Israël et les Etats-Unis silencieux suite aux curieux propos de Kerry
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Israël et les Etats-Unis silencieux suite aux curieux propos de Kerry

Que voulait dire le secrétaire d’Etat américain lorsqu’il a demandé à Netanyahu de « renoncer » à une loi américaine ?

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

John Kerry interviewé par la Dixième chaîne, le 3 mai 2015. (Crédit : Capture d'écran Dixième chaîne)
John Kerry interviewé par la Dixième chaîne, le 3 mai 2015. (Crédit : Capture d'écran Dixième chaîne)

Une semaine après que le secrétaire d’Etat américain John Kerry a bizarrement demandé à Israël d’intervenir pour permettre aux Etats-Unis de retrouver son droit de vote à l’UNESCO, les responsables israéliens et américains refusent toujours de préciser ce que le secrétaire voulait dire avec cette demande ou ce qu’ils vont faire à ce sujet.

Kerry a fait cette curieuse demande lors d’une interview (diffusée le 3 mai) accordée à la Dixième chaîne de la télévision israélienne .

L’essentiel de l’entretien a été consacré à l’accord émergent sur le programme nucléaire de l’Iran, auquel est farouchement opposé le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mais le secrétaire d’Etat a promis que l’Iran n’obtiendrait pas les armes nucléaires. Kerry a également profité de cet entretien pour mettre en évidence que ce qu’il a dit, reflétait les efforts inlassables de l’administration Obama pour défendre Israël à l’Organisation des Nations unies et au sein d’autres forums internationaux.

« En fait, nous nous faisons même expulsés des entités de l’ONU parce que nous défendons [Israël] », a expliqué Kerry, se référant à une loi vieille de plusieurs décennies qui stipule que Washington doit cesser de financer les organismes des Nations unies qui acceptent les Palestiniens comme membres à part entière.

En conséquence de cette loi, les États-Unis ont cessé de verser ses cotisations à l’UNESCO après que l’organisation a admis la Palestine comme un Etat membre en 2011. Les États-Unis ont par la suite perdu leur droit de vote à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

« D’ailleurs, nous ne serons plus en mesure de défendre Israël à la suite de la perte de ce vote », a déclaré Kerry lors de l’interview télévisée.

« Nous avons demandé au Premier ministre et au gouvernement d’Israël : ‘donnez-nous une dérogation afin que nous puissions au moins continuer à être en mesure de défendre Israël [à l’UNESCO] parce qu’en fait, il s’avère que cela est autodestructeur’. »

L’ambassade américaine à Tel-Aviv a refusé d’expliquer ce que Kerry voulait dire en demandant au gouvernement israélien de renoncer.

Le bureau du Premier ministre a refusé de commenter la question. Et un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a uniquement accepté de dire qu’Israël et les Etats-Unis « mènent un vaste dialogue sur les questions diplomatiques relatives aux organisations internationales ». Il a remercié les États-Unis pour le « soutien solide » qu’ils fournissent à Israël dans les forums internationaux, dont l’UNESCO.

Il est possible que Kerry se soit mal exprimé et avait l’intention de dire que le Département d’Etat souhaiterait que le Congrès annule la Public Law 101-246 de 1990, qui interdit à Washington de financer l’ONU « ou toute institution spécialisée qui accorde à l’Organisation de la libération de la Palestine le même standing que les Etats membres ».

Ou peut-être suggérait-il que le gouvernement israélien devrait exhorter ses amis puissants au Congrès d’abroger la loi ou de prendre d’autres mesures pour permettre au Département d’État de reprendre le financement et d’influencer ainsi l’UNESCO.

« Evidemment, Kerry voulait dire que les Israéliens devraient demander à l’AIPAC de dire au Congrès de leur donner une renonciation », a déclaré un insider israélien, qui a accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat. « Cela n’est pas la première fois que nous entendons ce genre de chose. C’est juste la première fois qu’un haut responsable américain le dit publiquement. »

Si cela est le cas, a ajouté une autre source, une telle demande indiquerait que certains fonctionnaires de l’administration américaine exagèrent l’influence qu’ont les groupes de lobbying pro-israéliens à Washington, a ajouté la source. « Ils oublient que les membres du Congrès ne prennent pas les ordres du gouvernement israélien. »

Il y a en réalité deux lois qui exigent de Washington d’arrêter ses contributions à des organismes des Nations unies qui accordent l’adhésion des Palestiniens en tant qu’Etat, celle de 1990 et celle de 1994. L’ambassade américaine à Tel-Aviv a confirmé que l’administration étatit mécontente de la situation juridique actuelle.

Logo de l'UNESCO
le logo de l’UNESCO

« Ces lois visaient à dissuader les Palestiniens de demander l’adhésion en tant qu’Etat dans les agences spécialisées des Nations unies, mais comme nous l’avons vu à l’UNESCO, ils n’ont pas cet effet dissuasif », a indiqué un porte-parole de l’ambassade américaine au Times of Israel.

« Au contraire, ils permettent aux autres de déterminer où ils peuvent réduire l’influence des États-Unis dans le système des Nations unies, et ce faisant, rendre beaucoup plus difficile pour les Etats-Unis la poursuite de nos intérêts nationaux. »

Dans tous les cas, Israël n’est pas proche de contacter ses amis au Congrès pour les inciter à renoncer à la loi controversée, ont affirmé plusieurs sources familières avec la question.

Une fois que le gouvernement d’Israël sera en place et que les discussions israélo-américaines reprendront sur le programme nucléaire iranien et sur les manœuvres palestiniennes au Conseil de sécurité des Nations unies, la question reviendra peut-être à la surface, a déclaré une source.

« Ce sera l’une des cartes dans le jeu global du donner-pour-reprendre qui sera présentée quand il s’agira de l’Iran et du Conseil de sécurité. »

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