul [Elovitch] ne cessaient de me dire, dans des messages, que Yair, le fils, dès son réveil, contrôlait tout ce qui avait été publié sur le site et qu’ensuite, il rapportait ce qu’il avait vu à Sara, ce qui pouvait la mettre en colère », a déclaré Yeshua. « Pour définir la relation que nous entretenions avec le couple Netanyahu, on peut dire que nous lui appartenions et que nous devions obéir pleinement aux ordres donnés ».

Ces échanges présumés sont au cœur de l’Affaire 4000, qui est la plus grave des droits dossiers impliquant Netanyahu. Il y est accusé de pots-de-vin, de fraude et d’abus de confiance. Pour sa part, Netanyahu a plaidé non-coupable face à toutes ces accusations.

En plus de ses mises en examen dans l’Affaire 4000, Netanyahu est inculpé pour fraude et pour abus de confiance dans deux autres affaires, dont l’une porte aussi sur des tentatives présumées d’obtenir une couverture médiatique favorable de ses actions en échange d’une régulation avantageuse pour le propriétaire du journal mis en cause.

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