Jordanie : Abdallah II où le roi qui aurait préféré rester pilote
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Jordanie : Abdallah II où le roi qui aurait préféré rester pilote

Le 41e descendant direct du prophète Mahomet n'a pas été préparé à diriger un Etat dans une région si troublée, voisin de l'Irak, de la Syrie et du conflit israélo-palestinien

Le roi de Jordanie Abdallah II lors de son discours pour l’inauguration de la session non ordinaire de la 19e législature, à Amman, en Jordanie, le 10 décembre 2020. (Yousef Allan / The Royal Hashemite Court via AP)
Le roi de Jordanie Abdallah II lors de son discours pour l’inauguration de la session non ordinaire de la 19e législature, à Amman, en Jordanie, le 10 décembre 2020. (Yousef Allan / The Royal Hashemite Court via AP)

Abdallah II de Jordanie, confronté à une fracture inédite au sein de la famille royale, est un ancien militaire de carrière, allié de l’Occident, qui a fait de la stabilité du pays sa grande priorité depuis vingt ans.

Fils aîné du roi Hussein et d’une ressortissante britannique, Antoinette Gardiner, devenue la princesse Muna, il accède au trône à la mort de son père en juin 1999, quelques semaines seulement après avoir été désigné prince héritier.

A l’époque, âgé de 37 ans, cet ancien pensionnaire de l’académie britannique de Sandhurst mène une carrière militaire remarquée. « Il adorait cette vie et c’est presque à regret qu’il l’a abandonnée pour devenir roi », affirme une personne qui l’a bien connu.

Des années plus tard, le roi Abdallah II avouera que rien ne l’avait préparé à diriger un Etat dans un environnement si troublé, avec à ses portes l’Irak, la Syrie et le conflit israélo-palestinien.

« Cela n’a ressemblé en rien à ce que je pensais trouver », a-t-il confié à un journaliste britannique, évoquant un plongeon soudain « dans le grand bain ».

Le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avant une réunion au Palais Royal d’Amman, le 12 novembre 2014. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Mais si, depuis 1999, se sont multipliées les menaces extérieures comme l’invasion américaine de l’Irak ou la guerre en Syrie, c’est à une crise au sein même du système monarchique que le souverain hachémite est aujourd’hui confronté avec l’assignation à résidence de son demi-frère Hamza, sur fond de rumeurs de tentative de déstabilisation du trône.

Parachutiste et pilote

Agé de 59 ans, Abdallah II, 41e descendant direct du prophète Mahomet selon la généalogie officielle, est né le 30 janvier 1962 à Amman.

Enfant, il fait sa scolarité à Amman, puis en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Mais c’est l’uniforme militaire qui l’attire.

Après sa sortie de l’académie de Sandhurst en 1980, il va même servir dans l’armée britannique en Allemagne.

De retour en Jordanie, il occupe différentes positions, passe son brevet de parachutiste, devient commandant de char et apprend à piloter un hélicoptère, avant de diriger les forces spéciales.

En 1993, il épouse Rania al-Yassine, d’origine palestinienne qui travaille au service marketing d’Apple.

Le couple affiche sa modernité, en 1995, le prince fait même une apparition dans la série américaine Star Trek, dont il est fan.

La reine Rania de Jordanie écoute un discours du Premier ministre néerlandais Mark Rutte à La Haye, aux Pays-Bas, le 21 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

Quatre enfants naissent de leur union, dont l’ainé Hussein, qui hérite du titre de prince héritier en 2004 aux dépends du prince Hamza, fils de la reine Noor, quatrième et dernière épouse du roi Hussein.

Au moment où Abdallah II prête serment le 9 juin 1999, après plus de quatre décennies de règne de Hussein, beaucoup doutent de sa capacité à mener à bien la fragile embarcation monarchique.

Dos rond

En 2003, le roi s’oppose à l’intervention américaine en Irak, qui bouleverse la région et donnera ensuite naissance à l’une des plus redoutables organisations jihadistes, le groupe Etat islamique (EI), qui sévira aussi en Jordanie au milieu des années 2010.

Entre-temps, en 2011, Abdallah II parvient à éviter que le Printemps arabe ne l’emporte – il qualifiera ce qui s’est passé dans son pays « de printemps civilisé ».

Autre axiome du roi : empêcher à tout prix que son pays devienne une patrie de substitution pour les Palestiniens, comme le souhaite notamment l’ultra-droite israélienne.

Le roi Abdallah II de Jordanie et le président américain Barack Obama, le 26 avril 2013 à la Maison Blanche, à Washington (Crédit : AFP/Archives Nicholas Kamm)

Allié de l’Occident, Abdallah II aura entretenu d’excellentes relations avec le président américain Barack Obama. Mais il doit faire le dos rond sous Donald Trump, en s’arc-boutant sur le principe du droit des Palestiniens à se doter d’un Etat avec Jérusalem comme capitale et sur la défense de ses prérogatives sur les lieux saints.

Photo prise le 11 janvier 2015, montrant des réfugiés syriens debout à côté de tentes de l’ONU au camp de réfugiés de Zaatari, au nord est de la capitale jordanienne Amman. Plus d’1,1 millions de Syriens ont passé la frontière vers le Liban et environ 600 000 sont en Jordanie, selon le HCR, le 28 Août 2015. Amman avance le chiffre de 1,4 million, soit 20 % de la population du royaume qui est pauvre en ressource (Cédit : AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI)

Abdallah II a aussi dû faire face à l’arrivée massive de réfugiés syriens (700 000 inscrits officiellement mais les autorités parlent de 1,3 million), après avoir accueilli des dizaines de milliers d’Irakiens fuyant le guerre civile et la terreur de l’EI en Irak.

Sur le plan économique, dès son accession au trône, il lance un large programme de libéralisation pour attirer les investissements, dans un pays dépourvu d’hydrocarbures.

En 2012, il supprime notamment les subventions sur les produits pétroliers.

Confronté à des mouvements de protestation, Abdallah II est à chaque fois parvenu ces dernières années à les contenir par des reformes politiques, tout en s’attirant les critiques d’ONG sur des atteintes aux droits humains.

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