Israël vise à se passer du charbon, de l’essence et du diesel d’ici 2030
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Israël vise à se passer du charbon, de l’essence et du diesel d’ici 2030

Le ministre de l'Energie veut réduire la pollution, renforcer "l'axe de la paix" par l'utilisation exclusive du gaz naturel et des carburants alternatifs

Le ministre de l'Énergie, Yuval Steinitz, lors d'une conférence sur l'énergie à Tel Aviv, le 27 février 2018 (Dror Sithakol)
Le ministre de l'Énergie, Yuval Steinitz, lors d'une conférence sur l'énergie à Tel Aviv, le 27 février 2018 (Dror Sithakol)

Le ministère de l’Energie a annoncé mardi que d’ici 12 ans, Israël dépendra entièrement du gaz naturel et des énergies renouvelables pour la production d’électricité et le transport.

« Nous avons l’intention de parvenir à une situation dans laquelle l’industrie israélienne sera basée sur le gaz naturel et, surtout, le transport en Israël sera basé sur le gaz naturel ou l’électricité », a déclaré le ministre de l’Energie Yuval Steinitz lors d’une conférence sur l’énergie à Tel Aviv.

A partir de 2030, l’Etat d’Israël créera des alternatives et n’autorisera plus l’importation de voitures fonctionnant à l’essence et au diesel.

M. Steinitz a déclaré qu’il soumettrait au gouvernement un plan directeur basé sur cette perspective.

En 2014, la production d’électricité était assurée à parts égales par le charbon et le gaz naturel. L’objectif pour 2030 est de porter à 83 % le pourcentage de gaz naturel et 17 % d’énergie renouvelable, avec « zéro polluant », a déclaré M. Steinitz.

Photo illustrative des plateformes israéliennes de gaz naturel en Méditerranée, 2 septembre 2015. (Flash90)

Déjà cette année, le solde de la production d’électricité sera composé de 71 % de gaz naturel, de 25 % à 27 % de charbon et de 2 % d’énergie renouvelable, avec la transition économique vers l’utilisation du charbon uniquement à des fins d’urgence et de secours d’ici 2030.

« Nous avons abandonné la stratégie de diversification des combustibles », a dit M. Steinitz, notant qu’Israël avait précédemment estimé que ce type de diversification – utilisant le charbon et le gaz naturel – était essentiel pour la sécurité énergétique. « Nous avons réalisé que nous pouvons atteindre la sécurité énergétique même sans cette diversification. »

« Il y a une occasion historique de transformer Israël en l’un des premiers pays occidentaux où l’énergie est produite sans pollution et sans danger pour l’environnement », a-t-il déclaré.

M. Steinitz a déclaré que selon les données de l’OCDE, quelque 2 500 personnes meurent chaque année en Israël à cause de la pollution atmosphérique. Il a ajouté que la loi controversée sur le gaz naturel adoptée il y a deux ans a été « un énorme succès », ayant permis le développement du Léviathan, le plus grand champ de gaz naturel d’Israël, qui devrait être mis en service l’année prochaine.

Le retard d’un an et demi dans le développement du Léviathan causé par les lenteurs dans l’adoption de la législation du gaz a coûté à Israël quelque 20 milliards de dollars, a-t-il rappelé.

Le développement de ce secteur a permis à Israël de signer ses « contrats d’exportation les plus significatifs » avec l’Égypte et la Jordanie voisines depuis la signature des accords de paix avec ces nations, a-t-il dit.

Plus tôt ce mois-ci, les associés des champs de gaz naturel offshore Tamar et Leviathan ont annoncé qu’ils avaient signé des accords pour exporter 64 milliards de mètres cubes de gaz à la société égyptienne Dolphinus sur une période de 10 ans. En septembre 2016, la Jordanie a conclu un accord pour acheter 8,5 millions de mètres cubes de gaz israélien par jour sur 15 ans, un accord estimé à 10 milliards de dollars.

« Cela renforce l’axe de la paix », a déclaré M. Steinitz. « C’est un succès géopolitique rendu possible grâce au gaz naturel. »

Israël, un pays aux ressources naturelles rares, a découvert des gisements de gaz naturel offshore qui pourraient lui permettre d’atteindre l’indépendance énergétique et devenir un exportateur de gaz naturel. Le champ gazier de Tamar a été découvert en 2009 et mis en exploitation en 2013, tandis que le champ de Léviathan – le plus grand champ de gaz naturel en eau profonde découvert dans le monde au cours de la dernière décennie – a été découvert en 2010 et devrait commencer à produire en 2019.

M. Steinitz s’exprimait lors d’une conférence organisée par l’Institut israélien de l’énergie et de l’environnement, qui portait sur le potentiel et les défis de l’industrie du gaz naturel en Israël.

Steinitz et d’autres conférenciers ont été chahutés par un groupe qui protestait contre le projet de plate-forme Léviathan qui, selon eux, sera installée à seulement 10 kilomètres de la rive nord et causera de la pollution et des dommages environnementaux d’une valeur de plusieurs milliards de dollars.

Des protestataires manifestant devant une conférence sur l’énergie à Tel Aviv contre la mise en place d’une plate-forme gazière à 10 kilomètres des côtes israéliennes, 27 février 2018 (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

« Au lieu de la plate-forme proposée, les compagnies devraient mettre en place une installation flottante de stockage et de déchargement de la production au-dessus de la plate-forme, non pas près du rivage de Dor Beach », a déclaré Yoni Sapir, le chef du mouvement de protestation.

De plus, un traitement du gaz à installer sur la terre ferme pourrait polluer les sources d’eau locales, a déclaré Eli Budman, un toxicologue qui protestait devant l’hôtel où se tenait la conférence.

Steinitz les a rejetés comme des manifestants qui ignoraient les problèmes. « Nous ne nous soumettrons à aucune pression de qui que ce soit. Nous sommes convaincus que nous faisons les bonnes choses pour l’avenir d’Israël », a-t-il déclaré.

Un écologiste perturbe le discours du ministre de l’Energie Yuval Steinitz lors d’une conférence sur l’énergie à Tel Aviv, le 27 février 2018 (Shoshanna Solomon/Times of Israel)

En réponse aux manifestants, le ministre de l’Environnement, Zeev Elkin, a déclaré qu’Israël ne pouvait pas à la fois réduire sa consommation de charbon et bloquer le développement de l’industrie du gaz naturel. « Nous ne pouvons pas aller dans les deux directions », a-t-il dit.

Le ministère donne la priorité à la réduction de la pollution, a-t-il dit, et le gaz naturel devrait jouer son rôle dès que possible. « La pollution est le principal défi environnemental d’Israël », a-t-il déclaré. « Les progrès du Léviathan présentent un intérêt environnemental pour Israël. »

Lors de la conférence, Yona Fogel, PDG de Paz Oil Company Ltd. un raffineur de pétrole, a déclaré que le prix du gaz naturel en Israël, tel que fixé par l’accord conclu par le gouvernement et les producteurs de gaz, était trop élevé. « Il y a une erreur du marché ici », dit-il. Les deux usines de Paz, à Haifa et à Alon Tavor, sont prêtes à fournir du gaz naturel, mais « l’écart entre le désir et la réalité » est très grand, a-t-il dit.

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