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Israël finalise un accord difficile avec l’UE pour rejoindre Horizon Europe

Le programme allouera un total de plus de 95 milliards d'euros à la recherche pour la période 2021-2027, mais pas aux implantations

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre des Affaires Etrangères Yair Lapid, à gauche, et le ministre des Finances Avigdor Lieberman, à droite, assistent à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 1er août 2021. (Crédit : Abir Sultan/Pool Photo via AP)
Le ministre des Affaires Etrangères Yair Lapid, à gauche, et le ministre des Finances Avigdor Lieberman, à droite, assistent à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 1er août 2021. (Crédit : Abir Sultan/Pool Photo via AP)

Israël et l’Union européenne (UE) ont finalisé un accord pour que Jérusalem rejoigne le plus grand programme de recherche et d’innovation de l’UE, a annoncé mardi le ministère des Affaires Etrangères.

Les pourparlers officiels sur le programme Horizon Europe, qui allouera 95,5 milliards d’euros de subventions de 2021 à 2027, ont pris fin le 9 octobre. L’accord devrait être signé en décembre, une fois que les deux parties auront achevé leur processus de ratification interne.

L’accord sur la participation d’Israël au précédent programme européen de partenariat de recherche avait été initialement bloqué par les directives de l’UE sur le financement de programmes et d’entreprises dans les implantations israéliennes de Cisjordanie. Les parties ont finalement convenu d’ajouter au pacte Horizon 2020 une clause stipulant qu’Israël n’accepte pas la définition que donne l’UE du territoire situé au-delà des lignes de 1967.

L’actuel accord Horizon Europe suivra la même formule, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères au Times of Israel.

Toutefois, les discussions, qui devaient être conclues il y a plusieurs mois, ont été retardées par un certain nombre d’autres questions.

Le fait que trois des pays qui ont reçu le plus de fonds pour la recherche dans le cadre d’Horizon 2020 – Israël, le Royaume-Uni et la Suisse – ne font pas partie de l’UE a entraîné des modifications des accords financiers avec les États non membres associés à l’UE, comme Israël.

La Suisse ne participe pas du tout à Horizon Europe, et les négociateurs de l’UE ont adopté une ligne plus dure avec le Royaume-Uni après le Brexit, ce qui signifie qu’Israël devrait accepter un accord similaire, moins favorable. L’une des conditions est qu’une fois qu’un pays associé reçoit 8 % de fonds de plus que ce qu’il a contribué, il devra commencer à contribuer à nouveau au programme le montant de tout financement supplémentaire accordé à ses chercheurs.

Israël devrait verser au moins 2,5 milliards d’euros dans le programme, selon Maya Sion-Tzidkiyahu, directrice du programme sur les relations entre Israël et l’Europe au centre de réflexion sur la politique étrangère Mitvim. Dans le cadre d’Horizon 2020, Israël a reçu 360 millions d’euros de plus que sa contribution, a-t-elle déclaré, et devrait se trouver dans une situation similaire au cours des six prochaines années, en supposant que ses chercheurs continuent de réussir à obtenir des subventions de recherche.

De gauche à droite : L’ambassadeur de l’UE en Israël Emanuele Giaufret, Nili Shalev, directrice générale de l’ISERD et Aharon Aharon, PDG de l’Autorité israélienne de l’innovation, lors de la cérémonie de remise des prix Horizon 2020 à Jaffa, le 4 juin 2019 (Crédit : Yossi Zamir ; GPO).

Cependant, a souligné Sion-Tzidkiyahu, l’équilibre direct entre l’investissement d’Israël et le retour monétaire ne rend pas compte de l’importance stratégique du programme pour Israël : « La valeur ajoutée de l’adhésion au programme est cruciale pour l’économie d’Israël, et dans le cas de l’informatique quantique, nous pouvons également parler de sécurité nationale. Le retour monétaire est un bonus, pas l’objectif. »

L’autre complication des pourparlers porte sur l’accès à l’informatique quantique et aux projets spatiaux. L’objectif d’ « autonomie stratégique » de l’UE a rendu ses membres réticents à coopérer avec des États non membres – dont Israël – dans des domaines de recherche sensibles.

Après d’intenses négociations, l’UE a autorisé Israël à participer à la recherche sur l’informatique quantique, moyennant certaines réserves concernant notamment la propriété intellectuelle, mais l’accord sur l’espace n’a toujours pas été mis au point.

De nouveaux appels d’offres pour la recherche spatiale seront lancés en 2023, et Israël devrait être autorisé à soumissionner d’ici là.

Bien que les négociations aient traîné en longueur, les chercheurs israéliens ont été autorisés à répondre aux appels d’offres de recherche lancés cette année.

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a déclaré que l’adhésion au programme Horizon « fait d’Israël un acteur central du plus grand et du plus important programme de R&D au monde. »

Il a ajouté que l’accord s’inscrit dans le cadre de « la politique des connexions, en se rapprochant non seulement de l’UE, mais aussi des pays européens, et en connectant le secteur scientifique et technologique en Israël avec ses homologues sur le continent. »

L’UE a déclaré dans un communiqué : « En contrepartie de l’accès d’Israël à un vaste réseau international de recherche, l’Espace européen de la recherche a bénéficié des hauts niveaux d’excellence d’Israël ainsi que de sa remarquable capacité d’innovation. » L’UE a noté que les projets conjoints avec Israël ont conduit à des percées dans les domaines du changement climatique, de la santé publique et de la sécurité des transports.

« L’adhésion d’Israël à ce programme souligne l’importance qu’il accorde à l’investissement dans la R&D et au soutien à celle-ci, qui sont la clé de la croissance économique future », a déclaré le ministre des Finances Avigdor Liberman.

Le professeur Nadav Katz au Centre des sciences de l’information quantique de l’Université hébraïque. (Crédit : Yitz Woolf/Université hébraïque)

Yael Ravia-Zadok, chef de la division de la diplomatie économique du ministère des Affaires Etrangères, a déclaré que cet accord était « une preuve de confiance européenne dans le caractère crucial de la science, de la technologie et de l’innovation israéliennes. »

Un sondage Mitvim réalisé cette année a révélé que 47 % des Israéliens s’opposent à la participation aux programmes de l’UE qui excluent les implantations – comme Horizon Europe – tandis que 35 % seulement y sont favorables.

Les discussions entre Israël et l’UE, qui ont duré un an, ont été menées par le ministère des Affaires étrangères, ainsi que par la direction de la R&D Israël-Europe de l’Autorité israélienne de l’innovation, le ministère des Finances, le ministère de la Justice, le ministère des Sciences et de la Technologie et le Conseil de l’Enseignement Supérieur.

Israël est un partenaire des programmes-cadres de recherche et d’innovation de l’UE depuis 1996, date à laquelle il a rejoint le quatrième programme de recherche de l’UE, et a été le premier pays non européen à y adhérer.

Au total, 1,098 milliard d’euros ont été alloués aux projets et aux entreprises israéliennes dans le cadre d’Horizon 2020.

Le programme a permis aux entreprises, aux chercheurs et aux innovateurs israéliens d’accéder à des partenaires européens, de s’intégrer à une vaste infrastructure de recherche européenne et de participer à des projets phares, notamment dans les domaines des technologies quantiques, du graphène et de la recherche sur le cerveau.

Shoshanna Solomon a contribué à cet article.

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