Jeremy Hababou, étoile montante de la scène jazz parisienne
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Interview

Jeremy Hababou, étoile montante de la scène jazz parisienne

Le jeune pianiste franco-israélien a grandi à Tel Aviv et vient de sortir son premier album, acclamé par la critique française

Le pianiste de jazz franco-israélien Jeremy Hababou. (Crédits : Sophie Le Roux)
Le pianiste de jazz franco-israélien Jeremy Hababou. (Crédits : Sophie Le Roux)

« Une révélation », « un jeune talent à suivre » … Les critiques ne tarissent pas d’éloges sur Jeremy Hababou, 26 ans et pianiste de jazz qui écume les bars parisiens. Signe particulier : il commence le piano sur le tard, à 17 ans, et travaille des heures pour atteindre son but. Entretien.

Ton album « Run Away » est sorti le 20 mai, tu as donné un concert au Duc des Lombards à Paris le 9 juin pour le présenter au public français. Comment ça s’est passé ?

Hyper bien ! Pour moi, le Duc des Lombards est une scène très importante, je suis venu plusieurs fois écouter des concerts et j’étais très ému d’être sur scène. On a fait deux sessions le 9 juin, et celle de 21h30 était complète, avec une très bonne ambiance. Avec le trio de musiciens qui m’accompagne en tournée, on a aussi testé de nouvelles compositions sur les spectateurs.

Est-ce que tu remarques une différence entre la scène jazz en Israël et en France, où tu vis depuis un an ?

Pas vraiment, les musiciens ne sont pas meilleurs dans un pays ou dans un autre, mais les influences sont évidemment très différentes. La France, c’est le pays de Ravel et de Debussy ; en Israël, la musique maghrébine ou yéménite est très présente. Mais le jazz a quelque chose d’universel : tu fais jouer ensemble un pianiste de jazz français et un iranien, ils trouveront des références communes et parviendront à jouer.

Le recto de l'album de Jeremy Hababou, Run Away. Le tableau est de Yoel Benharrouche. (Crédits : autorisation)
Le recto de l’album de Jeremy Hababou, Run Away. Le tableau est de Yoel Benharrouche. (Crédits : autorisation)

Je suis très attiré par cette universalité.

Par contre, je remarque une vraie différence quant au statut du musicien : en France, il y a une vraie place pour la culture, avec des subventions pour les musiciens et le respect d’un statut. Les artistes occupent une place magnifique dans la société, alors que c’est plus difficile en Israël.

Ce sont ces difficultés qui t’ont poussé à t’installer en France ?

Oui et non. D’abord, j’ai toujours été en contact avec la culture française, grâce à mes parents qui ne voulaient pas que j’oublie mes racines. Je suis né en France, mais ils ont fait leur alyah quand j’avais quelques mois, et j’ai appris le français à la maison, ainsi que toute la variété française : Brassens, Nougaro, Barbara, Thiéfaine, Léo Ferré… La chanson française, son lyrisme, a une influence énorme sur ma musique, donc je voulais m’en rapprocher.

Le déclic, ce fut ma rencontre avec Anne Ducros, la chanteuse de jazz : elle m’a proposé de faire les premières parties de ses concerts, et j’ai accepté. Donc au début, je faisais des allers-retours entre Israël et la France, mais j’ai compris que si je voulais vraiment nouer des contacts, progresser, sortir un album là-bas, il fallait que je m’installe définitivement à Paris.

Crédits : Romain Delamare et Guillaume Rondet.
Crédits : Romain Delamare et Guillaume Rondet.

Tu as aujourd’hui 26 ans, mais tu n’as commencé le piano « qu’à » 17 ans. Pourquoi cette révélation tardive ?

Je tiens à noter quelque chose : ce n’est pas parce que j’ai commencé le piano à 17 ans que je suis devenu un artiste à 17 ans. On ne décide pas quand on commence à être un artiste, à avoir cette sensibilité, cette vision du monde : on peut la travailler, c’est ce que j’ai fait, mais c’est quelque chose qui te vient, presque un hasard.

J’aurais pu faire de la peinture, mais mon père m’a acheté un piano, donc j’ai commencé à m’entraîner seul dans la cave de la maison familiale avec des vidéos YouTube. Je ne venais pas de ce monde-là, et je n’imaginais pas qu’on puisse prendre des cours, et encore moins y consacrer sa vie.

Et puis, très rapidement, je suis rentré à l’armée. J’ai passé cinq mois à jouer les Rambo chez les parachutistes, et je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. Je n’étais pas très bon à l’école, et l’armée m’a donné un vrai coup de maturité. J’ai compris que, ce que je voulais faire, c’était du piano jazz, et qu’il fallait que je pratique.

Donc j’ai réussi à changer d’unité, à me faire reléguer dans le nord, près de la Syrie, où j’avais de nombreuses permissions et je jouais dix heures par jour quand je rentrais chez mes parents. J’ai même fini par ramener un clavier électrique et une guitare à la base, qui s’est transformée en conservatoire !

Est-ce que le fait de « ne pas venir du milieu » a été un handicap ?

Je ne pense pas, parce que j’ai eu la chance de rencontrer le grand jazzmen Omri Mor qui est devenu mon professeur, et qui m’a poussé à passer des auditions.

J’ai intégré le Conservatoire de Tel Aviv, où il y a une section Jazz, et mon ignorance m’a en fait servi parce que je ne connaissais pas les membres du jury, des copains d’Avishai Cohen, des grands noms. Si j’avais su, j’aurais eu tellement peur que j’aurais foiré l’audition ! Tous les autres élèves venaient de cursus d’excellence, se destinaient à la musique depuis des années… Mais ils ont probablement vu un gros potentiel en moi et ils m’ont pris.

Et regarde, maintenant, mon album est en haut du classement d’iTunes et d’Amazon pour la catégorie jazz !

Jeremy Hababou se produira le 24 juillet au festival de Chamonix et le 31 août au Sunside Sunset à Paris.

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