La campagne Trump a exploité des données Facebook grâce à un système israélien
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La campagne Trump a exploité des données Facebook grâce à un système israélien

Le PDG de Cambridge Analytica s'est vanté d'utiliser le captage, les pots-de-vin et des leurres pour influencer les élections ; Mark Zuckerberg est appelé à comparaître

Les cadres de Cambridge Analytica ont été filmés en caméra cachée se vantant d'utiliser des espions britanniques et israéliens. (Capture d'écran : Channel 4)
Les cadres de Cambridge Analytica ont été filmés en caméra cachée se vantant d'utiliser des espions britanniques et israéliens. (Capture d'écran : Channel 4)

Une société britannique d’extraction de données engagée par la campagne de Donald Trump pour influencer les résultats des élections américaines a utilisé des sociétés israéliennes pour l’aider dans ses efforts, a montré un reportage télévisé britannique lundi.

Dans le reportage de Channel 4 du Royaume-Uni, des images de caméra cachées enregistrent le directeur général de Cambridge Analytica, Alexander Nix, décrivant certains des trucs et outils que sa société utilise pour obtenir des informations sur les gens.

En plus des extractions de données de Facebook, Nix et le directeur général de la division politique de Cambridge Analytica, Mark Turnbull, ont parlé de corruptions, de pièges et d’espionnage avec l’aide d’ex-espions de Grande-Bretagne et d’Israël.

« Nous avons deux projets en ce moment, qui consistent à faire des recherches approfondies sur l’opposition et à fournir des informations… vraiment dommageables, que nous pouvons décider comment déployer au cours de la campagne », a-t-il dit à un journaliste infiltré se faisant passer pour un homme d’affaires sri-lankais.

« Nous utilisons des entreprises britanniques, nous utilisons des entreprises israéliennes », a dit M. Nix. « En Israël, il sont très efficaces dans la collecte de renseignements. »

En réponse à ce reportage sur Channel 4, la société a déclaré : « Nous réfutons entièrement toute allégation selon laquelle Cambridge Analytica ou l’une de ses sociétés affiliées utilise le captage, les pots-de-vin ou les pièges à quelque fin que ce soit. »

La commissaire à l’information de la Grande-Bretagne, Elizabeth Denham, a déclaré à Channel 4 qu’elle prévoit de demander un mandat pour accéder aux serveurs de la société d’extraction de données Cambridge Analytica.

Facebook est sous le feu des critiques depuis que les journaux du New York Times et The Observer (l’édition dominicale du quotidien britannique The Guardian) ont rapporté que Cambridge Analytica a utilisé des données obtenues de façon irrégulière auprès d’environ 50 millions d’utilisateurs de Facebook pour tenter d’influencer les élections. Parmi ces informations se trouvaient les goûts des utilisateurs.

Les actions Facebook ont chuté de 7 % lundi. Le chef du Parlement européen a promis une enquête. Les membres du Congrès américain et le procureur général du Connecticut sont à la recherche de témoignages ou de réponses écrites. Après deux ans de silence sur la collecte des données, Facebook a déclaré lundi qu’il avait engagé une société externe pour vérifier Cambridge Analytica et ses activités.

Pendant les élections présidentielles américaines de 2016, Cambridge Analytica a travaillé à la fois pour la campagne primaire du sénateur républicain texan Ted Cruz et pour la campagne électorale générale de Trump. La campagne de Trump a payé plus de 6 millions de dollars à Cambridge, selon les registres électoraux fédéraux, bien que les responsables ont récemment minimisé ce montant.

Cambridge Analytica a également été soutenu par le milliardaire conservateur Richard Mercer, et à un moment donné, Stephen Bannon – plus tard président de la campagne de Trump et conseiller de la Maison Blanche – en tant que vice-président.

Le type d’exploration de données utilisé par Cambridge Analytica est assez courant, mais il est généralement utilisé pour vendre des couches et d’autres produits. Netflix, par exemple, fournit des recommandations individualisées basées sur la façon dont les comportements de visionnement d’une personne correspondent à ce que les autres clients regardent.

Logos du réseau social en ligne et du service de réseautage social américain Facebook. (AFP PHOTO / LOIC VENANCE)

Mais cette technique courante peut prendre des allures inquiétantes si elle est liée à une possible ingérence dans les élections, a déclaré Robert Ricci, directeur du marketing chez Blue Fountain Media.

Wylie a indiqué que Cambridge Analytica visait à « explorer les vulnérabilités mentales des gens ». Il a dit que la société « travaille à la création d’un réseau de désinformation en ligne pour que les gens commencent à croire à la théorie du complot en cliquant sur des blogs, des sites Web, etc. qui leur donnent l’impression qu’il se passe des choses qui ne sont pas forcément réelles ».

Wylie a déclaré à « Today » que si les publicités politiques sont également destinées à des électeurs spécifiques, l’effort de Cambridge Analytica visait à s’assurer que les gens ne sauraient pas qu’ils reçoivent des messages visant à influencer leurs opinions.

La campagne de Trump a nié avoir utilisé les données de Cambridge Analytica. L’entreprise elle-même nie avoir commis des actes répréhensibles et affirme qu’elle n’a conservé aucune des données tirées de Facebook et qu’elle ne les a pas utilisées dans le cadre de sa campagne de 2016.

Pourtant, Cambridge Analytica s’est vanté de son travail après que Cruz a remporté les caucus du parti républicain en Iowa en 2016.

Cambridge Analytica a aidé Cruz à se différencier de ses rivaux républicains à l’esprit similaire en désignant les caméras automatiques aux feux rouges comme un problème important pour les résidents mécontents de l’intrusion du gouvernement. Les électeurs potentiels vivant à proximité des caméras des feux rouges ont reçu des messages directs disant que Cruz était contre leur utilisation.

Même sur des questions essentielles telles que les droits sur les armes à feu, a dit M. Nix à l’époque, l’entreprise utilisait des types de personnalité pour adapter ses messages. Pour les électeurs qui se soucient de la tradition, cela pourrait faire valoir l’importance de s’assurer que les grands-pères peuvent offrir des leçons de tir en famille. Pour quelqu’un identifié comme introverti, une présentation pourrait décrire le fait de conserver des armes à feu pour se protéger contre le crime.

Les candidats aux présidentielles républicains Donald Trump (à gauche) et le sénateur Ted Cruz, discutent pendant une pause de diffusion lors du débat présidentiel républicain sur le campus de l’Université de Miami à Coral Gables, le 10 mars 2016. (Crédit photo : Joe Raedle / Getty Images / AFP)

Il est possible que Cambridge Analytica ait exploité d’autres sources de données, y compris ce que l’application de campagne de Cruz a collecté. Facebook a refusé de permettre aux responsables de se faire interviewer et n’a pas répondu immédiatement aux demandes d’information au-delà de ses déclarations de vendredi et lundi. Cambridge n’a pas non plus répondu immédiatement aux questions envoyées par courriel.

Facebook permet aux annonceurs de cibler facilement les utilisateurs sur la base d’informations nuancées les concernant. La cartographie par Facebook du « graphique social » – essentiellement le réseau des liens de la vie réelle des gens – est également inestimable pour les spécialistes du marketing.

Par exemple, les chercheurs peuvent regarder les groupes d’amis des gens et avoir une bonne idée de qui est important et influent, a déclaré Jonathan Albright, directeur de recherche au Tow Center for Digital Journalism de l’Université Columbia. Les gens qui font le pont entre différents réseaux d’amis, par exemple, peuvent avoir plus d’influence lorsqu’ils publient quelque chose, ce qui en fait un excellent moyen de ciblage.

Le Pew Research Center a déclaré que les deux tiers des Américains reçoivent au moins une partie de leurs nouvelles sur les médias sociaux, selon le Pew Research Center. Bien que les gens n’existent pas uniquement dans un espace réservé à Facebook, il est possible que les fausses informations que les utilisateurs ont vues sur le site pourraient être renforcées plus tard par la « théorie du complot » des clics et des sites de conspiration sur Internet, comme Wylie l’a décrit.

Le régulateur britannique chargé de la protection des données privées a réclamé mardi l’autorisation de fouiller les bureaux de la société Cambridge Analytica, accusée d’avoir illégalement acquis des données d’utilisateurs de Facebook, dont le patron Mark Zuckerberg est désormais appelé à comparaître devant une commission parlementaire.

« Nous demandons un mandat afin que, en tant qu’organisme de réglementation, nous puissions fouiller les serveurs, effectuer une vérification des données », a expliqué mardi sur BBC Radio 4 Elizabeth Denham, à la tête de l’Information Commissionner’s Office (ICO), autorité indépendante chargée de réguler le secteur et de protéger les données personnelles.

Le régulateur britannique a affirmé qu’il avait demandé dès le 7 mars à Cambridge Analytica d’accéder à ses dossiers et données mais n’avoir pas obtenu de réponse « dans les délais impartis ». D’où la demande de mandat pour enquêter.

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