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Israël-Hamas : Polémique sur le traitement du conflit par l’Agence France-Presse

Il est reproché à l'agence française, notamment par Marine Le Pen, de ne pas qualifier le Hamas de terroriste, et d'avoir mis 3 jours avant d'évoquer les vidéos des attaques

Le siège de l'Agence France-Presse, place de la Bourse, à Paris, en 2021. (Crédit : Claude Truong-Ngoc/L'Applipédia/CC BY-SA 3.0)
Le siège de l'Agence France-Presse, place de la Bourse, à Paris, en 2021. (Crédit : Claude Truong-Ngoc/L'Applipédia/CC BY-SA 3.0)

Le 23 octobre, une projection a été organisée par l’armée israélienne à Tel Aviv afin de montrer à 200 correspondants de la presse étrangère les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël. Les images et les vidéos diffusées ont été filmées par les terroristes pendant leurs crimes sur les populations civiles. Dans la foulée, la plupart des médias ont rapporté ce qu’ils avaient vu lors de l’évènement. L’Agence France-Presse, dont les services sont utilisés par de nombreux médias – dont le Times of Israël – et qui publie des centaines de dépêches et de reportages chaque jour, n’a elle pas jugé opportun d’y consacrer un article, bien que l’un de ses journalistes ait assisté à l’évènement.

Selon Le Figaro, qui s’appuie sur plusieurs sources internes à l’agence, ce choix de ne pas y consacrer une dépêche a été source de polémiques en son sein.

L’évènement aura néanmoins été rapporté par l’AFP trois jours plus tard, au sein d’un article consacré au « samedi noir d’Israël », récapitulatif macabre et descriptif des attaques du 7 octobre, notamment repris, édité, publié et diffusé par le Times of Israël. « Les images les plus choquantes sont celles que les autorités israéliennes ont expliqué avoir récupérées dans les caméras utilisées par les hommes du Hamas pour filmer leurs actes : plus de 40 minutes de vidéos ont été montées bout à bout, sans commentaires ni fond sonore, avec seulement parfois la mention des lieux concernés, avant d’être montrées aux médias internationaux », écrit l’auteur de la dépêche.

Face à la polémique au sein de l’agence, la direction a finalement publié un communiqué le vendredi 27 octobre afin de justifier ses choix éditoriaux. Le texte explique ainsi : « Cette projection n’a pas fait l’objet d’une dépêche brève le jour même. La rédaction a estimé que les éléments présentés n’apportaient pas d’informations nouvelles sur le fond par rapport aux reportages et témoignages déjà produits par ses reporters texte, photo et vidéo sur le terrain depuis deux semaines. »

Dans son article, le Figaro explique aussi avoir eu accès à une note de service de la direction, intitulée : « Consignes éditoriales sur la couverture de la guerre entre Israël et le Hamas. » Il est ainsi indiqué que le Hamas peut être désigné comme un « mouvement islamiste palestinien », mais que ses membres ne peuvent pas être décrits comme des « islamistes ». Les journalistes ont ainsi pour ordre d’employer le terme « combattants du Hamas ».

Comme à la BBC, critiquée au Royaume-Uni pour les mêmes raisons, il est aussi interdit d’employer le terme « terroriste ». Le groupe terroriste de l’État islamique n’est pas non plus défini comme étant terroriste par l’AFP.

Le « mot [terroriste] a perdu son sens », a déclaré Phil Chetwynd, directeur de l’information de l’AFP pour tenter de justifier de son choix. « Tous les gouvernements autoritaires du monde utilisent le mot pour parler de leurs opposants, par exemple. Nous privilégions les faits dont nous pouvons témoigner nous-mêmes. La description détaillée des attaques atroces en Israël est claire pour le lecteur », ajoute-t-il.

« Conformément à sa mission de rapporter les faits sans porter de jugement, l’AFP ne qualifie pas des mouvements, groupes ou individus de terroristes sans attribuer directement l’utilisation de ce mot ou sans utiliser des guillemets », a renchéri Eric Wishart, rédacteur en chef chargé des principes éthiques et rédactionnels de l’agence, dans une « note aux clients » publiée samedi.

« Cette règle s’applique à toutes les couvertures journalistiques de l’Agence concernant les violences à motivation politique qui visent des civils. Les consignes rédactionnelles relatives à la couverture de la guerre entre Israël et le Hamas suivent cette politique rédactionnelle en vigueur depuis longtemps », est-il précisé.

« Même si le débat sur l’utilisation du mot terroriste a ressurgi avec l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre, cette règle rédactionnelle a déjà été au cœur de vives discussions lors de la couverture de nombreux événements meurtriers par le passé. Parmi ceux-ci les attentats de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), les attaques du 11 Septembre 2001 aux États-Unis, les meurtres d’Afro-Américains par un suprémaciste blanc en Caroline du Sud en 2015 ; les attentats de Paris en 2015 ; les attaques du dimanche de Pâques au Sri Lanka en 2019 ; et la fusillade dans les mosquées de Christchurch la même année. L’AFP ne décrit pas les auteurs de tels actes, passés ou présents, comme des ‘terroristes’. Cela inclut des groupes comme l’ETA, les Tigres de Libération de l’Eelam tamoul, les FARC, l’IRA, Al-Qaeda et les différents groupes qui ont mené des attaques en Europe au siècle dernier, dont les Brigades Rouges, la Bande à Baader et Action Directe. C’est une règle que nous avons fermement appliquée, même quand nos propres collègues ont été brutalement tués dans de telles circonstances. L’AFP a rapporté dans le détail ce qui était arrivé à ces journalistes, mais ces meurtres n’ont pas changé sa politique sur l’utilisation du mot terroriste. »

« Conformément à ces consignes éditoriales, l’AFP écrit qu’un groupe est qualifié de terroriste par un gouvernement ou une institution. C’est le cas pour le Hamas, qualifié de ‘terroriste’ notamment par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni et Israël. C’est un fait que nous mentionnons dans notre production. De la même manière, nous citons des personnalités publiques et d’autres personnes lorsqu’elles utilisent le mot ‘terroriste’ pour décrire le Hamas ou d’autres organisations. Nous utilisons également le mot terrorisme pour parler de poursuites judiciaires engagées pour ce motif », est-il expliqué.

Dans un communiqué, la BBC avait elle aussi indiqué que la chaine, « tout comme d’autres médias britanniques et internationaux [dont l’AFP], utilise le mot ‘terroriste’, mais l’attribue ». « Nous sommes clairs avec le public que le Hamas est une organisation terroriste interdite par le gouvernement du Royaume-Uni et d’autres pays », avait-elle ajouté. Un porte-parole du groupe public avait fait valoir qu’il s’agit « d’une approche qui a été utilisée depuis des décennies, qui est en ligne avec celle d’autres diffuseurs », à l’instar de l’AFP. Comme au sein de l’agence française, les directives éditoriales de la BBC stipulent notamment que « le mot ‘terroriste’ lui-même peut être une barrière plutôt qu’une aide à la compréhension ».

En France, l’AFP a été critiquée ces derniers jours pour ces raisons par différents responsables politiques, dont Marine Le Pen. « Dans les trois semaines que nous venons de vivre, il y a eu un effet révélateur des complaisances et même parfois des compromissions avec l’islamisme d’une partie du monde politique, journalistique, associatif, culturel », a estimé la cheffe des députés RN dans « Dimanche en politique » sur France 3. « Par exemple l’AFP, la grande agence de presse, financée avec des fonds publics, se refuse à indiquer que le Hamas est un groupement terroriste », a-t-elle ajouté. Ne pas employer ce mot, « c’est déjà une forme de complaisance à l’égard d’un groupe armé terroriste », a lancé la députée, après avoir rappelé les massacres commis le 7 octobre par le Hamas sur le sol israélien. Outre l’AFP, Mme Le Pen a également pointé la supposée « complaisance » à l’égard du Hamas « d’un certain nombre d’associatifs », de « sportifs » et de la France insoumise. Les cadres de LFI ont en effet été vivement critiqués pour leur réticence à employer le mot « terrorisme » pour désigner l’attaque du 7 octobre, préférant parler de « crimes de guerre ».

Le sénateur Les Républicains Stéphane Le Rudulier, la députée Renaissance Anne-Laurence Petel, le député Rassemblement national Julien Odoul ou encore le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus ont eux aussi critiqué l’AFP, à l’instar de Marine Le Pen.

Le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon s’est lui dit samedi « en accord avec la rigueur sémantique de l’AFP » sur le réseau social X, où il réagissait aux mises en cause de l’agence. « Le mot terrorisme est une diversion pour échapper à la justice internationale et justifier le droit au massacre », a-t-il estimé.

Si l’AFP et la BBC sont vilipendées pour ne pas utiliser le qualificatif « terroriste » au sujet du Hamas, une position dénoncée par les mouvements pro-Israël, ils sont aussi ciblés par des pro-Palestiniens. À Londres, la façade du siège de la BBC a récemment été recouverte de peinture rouge, une action revendiquée par le groupe Palestine Action qui accuse le groupe audiovisuel public d’avoir du « sang sur les mains » en raison de sa couverture de la guerre. Et à Jérusalem, « les Palestiniens accusent le bureau de l’agence française de prendre fait et cause pour Israël », rapporte Le Point.

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