Knesset: une loi interdit aux diplômés des universités de l’AP d’enseigner en Israël
Selon la loi, une accréditation israélienne est requise pour les titulaires d'un diplôme de l'AP ; les critiques qualifient le texte de discriminatoire et mettent en garde contre son impact sur l'enseignement arabe
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Mercredi, la Knesset a adopté une loi visant à empêcher les diplômés des universités de l’Autorité palestinienne d’enseigner dans les écoles israéliennes, à moins qu’ils ne possèdent également une accréditation israélienne. Le texte a été adoptée par 31 voix pour et 10 contre.
Si ses partisans ont salué cette loi comme un effort visant à prévenir les incitations à la haine contre Israël dans les écoles, les députés arabes israéliens ont pour leur part fait savoir qu’il s’agissait encore d’un acte législatif discriminatoire visant la communauté minoritaire, dont de nombreux membres étudient dans des établissements de l’Autorité palestinienne.
Cette loi, portée notamment par les députés du Likud Amit Halevi et Avichay Buaron, permet au directeur général du ministère de l’Éducation de refuser l’accréditation aux enseignants titulaires d’un diplôme délivré par un établissement de l’Autorité palestinienne, « à condition que ce diplôme soit nécessaire à l’exercice de leur profession dans l’enseignement ».
La loi stipule que son objectif est « de prévenir toute influence néfaste de l’Autorité palestinienne, hostile à l’État d’Israël et à ses valeurs, ainsi que de préserver les valeurs éducatives de l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique ».
« Dans ces établissements, les programmes d’études incluent, dans de nombreux cas, des contenus antisémites, ainsi qu’un endoctrinement dont le but est de nier l’existence de l’État d’Israël et d’inciter gravement à la haine contre lui », peut-on lire dans le projet de loi, qui juge inapproprié que ces personnes puissent « exposer des enfants sans défense » à de tels points de vue.
Aux termes de la loi, les enseignants qui ont étudié dans un établissement palestinien mais qui sont titulaires d’un diplôme d’une université israélienne peuvent être employés dans des écoles israéliennes, « sauf s’il est prouvé que leur présence pourrait avoir une influence néfaste sur les élèves ou les mineurs ».
La loi ne s’appliquera pas aux enseignants déjà employés par le ministère de l’Éducation. Elle ne concernera pas non plus ceux qui ont terminé au moins une année universitaire dans un établissement palestinien – qui devront obtenir un certificat d’enseignement israélien.
Si la loi ne concerne pas actuellement les directeurs d’école, elle sera, dans trois ans, appliquée à ceux qui possèdent un diplôme palestinien, mais pas de diplôme universitaire israélien.
Les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne, qui sont destinés aux enfants, contiennent des incitations à la violence et à la haine, malgré les promesses de l’Union européenne de collaborer avec l’Autorité palestinienne pour les réviser, ainsi que l’a révélé une étude réalisée en 2022 par l’organisation israélienne à but non lucratif IMPACT-se.
Cette loi s’est toutefois attiré les condamnations et les critiques des députés arabes, qui la considèrent comme une attaque contre l’enseignement dans la communauté arabe, dont de nombreux membres ont étudié dans les universités de l’Autorité palestinienne.
Selon le Centre de recherche et d’information de la Knesset, sur les 30 339 enseignants qui sont entrés dans le système éducatif arabe au cours de la dernière décennie, 11 % étaient titulaires de diplômes universitaires délivrés par des établissements palestiniens. ÀJérusalem-Est, plus de 60 % des enseignants du système éducatif arabe sont titulaires de diplômes délivrés par des établissements palestiniens. Environ un tiers de ces enseignants se trouvent dans le Neguev, où ils exercent dans la communauté bédouine.
Le député du Raam Waleed Alhwashla a annoncé mercredi qu’il allait saisir la Haute Cour de justice au sujet de cette loi, qu’il a décrite comme « discriminatoire » et « constituant une violation grave du droit à l’éducation et à l’égalité des chances ».
Outre les députés, la conseillère juridique de la commission de l’éducation, de la culture et des sports de la Knesset, Tami Sella, a elle aussi critiqué le projet de loi lorsqu’il a été approuvé par la commission pour en deuxième et troisième lectures en juillet.
À l’époque, elle avait déclaré que la commission n’avait entendu aucun élément prouvant « l’argument radical » selon lequel ceux qui avaient étudié dans des établissements palestiniens exerçaient « une influence néfaste sur leurs élèves ».
Au cours des délibérations, elle avait souligné que « aucun élément factuel suffisant n’avait été présenté au cours des débats » pour justifier une législation qui « porte atteinte au droit à l’emploi ».
Talal al-Krenawi, maire de Rahat, la plus grande ville bédouine d’Israël, s’est également montré extrêmement critique à l’égard de cette loi, déclarant lors de sa comparution devant la commission, en juillet : « Dans ma ville, il y a 2 500 enseignants. Si cette loi est adoptée, que cherchez-vous ? Le chômage ? Revenir à un taux de chômage de 30 ou 40 % ? »
En juillet, lors de sa comparution debvant la commission, le député Hadash-Taal Youssef Atauna, pour sa part, a qualifié le texte de « loi raciste et nocive, visant à nuire au Neguev et à Jérusalem-Est ».
D’autres députés de l’opposition ont également fustigé cette politique, qui nuit à l’emploi dans le Neguev en particulier mais ne propose aucune solution alternative.
Mercredi, Buaron a déclaré devant la Knesset que le gouvernement s’efforçait de « mettre en place un programme de formation destiné aux enseignants de la communauté arabe dans le cadre de l’académie israélienne » et a affirmé que des fonds étaient prévus pour ces programmes, mais que le ministère des Finances ne les avait pas encore débloqués. Il n’a toutefois donné aucun détail sur la forme que prendraient ces programmes alternatifs.
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