Israël rappelle son chargé d’affaires en Pologne, dénonce une loi « antisémite »
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Israël rappelle son chargé d’affaires en Pologne, dénonce une loi « antisémite »

"La Pologne est devenue ce soir un pays antidémocratique et antilibéral qui ne respecte pas la plus grande tragédie de l'histoire humaine", a déploré Yair Lapid

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) s'exprime lors d'une cérémonie à Rabat, le 11 août 2021. Le président polonais Andrej Duda (à droite) arrive pour un sommet de l'OTAN à Bruxelles le 14 juin 2021. (Shlomi Amsalem/GPO ; Kenzo Tribouillard/Pool via AP)
Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) s'exprime lors d'une cérémonie à Rabat, le 11 août 2021. Le président polonais Andrej Duda (à droite) arrive pour un sommet de l'OTAN à Bruxelles le 14 juin 2021. (Shlomi Amsalem/GPO ; Kenzo Tribouillard/Pool via AP)

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid a annoncé samedi avoir rappelé le chargé d’affaires de l’ambassade d’Israël à Varsovie, dénonçant comme « antisémite » une nouvelle loi limitant les possibilités de demandes de restitution de biens confisqués après la Seconde Guerre mondiale en Pologne.

« La Pologne a approuvé aujourd’hui, et ce n’est pas la première fois, une loi immorale et antisémite », a affirmé M. Lapid dans un communiqué.

« Ce soir, j’ai demandé au chargé d’affaires de notre ambassade à Varsovie de revenir immédiatement en Israël pour des consultations, pour une période indéterminée », a-t-il ajouté. « Le nouvel ambassadeur d’Israël en Pologne, qui devait partir pour Varsovie, restera en Israël pour le moment. »

La nouvelle législation, approuvée samedi par le président polonais Andrzej Duda, impose un délai de prescription de 30 ans pour réclamer des biens spoliés, généralement confisqués par le régime communiste après la guerre. Or, la plupart d’entre eux concernent la communauté juive polonaise ou ses descendants.

« Il s’agit d’une mesure grave à laquelle Israël ne peut pas rester indifférent », a réagi le Premier ministre israélien Naftali Bennett, qualifiant la loi de « honteuse », preuve d’un « mépris scandaleux de la mémoire de la Shoah ».

Le Premier ministre Naftali Bennett lors d’une réunion du gouvernement à Jérusalem, le 25 juillet 2021. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

M. Lapid a également fait savoir que son ministère conseillait à l’ambassadeur de Pologne en Israël, actuellement en vacances, « de rester en vacances dans son pays ».

« Il devrait user du temps qu’il a pour expliquer aux Polonais la signification de la Shoah pour les Israéliens », a dit le ministre, précisant qu’Israël était en discussion avec les Etats-Unis, également opposés à la loi polonaise, sur la marche à suivre.

« La Pologne est devenue ce soir un pays antidémocratique et antilibéral qui ne respecte pas la plus grande tragédie de l’histoire humaine », a déploré M. Lapid.

Six millions de Polonais, dont une moitié de juifs, ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale en Pologne.

Le président polonais, Andrzej Duda, a déclaré à l’agence de presse polonaise PAP espérer que cette loi mettrait fin à « une ère de chaos juridique » et à « la mafia des privatisations »

Selon le gouvernement polonais, cette nouvelle législation permettra de rétablir la sécurité juridique sur le marché de l’immobilier et d’empêcher des demandes frauduleuses.

Après l’approbation mercredi de cette loi par le Parlement polonais, Lapid et le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken avaient demandé à M. Duda de ne pas la signer – ultime étape pour que cette loi soit appliquée.

M. Lapid avait affirmé que cette loi « entachait la mémoire de l’Holocauste et les droits de ses victimes ». Et d’ajouter: « Je vais continuer à m’opposer à toute tentative de réécrire l’histoire. (…) La Pologne sait ce qu’il convient de faire, c’est annuler cette loi ».

M. Blinken avait déclaré être « profondément inquiet » et avait exhorté la Pologne à approuver une loi générale concernant les réclamations relatives aux biens confisqués – ce que d’autres pays d’Europe centrale et orientale ont fait.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki visite le Musée de la famille Ulma qui documente le sort de la famille polonaise Ulma, tuée en mars 1944 par les nazis allemands pour avoir sauvé des Juifs pendant l’Holocauste, dans le village de Markowa, au sud-est de la Pologne, le 2 janvier 2018 (AFP/Janek Skarzynski).

La Pologne « ne paiera pas pour les crimes de l’Allemagne », avait réagi le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki.

Après la guerre, les autorités communistes avaient nationalisé un grand nombre de biens restés vides parce que leurs propriétaires avaient été tués ou avaient fui.

A la chute du rideau de fer en 1989, la Pologne n’avait pas organisé la restitution des biens spoliés comme l’avaient fait la plupart des autres pays du bloc communiste, laissant les individus tenter leur chance devant les tribunaux.

« La Pologne n’est pas, bien entendu, responsable pour ce qu’a fait l’Allemagne nazie pendant l’Holocauste. Cependant, la Pologne continue de bénéficier de biens qu’elle a acquis à tort », a déclaré l’Organisation mondiale pour la restitution des biens juifs (WJRO), dans un communiqué.

« La restitution des biens, c’est bien plus qu’une question d’argent, pour beaucoup de survivants de l’holocauste et de leurs familles, une maison est le dernier lien physique avec la vie qu’ils ont menée autrefois », a fait valoir l’Organisation.

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