Israël s’apprête à envoyer du matériel médical à Soueïda
Selon l'OSDH, les combats se poursuivent malgré le cessez-le-feu et bien que les Druzes aient repris le contrôle de la capitale provinciale après avoir chassé leurs rivaux armés

Le ministère de la Santé a annoncé samedi qu’Israël se préparait à envoyer du matériel médical et des médicaments à un hôpital de la ville de Soueïda, à majorité druze, dans le sud de la Syrie, après plusieurs jours de violences ayant fait environ 900 morts et endommagé gravement les installations médicales.
Cette annonce a été faite alors que les combats se poursuivaient dans toute la province, malgré les dernières tentatives du gouvernement syrien, dirigé par des islamistes, de rétablir l’ordre, à la suite d’un accord négocié par les États-Unis pour éviter une nouvelle intervention militaire israélienne.
Depuis dimanche dernier, la province de Soueïda est le théâtre de violences meurtrières qui ont fait plus de 900 morts, selon les informations disponibles, lors d’affrontements entre des combattants druzes et des clans bédouins sunnites, auxquels se sont joints par la suite les forces gouvernementales.
Samedi dans la journée, dans un quartier de la ville, des combattants tribaux, certains au visage masqué, tiraient avec des armes automatiques, selon des images de l’AFP.
L’un des combattants avait le front ceint d’un bandeau noir sur lequel était inscrite la profession de foi de l’islam. Un autre brandissait une paire de ciseaux utilisée pour taillader les moustaches des Druzes âgés, ce qui constitue une insulte suprême pour ce peuple de fiers guerriers.
Des informations provenant de Soueïda font état de femmes et d’enfants tués, ainsi que de maisons pillées par les forces du régime.
Des vidéos ont également montré des combattants druzes frappant des soldats des forces gouvernementales capturés, puis posant à côté de leurs corps.
Israël a lancé des dizaines de frappes aériennes contre des convois de combattants gouvernementaux et a bombardé le quartier général du ministère syrien de la Défense, situé dans le centre-ville de Damas. Selon l’État hébreu, cette opération visait à soutenir les Druzes, une communauté importante en Israël, considérée comme une minorité loyale et souvent engagée dans l’armée israélienne.
Dans le cadre de cette dernière manifestation de soutien aux Druzes de Syrie, le ministère de la Santé a déclaré, samedi soir, que les forces de sécurité israéliennes livreraient du matériel médical et des médicaments à un hôpital de Soueïda dès qu’elles auraient reçu l’autorisation de toutes les autorités compétentes.
« Nos liens fraternels avec la communauté druze sont bien connus, mais au-delà de cela, nous sommes engagés dans un ‘pacte de vie’. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés lorsque des membres de cette communauté, qu’ils se trouvent en Israël ou ailleurs, sont en danger », a déclaré le ministre de la Santé, Uriel Buso.
« Cette initiative reflète les valeurs qui guident le système de santé israélien et notre alliance de longue date avec la communauté druze », a déclaré Moshe Bar Siman Tov, directeur général du ministère de la Santé.
« Apporter une assistance médicale aux blessés est une obligation
morale. »
Samedi soir, les combattants druzes ont chassé leurs rivaux de la ville de Soueïda, théâtre de combats dans la journée, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu, a rapporté une ONG, faisant état de 940 morts en sept jours de violences intercommunautaires.
Des affrontements se poursuivaient toutefois dans le reste de la province éponyme entre les Druzes et des clans bédouins sunnites, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une organisation syrienne basée au Royaume-Uni.
Plus tôt dans la journée, un correspondant de l’AFP a vu des dizaines de maisons et de voitures brûler, ainsi que des hommes armés mettre le feu à des magasins après les avoir pillés.
Le ministère syrien de l’Intérieur a annoncé que les forces de sécurité intérieure commençaient à se déployer dans la province de Soueïda, et les correspondants de l’AFP ont pu observer des postes de contrôle tenus par ces forces pour empêcher d’autres personnes de rejoindre les combats.
Bassem Fakhr, le porte-parole du Mouvement des hommes de la dignité, l’une des deux principales factions druzes armées, a confirmé à l’AFP qu’il « n’y a[vait] plus de présence des Bédouins dans la ville ».
Vendredi soir, les États-Unis ont également annoncé un accord de cessez-le-feu entre la Syrie et Israël.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président par intérim syrien Ahmed al-Sharaa « ont accepté un cessez-le-feu », a annoncé l’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack, deux jours après des bombardements israéliens sur Damas.
« Nous appelons les Druzes, les Bédouins et les sunnites à déposer les armes, et, ensemble, avec les autres minorités, à construire une identité syrienne nouvelle et unie, dans la paix et la prospérité avec ses voisins », a écrit Barrack sur le réseau social X.
Également ambassadeur américain en Turquie, Barrack a déclaré que l’accord bénéficiait du soutien de la Turquie, un allié clé de Sharaa, ainsi que de la Jordanie voisine.
Dans un message publié sur X, Barrack a indiqué s’être mis d’accord avec les chefs des diplomaties jordanienne et syrienne « sur des mesures concrètes pour aider la Syrie à mettre en œuvre l’accord », à l’issue d’une réunion à Amman, samedi.
L’administration américaine, qui a noué des liens avec le président islamiste malgré ses liens passés avec Al-Qaïda, aux côtés de la Turquie et de l’Arabie saoudite, a critiqué les récentes frappes aériennes de son allié israélien contre la Syrie et cherche une issue pour le gouvernement Sharaa.
Sharaa a donné suite à l’annonce américaine par un discours télévisé dans lequel il a annoncé un cessez-le-feu immédiat à Soueïda et réitéré son engagement à protéger les minorités ethniques et religieuses de Syrie.
« L’État syrien s’engage à protéger toutes les minorités et communautés du pays… Nous condamnons tous les crimes commis » à Soueïda, a-t-il déclaré.
Le président a rendu hommage au « rôle important joué par les États-Unis, qui ont une nouvelle fois manifesté leur soutien à la Syrie dans ces circonstances difficiles et leur attachement à la stabilité du pays ».
L’Union européenne (UE) a salué le cessez-le-feu annoncé par Barrack, estimant que le moment était « maintenant au dialogue ».
Paris a appelé « l’ensemble des parties » à respecter « strictement » le cessez-le-feu annoncé par Damas et « à s’abstenir de toute action unilatérale ».
Cependant, Israël a exprimé un profond scepticisme quant à la nouvelle promesse de Sharaa de protéger les minorités, rappelant les violences meurtrières commises contre les Alaouites et les Druzes depuis le renversement du dictateur de longue date, Bashar el-Assad, en décembre.
Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a affirmé samedi qu’il était « très dangereux » d’appartenir à une minorité aujourd’hui en Syrie, après que le président intérimaire syrien a réaffirmé son engagement à protéger les minorités.
קבוצה של דרוזים-ישראלים חצתה את הגבול לסוריה בשעתיים האחרונות. בצה"ל אומרים כי ננקטות פעולות כדי להחזירם בבטחה | עדכונים שוטפים >>> https://t.co/Fms7jjNE2G@CBeyar pic.twitter.com/knju6j5ZWM
— כאן חדשות (@kann_news) July 18, 2025
« En résumé, dans la Syrie d’al-Shara, il est très dangereux d’appartenir à une minorité, qu’elle soit kurde, druze, alaouite ou chrétienne », a écrit Saar sur X.
« Cela a été prouvé à maintes reprises au cours des six derniers mois », a-t-il poursuivi, ajoutant que la communauté internationale avait « le devoir d’assurer la sécurité et les droits des minorités en Syrie, et de conditionner la réintégration de ce pays dans la communauté internationale à leur protection ».
Depuis le 13 juillet, les violences ont fait 940 morts dans la province, dont 588 Druzes (326 combattants et 262 civils), 312 membres des forces gouvernementales et 21 Bédouins sunnites, dont trois civils, qui auraient été « sommairement exécutés par des combattants druzes », selon l’OSDH.
Quinze autres membres des forces gouvernementales ont été tuées lors de frappes israéliennes, toujours selon l’OSDH.
Le ministre syrien de l’Information, Hamza al-Mustafa, a déclaré samedi soir qu’après la première phase du cessez-le-feu, qui a débuté samedi et a entraîné le déploiement de forces de sécurité dans la province, une deuxième phase verrait l’ouverture de couloirs humanitaires.
Raed al-Saleh, ministre syrien chargé des situations d’urgence et de la gestion des catastrophes, a déclaré à la télévision d’État que « la situation humanitaire est mauvaise » et que des convois attendaient de pouvoir entrer à Soueïda lorsque « les conditions appropriées » seraient réunies.
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 87 000 personnes ont été déplacées.







