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Jérusalem : Lancement officiel des travaux du pont suspendu controversé du mont Sion

Les opposants dénoncent un processus d'approbation douteux pour cette installation touristique qui "transformera un site historique en parc à thème"

De vieux oliviers poussent dans la vallée de Hinnom, à Jérusalem. (Crédit : Deror Avi, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)
De vieux oliviers poussent dans la vallée de Hinnom, à Jérusalem. (Crédit : Deror Avi, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

La Fondation de la Cité de David a encore renforcé sa présence controversée dans la vallée historique de Hinnom en organisant une cérémonie de pose de la première pierre d’un pont en corde qui reliera le mont Sion, juste en-dessous des murs de la Vieille Ville, au quartier principalement palestinien d’Abu Tor.

La semaine dernière, le ministre des Affaires de Jérusalem, Zeev Elkin, le ministre du Tourisme, Yoel Razvozov, et le maire de Jérusalem, Moshe Lion, ont assisté à la cérémonie de pose de la première pierre du pont.

Elkin a déclaré que le projet, qui fait partie d’une initiative plus large visant à transformer la vallée pastorale en site touristique, renforcerait le sentiment de « sécurité et de gouvernance » dans la région et faciliterait l’accès à la Vieille Ville.

Lion a indiqué que le pont permettrait « une circulation libre et sûre » entre les crêtes situées de part et d’autre de la gorge.

Le projet, dont le coût a été estimé à 20 millions de shekels par le quotidien économique Calcalist, rencontre l’opposition des organisations à but non-lucratif de gauche La Paix maintenant, Emek Shaveh et Bimkom, ainsi que celle des Palestiniens.

Les deux premiers groupes ont déposé – sans succès – une pétition contestant le permis de construire du pont, affirmant qu’il a été accordé de manière frauduleuse et accélérée et sans aucune consultation des populations.

Sari Kronish, de Bimkom – Planners for Planning Rights, a déclaré que le pont ne répondait en rien aux besoins pressants en matière de logement et autre des résidents palestiniens.

Le symbole de la Fondation Cité de David sur le portail d’une ferme éducative dans la vallée de Hinnom, au-dessous de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Emek Shaveh)

Ce pont suspendu vient s’ajouter à une liste croissante d’autres aménagements proposés dans la vallée par la fondation d’extrême-droite, qui œuvre à accroître la présence juive dans et autour du bassin de la Vieille Ville de Jérusalem, connue en hébreu sous le nom d’Ir David et par son acronyme, Elad.

Il s’agit, entre autres, d’une ferme pédagogique, d’un camping et d’un centre touristique. Ce dernier est toujours en cours de construction, à proximité du parking de la Promenade de Jérusalem à Armon Hanatziv.

En bas de la vallée, dont une bonne partie se trouve dans le parc national des murs de Jérusalem, des chemins ont été construits ainsi que des murets pour soutenir de nouvelles cultures en terrasse, et des arbres ont été plantés avec des systèmes d’irrigation goutte à goutte.

La Fondation de la cité de David travaille en étroite collaboration avec des organismes publics tels que l’Autorité israélienne pour la nature et les parcs (INPA).

Les projets de l’INPA qui sont gérés par Ir David comprennent le site archéologique de la Cité de David, juste à l’extérieur de la Porte des Maghrébins de la Vieille Ville, qui abrite le puits de Warren, un vestige d’un système d’adduction d’eau datant de l’âge du bronze. Également au programme : des fouilles éducatives sur le mont Sion et un projet de tamisage de la terre archéologique sur les pentes du mont Scopus.

Vue aérienne des fouilles au parking Givati, où le centre Kedem va être construit. (Crédit : Plans de la commission nationale de planification)

Entre le site de la Cité de David et la Porte des Maghrébins, au-dessus d’un site de fouille archéologique situé sous l’ancien parking Givati, Ir David et l’INPA prévoient de construire un centre touristique de quatre étages et de 16 000 mètres-carrés qui portera le nom de complexe Kedem. Ce centre accueillera, entre autres, le terminus d’un téléphérique conçu pour transporter les visiteurs de Tahana HaRishona, le complexe de restauration et de divertissement de Talbiya, vers le mont Sion et la Vieille Ville, en passant par la vallée de Hinnom.

Sur le flanc sud de la vallée de Hinnom, Ir David a ouvert une salle de réception pour les mariages et autres événements. La publicité faite pour Beit BaGay [la maison dans la vallée] la présente comme « adjacente au parc national de la Cité de David, lui-même contigu au mur Occidental », sans mentionner le fait que le bâtiment se trouve à quelques pas des maisons palestiniennes d’Abu Tor.

Dans le quartier de Silwan, qui jouxte le site de la Cité de David, la fondation est l’un des nombreux groupes qui ont obtenu des logements et y ont installé des dizaines de familles juives, qui vivent sous haute surveillance parmi leurs voisins palestiniens.

Un agent de sécurité israélien (à l’arrière-plan) détourne le regard alors qu’un résident juif est assis sur le toit de Beit Yonatan, un immeuble dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est, le 8 février 2010. (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

L’INPA soutient que de nombreuses zones de l’est de la ville, comme le secteur de la vallée de Hinnom, « sont devenues des décharges qui, chaque été jusqu’à aujourd’hui, sont la cible d’incendies criminels ». L’année dernière, elle avait déclaré au Times of Israël qu’elle considérait « comme un devoir la réhabilitation des zones endommagées et leur développement au profit des touristes et des habitants de la région ».

Cela avait soulevé l’ire des Palestiniens locaux, qui disent qu’ils cultivent des oliviers irrigués par les eaux pluviales exclusivement depuis des générations.

« Nous sommes propriétaires terriens et nous nettoyons ces terres, nous cueillons les olives qui y poussent chaque année », s’est insurgé Ahmed Somrin, dont la famille possède des propriétés à Abu Tor et Silwan.

Emek Shaveh a déploré que des installations comme le pont de corde, combinées au téléphérique, transformeront le paysage biblique de la vallée en parc à thème.

Nurit Malkin a contribué à cet article.

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