Inculpation revue à la baisse pour le policier qui avait tué Solomon Tekah
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Inculpation revue à la baisse pour le policier qui avait tué Solomon Tekah

Selon l'enquête de la police, la vie du suspect, comme il l'avait clamé, était réellement en péril ; cette révision des charges pourrait entraîner d'importantes protestations

Une Israélienne tient une affiche à l'effigie de Solomon Tekah, un Israélien d'origine éthiopienne tué par un policier, pendant des manifestations dénonçant le racisme dont cette minorité fait l'objet, le 2 juillet 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Une Israélienne tient une affiche à l'effigie de Solomon Tekah, un Israélien d'origine éthiopienne tué par un policier, pendant des manifestations dénonçant le racisme dont cette minorité fait l'objet, le 2 juillet 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Un officier de police devra répondre d’une accusation revue à la baisse d’homicide par négligence dans l’affaire de la mort d’un jeune Israélien d’origine éthiopienne, tué par balles au mois de juin, ont fait savoir les procureurs à la famille de la victime dans la journée de mardi.

La mort de Solomon Tekah, 19 ans, survenue dans le quartier de Kiryat Haim à Haïfa, en date du 30 juin, avait donné lieu à un mouvement de protestation national qui était parfois devenu violent.

L’incident avait immédiatement suscité des accusations de violences policières et de racisme à l’encontre des Israéliens d’origine éthiopienne.

Quelques jours après la fusillade, des manifestants, dans tout l’Etat juif, avaient bloqué des routes, brûlé des pneus et dénoncé ce qui s’apparentait selon eux à une discrimination systémique à l’encontre de la communauté.

Le département des enquêtes internes de la police, au sein du ministère de la Justice, a déclaré mardi que le policier – qui était hors-service au moment de la fusillade et qui n’a pas été publiquement identifié – sera bien inculpé.

Les procureurs l’inculperont pour répondre du crime relativement clément d’homicide par négligence, qui est sanctionné par une peine maximale de trois ans d’emprisonnement.

Des Éthiopiens et leurs partisans manifestent contre la violence et la discrimination policières après la mort de l’Éthiopien Solomon Tekah, 19 ans, abattu il y a quelques jours à Kiryat Haim par un policier qui n’était pas en service, le 15 juillet 2019, à Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le policier est soupçonné d’avoir dirigé directement son arme entre les pieds de Tekah. La balle aurait alors ricoché, tuant l’adolescent.

L’enquête de la police aurait largement confirmé le récit livré par le suspect et tout particulièrement le fait qu’alors qu’il faisait une sortie en compagnie de sa famille, il avait tenté de stopper une bagarre de rue et qu’il avait ouvert le feu, craignant pour sa vie.

Selon l’enquête, l’agent hors-service serait intervenu après que son épouse a remarqué que certains adolescents avaient volé de l’argent à un autre garçon. Il aurait alors averti la police du vol présumé mais la voiture des forces de l’ordre, envoyée sur les lieux, avait eu du retard.

Entre-temps, le policier et les membres de sa famille auraient essuyé des jets de pierres et l’agent aurait alors sorti son arme. Les conclusions de l’enquête clament que sa vie avait été réellement en danger – ce que le suspect n’avait cessé d’affirmer – et qu’il avait ouvert le feu en direction des adolescents pour les effrayer plutôt que pour les blesser.

Des proches de Solomon Tekah, 19 ans, tué par un policier à Haïfa, assistent à une cérémonie d’hommage, le 10 juillet 2019. (Crédit : Flash90)

La police souligne néanmoins que l’agent a eu tort de viser l’asphalte, à côté du groupe, en raison de la probabilité de ce que la balle ou ses fragments ne blessent les jeunes.

La famille de Tekah devrait faire appel de cette décision auprès de la Haute Cour, selon la Treizième chaîne, et demander que l’homme soit inculpé pour homicide involontaire – un crime puni d’une peine maximum de 30 ans derrière les barreaux.

Un article paru dans les médias en hébreu, lundi, a cité des sources policières qui ont estimé que des mouvements de protestation pouvaient reprendre suite à la révision à la baisse de la gravité du crime commis par le policier.

« Nous avons des renseignements qui nous indiquent que si la famille Tekah devait ne pas être satisfaite de la décision prise par le département des enquêtes internes de la police, demain, des blocages de routes et des manifestations pourraient être à nouveau organisés », ont indiqué des sources policières haut-placées du district du nord.

Une voiture en feu pendant une manifestation après la mort de Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier, à Tel Aviv, le 2 juillet 2019. (Crédit : Flash90)

Avi Yalou, l’un des leaders des manifestations qui avaient eu lieu après la mort de Tekah, a fustigé la décision attendue, ajoutant que sa communauté « continuera la lutte jusqu’à ce que justice soit faite ».

« Nous constatons, une fois encore, que le système judiciaire ne rend pas véritablement la justice », a-t-il ajouté. « Cette minimisation inconsidérée de l’accusation, requalifiée en homicide par négligence, est une tentative de couvrir le policier. »

« Cela fait des mois que la communauté proteste contre les injustices de la police israélienne. Aujourd’hui, les procureurs et le procureur de l’Etat Shai Nitzan ont également décidé de resserrer les rangs et de ne pas rendre justice », a-t-il ajouté.

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