Kakhol lavan divisé sur la loi interdisant à Netanyahu d’être Premier ministre
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Kakhol lavan divisé sur la loi interdisant à Netanyahu d’être Premier ministre

Un allié de Gantz aurait dit que la proposition était éthiquement pertinente mais qu'elle pourrait avoir un effet boomerang ; le texte serait peu menaçant, aurait estimé le Likud

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)

La formation Kakhol lavan du ministre de la Défense Benny Gantz est divisée sur le soutien à apporter à une proposition qui empêcherait le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, ont indiqué lundi des informations parues dans les médias, dans un contexte d’impasse sur le budget de l’Etat qui pourrait renvoyer les Israéliens aux urnes pour un quatrième scrutin en deux ans.

Le projet de loi, qui sera présenté mercredi au vote en séance plénière de la Knesset, interdirait à un député mis en examen de rassembler un gouvernement. S’il est adopté lors des trois lectures, il interdira de fait à Netanyahu de mettre en place une coalition après de potentielles élections en raison de ses inculpations pour corruption.

Selon le site d’information Walla, parmi les députés Kakhol lavan qui ont exprimé leur soutien à la proposition au cours d’une réunion de faction du parti figurent le ministre du Tourisme Asaf Zamir, le ministre des Sciences Izhar Shay, le ministre des Affaires stratégiques Orit Farkash-Hacohen et la députée Miki Haimovitch. Avi Nissenkorn serait lui aussi favorable à cette législation, a indiqué la chaîne Kan.

Zamir aurait déclaré que si apporter un appui au texte était pertinent au niveau éthique, voter en sa faveur serait une erreur stratégiquement dans la mesure où il n’a au final qu’une faible chance d’être adopté et qu’il pourrait entraîner un effet boomerang en remobilisant la base de Netanyahu.

Le député Kakhol lavan, Asaf Zamir, à la Knesset, à Jérusalem, le 14 mai 2019. (Hadas Parush/Flash90)

La ministre de l’Immigration Pnina Tamano-Shata, le ministre au sein du ministère de la Défense Michael Biton, le ministre des Communications Yoaz Hendel et le député Zvi Hauser ont, pour leur part, fait savoir qu’ils s’opposaient à cette législation. Hendel et Hauser font partie de la faction Derech Eretz, qui appartient au bloc de coalition dirigé par Benny Gantz.

Gantz a expliqué qu’une décision finale sur le soutien à apporter au texte serait prise mercredi matin, quelques heures avant le vote, ont indiqué Walla et la Douzième chaîne.

Les responsables du Likud ont fait savoir aux médias qu’ils estimaient qu’il y avait peu de danger que le projet de loi puisse avancer à la Knesset dans la mesure où ils ont entre les mains des leviers d’influence au parlement qui permettront de le déjouer.

« Si Kakhol lavan soutient la loi, il sera alors clairement établi que ce qui aura entraîné le pays vers des élections aura été la coopération entre Gantz et le leader de l’opposition Yair Lapid », auraient déclaré des responsables du Likud.

Netanyahu a paru de son côté faire une allusion à la législation pendant une réunion du Likud qui a eu lieu lundi.

« Je ne suis pas impressionné par toutes ces lois à l’iranienne ou à la nord-coréenne qui veulent piétiner la volonté des électeurs », a-t-il dit.

Capture d’écran d’une vidéo du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’ouverture de la réunion de faction du Likud à la Knesset, le 3 août 2020. (Crédit : Chaîne de la Knesset)

Le vote prévu sur la proposition survient dans un contexte de bras de fer entre le Likud et Kakhol lavan sur le budget de l’Etat, qui doit être adopté d’ici le 25 août. Si ce n’est pas le cas, la Knesset sera immédiatement dissoute et de nouvelles élections devront être organisées.

Gantz réclame l’adoption d’un budget jusqu’à 2021, comme le stipule l’accord de coalition, mais Netanyahu prône pour sa part un budget qui ne couvrirait que le reste de l’année, citant l’incertitude entraînée par la pandémie de coronavirus.

Si l’accord de coalition précise que si le gouvernement doit tomber, Netanyahu devra céder à Gantz le poste de Premier ministre dans la période qui mènera au nouveau scrutin, exception faite dans le cas d’un désaccord gouvernemental concernant l’approbation d’un budget – ce qui a amené certains à considérer que le chef du Likud avait précipité la crise du budget pour éviter d’avoir à honorer l’accord de partage du pouvoir conclu avec le leader de Kakhol lavan.

Les parties ont semblé s’accorder, dimanche, sur l’adoption d’un projet de loi qui permettrait un report de plusieurs mois de l’approbation du budget – avant de s’opposer à nouveau lundi. Gantz a ainsi publiquement recommandé à Netanyahu d’adopter la proposition dans les 24 heures pour prouver son sérieux, mais le Premier ministre a semblé écarter cet avertissement d’un revers de la main, demandant encore une fois un budget courant sur un an sans offrir un calendrier clair pour la législation reportant le délai d’approbation du budget.

Le parti de Netanyahu, jusqu’à présent, a promis de soutenir la législation en lecture préliminaire et en première lecture, sans s’engager pour autant à l’appuyer en deuxième et troisième lectures – des phases nécessaires pour son adoption définitive. Cette réticence a laissé penser à certains que le positionnement du parti pourrait être un simple stratagème.

Dans un entretien accordé lundi soir à la Douzième chaîne, le ministre des Affaires étrangères issu des rangs de Kakhol lavan, Gabi Ashkenazi, a estimé que de nouvelles élections représenteraient un « attentat terroriste » tout en admettant que le parti n’était pas en mesure d’empêcher le Likud de démanteler le gouvernement.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères/Autorisation)

« On va tout faire pour empêcher ça, c’est ce qu’on est en train de faire. Si Netanyahu est désireux d’honorer notre accord, il n’y aura pas de nouvelles élections », a-t-il déclaré.

Et en cas de nouveau scrutin, a ajouté Ashkenazi, « je pense que le public règlera ses comptes avec celui qui l’aura rendu indispensable à une période comme celle que nous sommes en train de vivre », une référence à la pandémie de coronavirus.

Un nouveau cycle électoral serait le quatrième vote national en Israël depuis le mois d’avril 2018. Netanyahu et Gantz avaient convenu de mettre en place un gouvernement d’unité d’urgence au mois de mai en raison de l’épidémie, après trois scrutins consécutifs qui avaient échoué à dégager un vainqueur de manière claire.

Dans une interview diffusée dimanche par la Vingtième chaîne, il a été demandé à Netanyahu si Gantz serait Premier ministre comme le stipule l’accord de coalition.

« Cela ne dépend que de lui. S’il cesse de diriger une faction qui est un gouvernement au sein du gouvernement, un gouvernement contre le gouvernement, qui s’oppose à nous quel que soit le sujet, qui retarde des budgets et autres, il sera Premier ministre. S’il n’arrête pas, alors tout va s’écrouler tout seul », a répondu Netanyahu.

Lundi également, Netanyahu a visité un commerce situé dans la ville de Ramat HaSharon, dans le centre du pays – sa deuxième visite dans un magasin local, ces derniers jours, et qui a été largement considérée comme une activité électorale en amont d’une future campagne potentielle. Tandis que certaines personnes présentes ont fait part de leur soutien au chef du gouvernement, en lui disant « nous sommes à vos côtés », d’autres l’ont alpagué alors qu’il quittait la boutique aux cris de « criminel » et « quel scandale ».

Netanyahu est actuellement au cœur d’un procès dans trois affaires de corruption. Il n’a cessé de clamer son innocence, accusant sans apporter de preuve la gauche, les médias, la police et les procureurs de l’Etat de se prêter à une « chasse aux sorcières » à son encontre visant à l’écarter du pouvoir.

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