Rechercher

La 24e Knesset dissoute ; les élections fixées au 1er novembre

Le Premier ministre sortant Naftali Bennett et le nouveau Premier ministre de transition Yair Lapid tiendront une petite cérémonie de passation de pouvoirs cet après-midi

Le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid à la Knesset après l'adoption du projet de loi de dissolution du parlement, le 30 juin 2022. (Crédit :  AP Photo/Ariel Schalit)
Le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid à la Knesset après l'adoption du projet de loi de dissolution du parlement, le 30 juin 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Les députés israéliens ont voté jeudi la dissolution du Parlement, ouvrant ainsi la voie aux cinquièmes élections législatives du pays en trois ans et demi, dont la date a été établie au 1er novembre prochain.

Après des débats qui ont trainé mercredi soir, les députés israéliens sont réunis jeudi matin et ont adopté en deuxième et troisième lecture la dissolution du Parlement.

Avec quelques heures de retard, 92 députés sur les 120 au total se sont prononcé jeudi en faveur de la dissolution du Parlement, un vote qui permettra aussi au chef de la diplomatie Yaïr Lapid de succéder vendredi à Naftali Bennett au poste de Premier ministre.

Les législateurs travaillistes n’ont pas voté pour la dissolution de Knesset après qu’aucun accord n’a été trouvé pour adopter un projet de loi permettant la création d’un système de métro centré sur Tel Aviv.

« La dissolution de cette Knesset est née dans le péché et s’est poursuivie avec le péché de ne pas adopter la loi sur le métro à cause de la politique personnelle et mesquine », a déclaré la cheffe du parti travailliste Merav Michaeli sur Twitter.

La leader du parti Travailliste Merav Michaeli lors d’une réunion de faction à la Knesset de Jérusalem, le 13 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« La faction travailliste continuera à travailler pour le bien de l’État d’Israël et pour la formation d’un gouvernement encore meilleur », ajoute-t-elle.

Dans un discours féroce prononcé avant la dissolution, Netanyahu a prédit que lui et ses alliés reviendraient au pouvoir, qu’ils « rendraient sa fierté à la nation » et qu’ils « remettraient Israël sur les rails du succès » après l’expérience « ratée », selon lui, du gouvernement dirigé par Bennett. De leur côté, ni Lapid, ni Bennett ne se sont exprimés pendant cette session.

Lapid, qui dispose de quatre mois – jusqu’au jour des élections – pour l’emporter sur Netanyahu et prouver ses capacités en tant que Premier ministre, aura l’avantage d’être le Premier ministre sortant. C’est dans ce costume qu’il accueillera le président Joe Biden, le mois prochain, alors que des allusions faites par les leaders israéliens et américains laissent présager qu’il pourrait y avoir des progrès imminents dans le renforcement des relations entre Israël et des acteurs régionaux déterminants.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid à gauche, Premier ministre par intérim, et le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à droite, à la Knesset, suite au vote de dissolution du parlement pour de nouvelles élections, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Bennett a annoncé hier qu’il ne se présentera pas aux prochaines élections.

« Je n’ai pas l’intention de me présenter aux prochaines élections, mais je resterai un soldat loyal de ce pays, que j’ai servi toute ma vie en tant que soldat, officier, ministre et Premier ministre », a déclaré Bennett, confirmant céder la direction de sa formation Yamina à l’actuelle ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked. Mais il a promis qu’en tant que Premier ministre d’alternance, il offrira toute l’aide possible à Lapid jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. Et il continuera aussi, pour sa part, à assumer les politiques israéliennes qui sont mises en œuvre sur la question de l’Iran.

Alors que des députés souriaient et se donnaient l’accolade, heureux de voir se terminer ce processus de longue haleine qui aura débouché sur le vote de jeudi matin, le président de la Knesset, Mickey Levy, a lancé un appel au calme en direction des législateurs, rappelant que « il ne s’agit pas d’un mariage » et demandant aux parlementaires de rester assis sur leur siège.

Même si les députés avaient soutenu à une majorité écrasante la législation préliminaire de dissolution de la Knesset, il y a une semaine, le processus législatif aura été reporté par des conflits opposant la coalition et l’opposition sur différentes questions, concernant notamment la date des prochaines élections et la destinée réservée à plusieurs projets de loi majeurs.

Si la coalition a finalement obtenu le dessus sur la date qui avait sa préférence pour le prochain scrutin, elle aura échoué à trouver les compromis nécessaires pour faire adopter les lois en suspens. L’une d’entre elles, la loi Métro, aurait entraîné des avancées dans le projet ambitieux de construction de lignes de métro autour de Tel Aviv. Un autre texte sur lequel coalition et opposition n’ont pas su s’accorder aurait permis de mettre un coup d’accélérateur dans l’objectif poursuivi par l’État juif d’intégrer le Programme de dispense de visa mis en place par les États-Unis, au bénéfice des citoyens israéliens désireux de se rendre en Amérique.

Le Premier ministre sortant Naftali Bennett, à droite, avec les personnels de la Knesset pendant le vote de dissolution du parlement en vue d’un nouveau scrutin, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La décision de la dissolution de la Knesset est donc allée jusqu’au bout – alors même qu’Israël était sur le point d’entrer dans une situation chaotique et sans précédent au niveau juridique en Cisjordanie : Les résidents de Cisjordanie bénéficient du statut juridique israélien, même s’il y a un traitement distinct des Palestiniens qui vivent dans les mêmes secteurs, sur la base de directives d’urgence qui avaient été mises en place en 1967 et qui doivent être renouvelées tous les cinq ans. Les directives devaient expirer jeudi à minuit et le gouvernement avait été dans l’incapacité de réunir un nombre suffisant de soutien – précipitant l’effondrement de la coalition – en faveur de ces mesures face à une opposition déterminée à bloquer les législations, même celles qu’elle soutenait idéologiquement, afin de mettre le point final au gouvernement de Bennett.

Ces régulations vont donc être automatiquement prolongées de six mois parce que la Knesset a été démantelée avant leur renouvellement.

Bennett avait déclaré que la nécessité de renouveler cette loi sur les résidents d’implantation avait été l’un des deux catalyseurs de sa décision, la semaine dernière, de mettre un terme aux activités de son gouvernement. Le deuxième était qu’un membre issu de sa propre formation était prêt à voter le démantèlement de la Knesset, ce qui aurait accordé à l’opposition une majorité apparente.

La semaine dernière, le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avaient pris par surprise la nation – et même un grand nombre de membres de leur propre coalition – en annonçant leur intention de dissoudre volontairement leur propre gouvernement et d’envoyer, pour la cinquième fois depuis 2019, les Israéliens aux urnes. Cette coalition improbable réunissait des partis de droite, de gauche et du centre de tout le spectre politique israélien et, pour la première fois, elle incluait également une formation arabe, Raam, premier parti islamiste à rejoindre une coalition. Alliance explicitement et ouvertement formée pour empêcher le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, de rester à sa fonction après douze années consécutives passées au pouvoir, la coalition s’était engagée à laisser de côté les différences idéologiques et de se concentrer sur les problèmes socioéconomiques et de gouvernance que devait affronter le pays.

Ce sont néanmoins des questions nationalistes et idéologiques qui ont finalement séparé les partis de la coalition. En difficulté depuis qu’elle avait perdu sa majorité d’un siège au mois d’avril, l’alliance au pouvoir avait terminé sur une minorité de 59 sièges et un certain nombre de législateurs avaient même occasionnellement voté en sa défaveur, même s’ils y siégeaient eux-mêmes.

Dans le débat qui a précédé le vote de dissolution, jeudi, la députée Yisrael Beytenu, Yulia Malinovksy, a mis précisément en cause ces autres membres de la coalition pour leur manque « de discipline ».

« Ceux qui veulent siéger dans une coalition doivent apprendre ce qu’est la discipline. C’est la leçon que nous allons tous tirer ici de ce qui est arrivé », a-t-elle déclaré. Des propos qui ont été tenus plusieurs heures après que les leaders de la coalition ont rejeté les demandes qui étaient faites par l’opposition – qui avait de son côté fait savoir que si ses réclamations n’étaient pas honorées, elle ne soutiendrait pas la loi Métro. Parmi les demandes soumises, le renversement de la décision prise de désigner officiellement le député Yamina, Amichai Chikli, comme « défecteur » – le législateur aura voté, pendant toute l’année qui vient de s’écouler, aux côtés de l’opposition dirigée par Netanyahu.

Si les paroles prononcées par Malinovsky ont rappelé d’autres déclarations faites par les leaders de la coalition, ces dernières semaines – de Lapid au ministre de la Justice, Gideon Saar – sur la nécessité de se soumettre à la discipline de coalition, d’autres ont choisi de souligner les réussites du gouvernement.

Éternel optimiste au sein de la coalition, le leader de Raam, Mansour Abbas, a déclaré que l’alliance au pouvoir avait démontré que la coopération entre Juifs et Arabes d’Israël était possible.

« C’est possible de travailler ensemble », a-t-il dit à la tribune de la séance plénière lors du débat qui a précédé la dissolution, après une courte allocution en arabe.

« Nous n’avons pas trouvé que les écarts étaient si importants que ça entre toutes les parties concernées », a-t-il ajouté, notant que les problèmes avaient été causés par des députés individuels qui ne partageaient pas le même point de vue sur la situation.

« Pour ma part, j’accorderais bien un autre mandat à cette coalition, à l’avenir, pour qu’elle continue son travail », a-t-il poursuivi.

Le leader de Raam, Mansour Abbas, à la Knesset pendant le vote de dissolution du parlement, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ton a été très différent chez les législateurs de l’opposition placés sous la houlette de Netanyahu.

Reprenant un argument utilisé à loisir au cours de l’année passée, Netanyahu a fustigé le gouvernement Bennett-Lapid qui, a-t-il répété, s’est appuyé sur des « partisans du terrorisme » et il a âprement critiqué son travail « médiocre ». L’ex-Premier ministre et les députés de l’opposition dénigrent de manière constante Raam qui, selon eux, « soutient le terrorisme », même si Netanyahu lui-même aurait courtisé Raam, l’année dernière, pour tenter de convaincre la faction de le soutenir dans sa tentative ratée de construire une coalition au pouvoir.

« Tous ceux qui savent écouter les citoyens d’Israël constatent que quelque chose de fondamental a mal tourné au cours de l’année qui vient de s’écouler dans notre pays », a continué Netanyahu.

« La sécurité personnelle a été sapée, l’honneur national a été bafoué, la crainte de nos ennemis s’est renforcée, des drapeaux israéliens ont été enlevés et le drapeau de l’OLP a été brandi », a-t-il dit en référence au drapeau palestinien. Les législateurs ont récemment voté en faveur de son interdiction dans les institutions financées par l’État.

« Le coût de la vie nous frappe tous au portefeuille… Le sentiment général est que l’État est en train de s’écrouler sous nos pieds. C’est un échec colossal de la part d’un gouvernement qui n’a aucune vision… ni aucune capacité d’agir ».

« Vous avez promis le changement, vous avez parlé de guérison, vous avez fait une expérience et cette expérience a échoué. C’est ce qui se passe quand vous prenez une fausse droite et une fausse gauche, que vous mélangez le tout avec les Frères musulmans et avec la Liste arabe unie : c’est ce que vous obtenez. Et c’est exactement pour ça que les prochaines élections sont importantes », a-t-il continué.

Il a expliqué qu’un gouvernement dirigé par le Likud rendra « sa fierté, sa force et l’espoir à Israël ».

Benjamin Netanyahu à la Knesset avant la dissolution du gouvernement, le 30 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Netanyahu a aussi indiqué qu’il ne formerait pas un gouvernement qui pourrait s’appuyer sur les partis arabes, répétant des propos déjà tenus au début de la semaine.

Maintenant que la dissolution a été finalisée, le gouvernement a dorénavant un statut intérimaire. Les séances plénières à la Knesset vont cesser, sauf si une session exceptionnelle est réclamée par une majorité de législateurs.

Les Israéliens se rendront aux urnes le 1er novembre, après qu’une tentative de l’opposition de fixer des élections le 25 octobre ait échoué 47-57.

Le Premier ministre sortant Naftali Bennett et le nouveau Premier ministre de transition Yair Lapid tiendront une petite cérémonie de passation de pouvoirs au bureau du Premier ministre cet après-midi, selon les médias israéliens.

Bennett cédera officiellement à 00h00 le lendemain de la dissolution, soit aux premiers instants de vendredi – son titre de Premier ministre au chef de la diplomatie Yair Lapid.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...