Israël se démène pour rapatrier des milliers de voyageurs bloqués à l’étranger
Rechercher

Israël se démène pour rapatrier des milliers de voyageurs bloqués à l’étranger

Invoquant la "responsabilité mutuelle", les autorités s'engagent à n'abandonner personne, à organiser des vols vers les 4 coins du monde, à s'en prendre aux profiteurs du système

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des centaines de randonneurs israéliens à bord d'un El Al Dreamlimer les emmenant de Lima, au Pérou, à Tel Aviv, en mars 2020. (Sivan Farage)
Des centaines de randonneurs israéliens à bord d'un El Al Dreamlimer les emmenant de Lima, au Pérou, à Tel Aviv, en mars 2020. (Sivan Farage)

Près de 10 000 Israéliens sont actuellement à l’étranger et veulent rentrer chez eux, ont estimé cette semaine les autorités israéliennes, qui craignent de plus en plus que l’aggravation de la pandémie de coronavirus ne rende leur retour extrêmement difficile, voire impossible.

S’engageant à faire tous les efforts possibles pour ne laisser personne de côté, le gouvernement travaille actuellement à l’affrètement d’une dizaine de vols vers diverses destinations à travers le monde. Parallèlement, les diplomates avertissent les touristes que de plus en plus de pays sont en train de fermer rapidement leur espace aérien.

Tenter de rapatrier les Israéliens est devenu la principale mission du ministère des Affaires étrangères, monopolisant la majeure partie de ses ressources, déjà limitées.

Ce défi survient à un moment difficile pour le ministère : des dizaines de hauts fonctionnaires du ministère, dont le directeur général Yuval Rotem, un certain nombre de directeurs généraux adjoints, l’ensemble du programme de formation des futurs diplomates, ainsi que le consul général à New York Dani Dayan, sont actuellement en auto-quarantaine parce qu’ils ont été exposés au coronavirus. En outre, au moins trois diplomates – deux en Allemagne et un en Espagne – ont été contaminés.

Malgré les difficultés, avec la propagation du virus, un ministère qui, ces dernières années, se plaignait souvent d’être négligé, mis à l’écart et sous-financé, a soudain trouvé un nouveau sens à sa mission.

« Nous travaillons constamment, 24 heures sur 24, corps et âme », a assuré Jeremy Issacharoff, l’ambassadeur en poste à Berlin, qui a affirmé se sentir bien même s’il ait contracté la semaine dernière le Covid-19, la maladie causée par le virus. « Nous sommes prêts à aider les gens qui en ont désespérément besoin. En fin de compte, nous sommes un service étranger, et aider les citoyens israéliens dans le besoin, c’est notre mission. »

Vendredi, par exemple, les diplomates israéliens en Inde ont réussi à faire voyager un groupe de soixante routards à Kasol, dans le nord du pays, dans des bus en direction de la capitale, New Delhi, où ils ont pris des vols pour rentrer chez eux.

Un groupe de routards israéliens bloqués dans le nord de l’Inde mais qui ont réussi à rentrer chez eux avec l’aide de l’ambassade israélienne à New Delhi, mars 2020. (Yogi Makasol)

La semaine dernière également, un survivant de la Shoah âgé de 92 ans s’est retrouvé coincé à Munich, où il donnait des conférences à des étudiants allemands, sans ses médicaments. En quelques heures, et sans grande fanfare médiatique, Jeremy Issacharoff et la consule générale d’Israël dans la ville, Sandra Simovich, ont réussi à lui procurer tout ce dont il avait besoin, y compris une place sur un vol Easyjet pour Tel Aviv le lendemain.

« Nous essayons de ramener chaque personne à la maison », a déclaré Lior Haiat, porte-parole du ministère, qui travaille depuis son domicile après avoir été en contact avec deux personnes infectées.

« Il n’y a pas d’autre ministère des Affaires étrangères dans le monde qui s’occupe de ses citoyens en détresse comme nous le faisons », a-t-il commenté. « Nous considérons qu’il est de notre devoir professionnel et de notre responsabilité personnelle de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous assurer que personne ne soit laissé pour compte. »

La semaine dernière, le ministère a organisé quatre vols depuis Lima, au Pérou, rapatriant plus de 1 000 Israéliens à bord de quatre Dreamliners El Al 787. Ces vols – les plus longs jamais effectués par une compagnie aérienne israélienne – étaient gratuits pour les randonneurs bloqués, car les coûts étaient pris en charge par divers sponsors.

Une vingtaine d’Israéliens n’a pas pu monter à bord de ces vols ; les responsables israéliens se sont engagés à ne ménager aucun effort pour les rapatrier également.

Voyageurs israéliens à l’aéroport de la ville péruvienne de Cusco, le 18 mars 2020. (Capture d’écran : Twitter)

Le ministère a coopéré avec El Al et deux autres compagnies aériennes israéliennes – Israir et Arkia – pour lancer plusieurs autres « missions de sauvetage » dans différentes parties du monde, comme l’Australie, le Costa Rica, l’Inde (Mumbai et New Delhi), l’Italie, la Croatie, l’Argentine et le Brésil. Mais il s’agit de vols commerciaux que les passagers doivent payer eux-mêmes.

D’autres pays ont lancé des efforts similaires pour rapatrier leurs citoyens, a reconnu M. Haiat, en insistant toutefois sur le fait qu’aucun d’entre eux ne faisait plus d’efforts pour localiser et secourir chaque citoyen qui se trouve à l’étranger et aurait besoin d’aide.

“Il s’agit de arvout hadadit”, a-t-il expliqué, en utilisant un terme hébreu qui se traduit grosso modo par solidarité ou responsabilité communautaire. « C’est le sentiment que nous sommes tous dans le même bateau, que nous sommes une grande famille. Nous aidons les autres Israéliens comme nous aiderions un cousin ou un frère ».

Presque tous les voyageurs bloqués ayant contacté le ministère des Affaires étrangères pour demander de l’aide ont indiqué qu’ils avaient effectué leur service militaire, a ajouté M. Haiat. C’était comme s’ils voulaient dire : « J’ai servi mon pays, maintenant c’est au tour du pays de me rendre la pareille. »

Ce sentiment est peut-être légitime, mais il a souligné qu’en fin de compte, il est de la responsabilité personnelle de chaque voyageur de s’assurer qu’il puisse rentrer chez lui en toute sécurité. « Cela fait des semaines que nous demandons aux gens de rentrer chez eux le plus vite possible, avant la fermeture des aéroports. Beaucoup de gens l’ont fait, mais malheureusement d’autres ne l’ont pas fait. »

Un routard israélien débarque d’un vol El Al en provenance de Lima, Pérou, à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, mars 2020 (Sivan Farage)

Par conséquent, les ambassadeurs israéliens de divers pays ont publié dimanche une courte vidéo exhortant les baroudeurs à chercher immédiatement des moyens de rentrer en Israël, avertissant que de plus en plus de pays ferment leur espace aérien, ce qui incite les compagnies aériennes à cesser d’exploiter des itinéraires qui pourraient laisser les touristes israéliens en rade.

« Prenez bien soin de vous », encourage Joel Lion, l’envoyé d’Israël à Kiev, dans la vidéo, en citant le dicton biblique sur la nécessité de veiller à sa santé.

« Profitez des opportunités qui sont encore ouvertes, achetez un billet et prenez l’avion pour Israël dès que possible », a ajouté Alon Lavi, le consul général en poste à Sao Paulo.

Il est encore possible de rejoindre l’aéroport Ben Gurion via la Turquie, les États-Unis et l’Éthiopie, a expliqué Yossi Shelley, l’ambassadeur au Brésil, qui ne savait apparemment pas que quelques heures après la mise en ligne de la vidéo, Turkish Airways a annoncé qu’elle arrêterait ses vols d’Istanbul à Tel Aviv vendredi.

Lors de conversations privées, des sources au sein du ministère des Affaires étrangères ont exprimé une certaine irritation face au fait qu’une poignée de touristes israéliens prévoyait de profiter de l’engagement du gouvernement pour les ramener tous chez eux.

Nous avons vu des gens écrire des choses dans les groupes de WhatsApp du style : « si nous attendons que l’espace aérien se ferme, ils nous ramèneront chez nous gratuitement », a dénoncé un officiel. « Mais ils ont tort. Actuellement, aucun autre vol gratuit n’est prévu. Et bientôt, nous ne pourrons peut-être plus les ramener, même si nous le voulions. »

L’urgence a conduit le ministre des Affaires étrangères Israel Katz à élaborer un « plan national d’urgence » pour rapatrier les Israéliens bloqués à l’étranger.

« Selon ce plan, les missions diplomatiques israéliennes dans le monde entier dresseront une carte des concentrations d’Israéliens souhaitant rentrer chez eux. La cellule de crise [du ministère des Affaires étrangères] surveillera la situation 24 heures sur 24 et établira un centre pour suivre les demandes des Israéliens bloqués à l’étranger », a déclaré le ministère dans un communiqué publié samedi.

Samedi également, le gouvernement a accepté la demande de M. Katz de faire travailler le ministère des Affaires étrangères à 50 % de ses capacités, contrairement à la plupart des autres ministères, qui ont reçu l’ordre de réduire leur personnel à 30 % afin de faciliter la distanciation sociale.

« La décision du gouvernement démontre que l’État d’Israël a besoin d’un ministère des Affaires étrangères fort et fonctionnel en ces temps de crise de coronavirus », a rappelé M. Katz.

« Le principe de la responsabilité mutuelle continuera à nous guider jusqu’à ce que tous les Israéliens soient rentrés chez eux », a-t-il assuré, appelant tous les Israéliens à rentrer chez eux dès que possible.

« Il y a toujours des vols commerciaux disponibles depuis la plupart des pays, et il est possible de rentrer », a-t-il indiqué.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...