Jeremy Corbyn demande au Royaume-Uni de réexaminer les ventes d’armes à Israël
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Jeremy Corbyn demande au Royaume-Uni de réexaminer les ventes d’armes à Israël

En ne blâmant qu'Israël, le dirigeant travailliste dénonce les actions "illégales et inhumaines" des soldats israéliens visant à réprimer la violence à la frontière avec Gaza

Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, se promène le long du pont de Westminster dans le centre de Londres, le 23 mars 2017 (AFP Photo / Daniel Leal-Olivas)
Jeremy Corbyn, leader du Parti travailliste, se promène le long du pont de Westminster dans le centre de Londres, le 23 mars 2017 (AFP Photo / Daniel Leal-Olivas)

Le dirigeant travailliste britannique Jeremy Corbyn a appelé samedi la Grande-Bretagne à revoir ses ventes d’armes à Israël dans le cadre d’une série d’événements de plus en plus graves le long de la frontière de Gaza, au cours desquels quelque 27 Palestiniens ont été tués par les tirs israéliens lors de violentes manifestations et tentatives de violation de la barrière de sécurité.

Dans une déclaration prononcée lors d’une manifestation en soutien aux Palestiniens de l’enclave côtière, M. Corbyn a condamné le « silence des puissances internationales » et a déclaré que le Royaume-Uni doit enquêter sur les derniers incidents « illégaux et inhumains » perpétrés par l’armée israélienne sur le terrain.

« Le gouvernement britannique doit soutenir l’appel du Secrétaire général de l’ONU en faveur d’une enquête internationale indépendante sur la mort de manifestants à Gaza et revoir les ventes d’armes qui pourraient être utilisées en violation du droit international », a déclaré M. Corbyn dans sa déclaration, qu’il a également publiée sur Facebook.

Le dirigeant travailliste n’a fait aucune mention de l’organisation terroriste du Hamas, qui dirige Gaza et dont plusieurs des membres ont été tués par Israël. Portant la responsabilité et le blâme uniquement sur Israël, il a qualifié de « pacifiques » les dizaines de milliers de Palestiniens rassemblés le long de la frontière de Gaza vendredi, dont certains ont brûlé des pneus, lancé des bombes incendiaires et des pierres sur les soldats israéliens et tenté de franchir la barrière de sécurité de la frontière.

« Le fait que les forces israéliennes ont tué et blessé hier encore plus de manifestants palestiniens non armés à Gaza est un scandale », a-t-il écrit. « Tirer à balles réelles sur des foules de civils non armés est illégal et inhumain et ne peut être toléré. »

Le porte-parole militaire israélien, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, a déclaré vendredi que les organisateurs du Hamas essayaient d’utiliser les manifestants comme diversion pour « ouvrir la barrière et ensuite introduire des terroristes en Israël ». Conricus a dit que les tireurs d’élite étaient utilisés « avec parcimonie » et seulement contre ceux qui représentaient une « menace importante ».

Corbyn a insisté sur le fait que les Palestiniens avaient le droit de protester contre le déni de leurs « droits humains et politiques fondamentaux ».

Des manifestants scandent des slogans et brandissent des pancartes lors d’une manifestation sur Whitehall en face de Downing Street au centre de Londres le 7 avril 2018 pour soutenir les Palestiniens dans la bande de Gaza, organisée par le Forum palestinien en Grande-Bretagne. (AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

« La majorité de la population de la bande de Gaza sont des réfugiés apatrides, soumis à un blocus qui dure depuis dix ans et au déni de leurs droits humains et politiques fondamentaux. Plus des deux tiers dépendent de l’aide humanitaire, avec un accès limité aux services les plus élémentaires, tels que l’eau et l’électricité », a écrit M. Corbyn.

Corbyn a également déclaré que les Palestiniens ont le droit légitime de « rentrer chez eux » à l’intérieur de l’État d’Israël.

« Ils ont le droit de manifester contre leurs conditions épouvantables et contre la poursuite du blocus et de l’occupation des terres palestiniennes, et en faveur de leur droit au retour dans leurs foyers et de leur droit à l’autodétermination », a-t-il accusé.

I have asked for this statement to be read at today's demonstration supporting the Palestinian people in Gaza:The…

Posted by Jeremy Corbyn on Saturday, 7 April 2018

Il a également déclaré que lui et son parti « sont solidaires avec les Israéliens qui sont descendus dans la rue la semaine dernière pour protester contre les actions de leur gouvernement ».

Il a appelé le gouvernement britannique à soutenir une enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la mort de manifestants.

Ses déclarations font suite à une semaine au cours de laquelle le dirigeant travailliste a été accusé à plusieurs reprises de ne pas en faire assez pour éradiquer l’antisémitisme de son parti, et seulement quelques jours après avoir essuyé de vives critiques au sein de son propre parti pour avoir assisté à une célébration de Pessah organisée par Jewdas, un groupe qui, dans le passé, a tweeté qu' »Israël est lui-même un tas fumant d’eaux usées dont il faut se débarrasser comme il convient ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson n’a pas parlé directement des affrontements le long de la frontière de Gaza – dans le cadre d’une campagne de la Marche du retour prévue pour culminer le 15 mai, marquant l’anniversaire de ce que les Palestiniens appellent la Nakba, ou catastrophe, au cours de laquelle des centaines de milliers de Palestiniens ont fui leurs maisons pendant la guerre d’Indépendance de 1948.

Cependant, le ministre chargé du Moyen Orient, Alistair Burt, a déclaré que le Hamas et Tsahal pourraient être responsables de ces morts. « Il est urgent d’établir les faits, y compris pourquoi autant de tirs réels ont été effectués et quel rôle le Hamas a joué dans la violence », a-t-il écrit, selon le journal britannique Independent.

Des manifestants palestiniens utilisent des lance-pierres contre les forces de sécurité israéliennes lors des affrontements à la frontière entre Gaza et Israël dans le sud de la bande de Gaza le 6 avril 2018. (AFP PHOTO / DIT KHATIB)

Vendredi, l’ambassadeur palestinien de l’ONU a déclaré aux journalistes à New York que neuf Gazaouis ont été tués et plus de 1 000 autres ont été blessés par les tirs israéliens lors des manifestations frontalières. L’armée israélienne, qui n’a pas confirmé les chiffres, a déclaré qu’elle a contrecarré de multiples tentatives de violation de la barrière frontalière – et qu’elle a utilisé des tirs réels pour ce faire dans certains cas – ainsi que des tentatives de déclenchement de bombes contre les soldats en se cachant sous le couvert de la fumée.

« Les émeutiers ont tenté d’endommager et de franchir la barrière de sécurité sous le couvert de la fumée de leurs pneus en flammes. Ils ont également tenté de perpétrer des attentats terroristes et de lancer des engins explosifs et des bombes incendiaires « , a déclaré l’armée israélienne vendredi soir. « Nos forces ont empêché les effractions » de la barrière.

Le Hamas, qui appelle à la destruction d’Israël, a déclaré que les manifestations hebdomadaires à la barrière ont pour but de détruire la frontière et, en fin de compte, de permettre la libération de la Palestine.

Des Palestiniens brandissent leurs drapeaux sous une forte fumée de pneus brûlés par les Gazaouis à la frontière entre Israël et Gaza lors d’une manifestation, à l’est de la ville de Gaza, le 6 avril 2018 (AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

En 2007, le Hamas, groupe terroriste islamiste, a pris par la violence le contrôle de Gaza au détriment du Fatah de Mahmoud Abbas, deux ans après qu’Israël a retiré sa présence militaire et civile de la bande de Gaza. Israël et l’Égypte maintiennent un blocus de sécurité à Gaza. Israël affirme que c’est indispensable pour empêcher le Hamas – qui a mené trois guerres contre Israël depuis qu’il s’est emparé de Gaza, a tiré des milliers de roquettes sur Israël et a creusé des dizaines de tunnels d’attaque sous la frontière – d’importer des armes.

Lors des précédents pourparlers de paix, les Palestiniens ont toujours exigé, en plus de la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les réfugiés palestiniens qui ont quitté ou ont été chassés d’Israël lorsqu’il a été établi. Les Palestiniens revendiquent ce droit non seulement pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre estimé à quelques dizaines de milliers – mais aussi pour leurs descendants, qui se comptent par millions.

Aucun gouvernement israélien ne serait susceptible d’accepter cette demande, car cela signifierait la fin d’Israël en tant qu’État à majorité juive. La position d’Israël est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants deviendraient citoyens d’un État palestinien au terme du processus de paix, tout comme les Juifs qui ont fui ou ont été forcés de quitter les pays du Moyen-Orient par des gouvernements hostiles sont devenus citoyens d’Israël.

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