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La communauté Bnei Menashe dément la mort violente de 7 de ses membres en Inde

Des propos qui se sont croisés pendant une réunion de Commission de la Knesset peuvent avoir entraîné un malentendu, disent les leaders communautaires qui soulignent toutefois une situation très dure

Un parent prend une photo de sa famille, membres de la communauté Bnei Menashe, en partance pour Israël à l'aéroport de Tulihal à Imphal, en Inde, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)
Un parent prend une photo de sa famille, membres de la communauté Bnei Menashe, en partance pour Israël à l'aéroport de Tulihal à Imphal, en Inde, le 20 décembre 2012. Illustration (Crédit : Anupam Nath/AP)

JTA — Les membres de la communauté juive des Bnei Menashe ont démenti une information transmise par le Parlement qui avait laissé entendre qu’une frappe au missile, commise dans le nord de l’Inde, avait tué sept personnes, cette semaine.

La nouvelle s’était rapidement propagée mardi après l’émission d’un communiqué de presse par la Commission de l’Immigration, de l’Intégration et des Affaires de la diaspora qui annonçait ces décès, suite à une rencontre du panel. La session avait été consacrée à la reprise potentielle des efforts livrés par la communauté des Bnei Menashe pour émigrer en Israël dans un contexte de tensions ethniques dans la région du Manipur, en Inde.

Le communiqué avait cité Tzvi Khaute, qui s’occupe des Bnei Menashe, au sein de l’État juif, pour l’organisation à but non-lucratif Shavei Israel, disant que la communauté devait émigrer très rapidement – ou faire son alyah – et qui ajoutait que sept personnes avaient été tuées par une bombe qui était tombée aux abords de la synagogue.

Pourtant, Khaute ne tient pas ces propos précis dans une vidéo de l’audience qui a pu être vue par la Jewish Telegraphic Agency. Un membre de la communauté Bnei Menashe, en Inde, a fait, de son côté, un récit différent des violences survenues près d’une synagogue locale. Et les informations sur ces morts ont été mensongères, a fait savoir le Conseil des Bnei Menashe en Inde dans un communiqué de presse, mercredi.

En réponse au communiqué émis par la Knesset, le groupe a laissé entendre que Shavei Israel, l’une des deux ONG qui rivalisent pour faciliter l’émigration de Bnei Menashe au sein de l’État juif, avait mal présenté les faits sur le terrain à l’occasion de son témoignage apporté devant la Commission.

« La situation des Bnei Menashe du Manipur, à l’issue de longs mois de violences ethniques qui ont laissé un grand nombre des membres de la communauté sans abri, sans revenu, est extrêmement difficile et leur réinstallation en Israël est urgente », a fait savoir le Conseil dans un communiqué. « Dire des mensonges pour pouvoir attirer la sympathie sur une situation qui est déjà, somme toute, suffisamment critique est méprisable et ne peut entraîner que des conséquences négatives pour les Bnei Menashe ».

Am-Shalem Singson, 28 ans, membre de la communauté juive des Bnei Menashe ayant fait son alyah depuis Manipur, en Inde, en 2017, est hospitalisé après une attaque par deux hommes, le 14 mars 2020. (Autorisation : Shavei Israel)

Mais la vidéo de l’audience, en plus d’informations en provenance d’Inde, laissent entendre que le communiqué de presse pourrait bien avoir été le fruit d’une confusion encore plus grande.

Sur la vidéo, Khaute déclare qu’une bombe est tombée sur une synagogue et que six personnes ont perdu la vie à cette occasion en Inde – sans préciser par ailleurs quand l’incident est survenu ou si les victimes appartenaient à la communauté des Bnei Menashe. Alors que le président lui pose la question, Khaute ne confirme pas que les défunts étaient des membres de la communauté, évoquant plutôt le retard de six mois pris dans l’inhumation de personnes de la communauté qui avaient été tuées, l’année dernière. Il est difficile de dire à quels morts Khaute fait référence ici, un seul Bnei Menashe ayant, semble-t-il, trouvé la mort dans le conflit ethnique actuellement en cours au Manipur.

A plusieurs occasions ultérieures, au cours de l’audience, les législateurs disent que ce sont sept personnes qui ont été tuées, même si Khaute ne le dit jamais lui-même.

Un porte-parole de Shavei Israel a indiqué que l’organisation n’a pas été impliquée dans la rédaction du communiqué de presse, ajoutant qu’aucun membre de la communauté des Bnei Menashe n’a récemment trouvé la mort à Manipur.

« Il a voulu expliquer combien les Bnei Menashe étaient en danger actuellement et combien il était important de les faire venir en Israël dans les meilleurs délais », a dit un porte-parole à la JTA en parlant de Khaute. « Il y a eu un malentendu et personne de la commission n’a vérifié avec lui l’information portant sur les sept morts d’hier. Personne n’a fait remonter une vérification de cette information, que ce soit auprès de nous ou auprès de lui ».

Plus de 100 Bnei Menashe ont trouvé refuge dans une synagogue, à Mizoram. (Crédit : Shavei Israel/JTA)

Des informations provenant du Manipur suggèrent une autre éventuelle source de confusion. Sur les réseaux sociaux, la police du Manipur, qui réactualise régulièrement sa page, n’a pas mentionné d’attaque contre ou à proximité d’une synagogue. Mais elle a écrit, mardi, que « des groupes armés » avaient attaqué les forces de sécurité de Moreh, une ville qui se trouve à la frontière entre le Manipur et le Myanmar, « utilisant des coups de feu et des explosifs ». Six personnels des services de sécurité avaient été blessés

Kaikholal Haokip, membre de la communauté juive des Bnei Menash à Moreh, qui est aussi le porte-parole de l’organisation Kuki Inpee qui représente l’un des groupes ethniques belligérants, a dit à la JTA que personne n’avait été tué au cours de cet incident. Mais il a noté que des voisins et que le gardien de la synagogue local lui avaient dit qu’une bombe avait été actionnée par la police sur une autoroute proche du lieu de culte.

Elle n’a entraîné aucun dégât aux abords de la synagogue et il n’y a pas eu de blessé, a raconté Haokip à la JTA, ajoutant que certains membres de la communauté juive, et notamment le gardien du lieu de culte, étaient partis pour d’autres secteurs dans le contexte de ces violences et qu’ils étaient en sécurité.

La JTA a demandé des clarifications sur le communiqué de presse erroné à Oded Forer, le membre de la Knesset qui dirige la Commission, ainsi qu’aux porte-paroles de la Knesset et du ministère de l’Intégration – des demandes qui étaient restées vaines au moment de la rédaction de cet article.

Les Juifs Bnei Menashe seraient les descendants de la « tribu perdue » de Menashé, une affirmation contestée par les chercheurs. Shavei Israel, une ONG dont l’objectif est de ramener les communautés issues des « tribus perdues » en Israël, est responsable de l’alyah des Bnei Menashe depuis plus de deux décennies et elle a aidé environ 5 000 Juifs à immigrer jusqu’à présent. 5 000 autres vivent encore en Inde.

Des centaines de membres de la communauté des Bnei Menashe, lors d’un seder de Pessah à Churachandpur, dans l’état indien de Manipur, le 31 mars 2015. (Crédit : Jonathan Haukip / Shavei Israël)

Certains Juifs de la communauté ont critiqué l’organisation, disant qu’elle a abusé de son pouvoir concernant leur alyah. Une autre organisation à but non-lucratif qui a été créée en 2017, Degel Menashe, défend elle aussi ce groupe ethnique et réclame, pour sa part, que l’Agence juive ait un contrôle plus grand sur le processus d’immigration.

« Nous recommandons leur immigration en Israël mais en gardant profil bas, de manière à ce qu’on ne dise pas qu’il y a une intervention directe dans les affaires intérieures de l’Inde », a dit Michal Vilertal, à la tête de la division Asie au sein du ministère des Affaires étrangères, selon le communiqué de presse. « Le ministère des Affaires étrangères aidera à tous les niveaux concernant l’immigration de la communauté en Israël ».

Les Juifs Bnei Menashe, en Inde, appartiennent à la minorité ethnique Kuki-Zo du Manipur – qui avait affronté la majorité Meiteis, au mois de mai dernier, quand cette dernière avait demandé le statut de « tribu inscrite », ce qui pouvait lui offrir des avantages traditionnellement réservés aux tribus minoritaires. Les tensions entre les Meiteis et les tribus plus petites, au Manipur, ne cessent de se renforcer depuis des décennies et les Kukis affirment dorénavant être pris pour cible par les groupes Meiteis, par l’armée et par leurs collaborateurs au sein de la police.

Un conflit qui a fait 200 morts et 70 000 déplacés jusqu’à présent, selon les médias indiens. Il n’y aurait eu qu’un mort enregistré du côté des Bnei Menashe ; certains d’entre eux se battent sur la ligne de front, déclarent des sources sur le terrain. Ils sont des centaines à avoir dû fuir leurs habitations sans espoir de pouvoir y revenir alors que nouvelles frontières informelles se dessinent entre les zones occupées par les Meiteis et celles où vivent les Kukis.

Le dernier incident en date a eu lieu cette semaine, alors que les tensions montaient d’un cran au Manipur et que le conflit entrait dans son neuvième mois. A Thoubal, près d’Imphal, la capitale, quatre musulmans Meiteis ont été abattus par « des mécréants Meiteis armés », ont fait savoir les médias locaux, entraînant l’imposition d’un couvre-feu. De leur côté, les tribus minoritaires ont appelé à une grève générale de 24 heures, jusqu’au mercredi, pour dénoncer les mauvais traitements présumés de la police à leur égard.

Si Shavei Israel souligne le fait que le communiqué de presse du gouvernement israélien a mal compris Khaute concernant les spécificités des incidents récents, le groupe a toutefois estimé que le gouvernement avait eu raison de souligner le caractère d’urgence de la mise en sécurité des Bnei Menashe au Manipur.

« Je prie pour que cette communauté soit autorisée à immigrer en Israël », a dit Khaute, selon le communiqué. « Elle risque sa vie chaque jour supplémentaire qui est passé en Inde, sans perspective de pouvoir immigrer en Israël ».

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