La comparaison d’Arno Klarsfeld entre l’abattage d’animaux et la Shoah passe mal
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La comparaison d’Arno Klarsfeld entre l’abattage d’animaux et la Shoah passe mal

Dans son nouveau livre, l’avocat reprend les propos de l’auteur Isaac Singer, pour lequel la vie de certains animaux "est un éternel Treblinka"

Crédit : Capture d'écran YouTube/ Arno Klarsfeld face à Robert Ménard - Archive INA
Crédit : Capture d'écran YouTube/ Arno Klarsfeld face à Robert Ménard - Archive INA

Dans son nouveau livre, Âmes et animaux (Fayard), Arno Klarsfeld, avocat et fils des chasseurs de nazis Serge et Beate, se fait le défenseur du bien-être animal.

Invité par i24news mercredi, il a causé une certaine consternation sur le plateau et les réseaux sociaux, comparant l’abattage animal à la Shoah.

Les animaux « n’ont pas de Dieu, comme il n’y avait pas de Dieu pour les familles juives impitoyablement assassinées pendant la Shoah. [L’auteur yiddish Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature 1978] avait raison : pour certains animaux, la vie est un éternel Treblinka », lit le présentateur, citant un extrait de son livre.

Arno Klarsfeld répond alors : « Si vous êtes l’agneau qui va… Si vous vous transformez ce soir, vous enlevez votre cravate, vous devenez un agneau et vous allez à l’abattoir avec votre mère, vous êtes placé dans une situation qui est la même que celle d’une mère juive qui arrive avec son enfant juif dans la chambre à gaz. Quand on lit les pages dans Libération… Quand les agneaux arrivent pour se faire égorger, les vétérinaires disent qu’ils crient comme des enfants. On leur met le doigt, ils sucent le doigt par réflexe, les larmes viennent aux yeux. Même maintenant quand je le raconte. Et en même temps, on ferme les yeux là-dessus. On ne veut pas voir ce qui se passe dans les abattoirs. J’essaye de montrer à [mes parents] ces images, ils ne veulent pas voir. Si on est un agneau, quelle différence [entre l’abattoir et Treblinka] ? Si on est un agneau en train de se faire égorger, on ne comprend pas que c’est pour nourrir [un tel ou un tel]. On voit qu’on est en train de se faire massacrer. »

Suite à ces déclarations, Ariel Goldmann, président du FSJU, a écrit : « Désolé Arno Klarsfeld, vous, encore moins que quiconque, ne pouvez utiliser la Shoah pour des comparaisons déplacées ! Votre passion pour les animaux vous égare, c’est dommage ! Pas du tout d’accord ! »

« Ce type de comparaison ne mériterait aucun commentaire si elle n’était si outrancière, si choquante, si blessante, le jour même où Benjamin Orenstein, l’un des derniers témoins des camps d’extermination, nous a quitté. Pas ça. Pas vous Arno Klarsfeld », a abondé Philippe Meyer, président du B’nai B’rith France.

Benjamin Orenstein, rescapé d’Auschwitz, en 2014. (Capture d’écran FranceInfo/Dailymotion)

« Comparaison totalement déplacée, ridicule et dangereuse », a posté Gil Taieb, vice-président du FSJU et du CRIF.

Hier, Arno Klarsfeld ajoutait sur Twitter : « En raison de ce qu’ils ont subi, les Juifs devraient être plus sensibles que d’autres à l’amélioration de la condition animale et de la nécessité de traiter les animaux avec dignité. »

Dans son livre, Arno Klarsfeld livre des portraits de la relation de l’âme humaine à l’animal, fruits d’une réflexion de l’expérience du confinement. Il voit « l’amélioration du bien-être animal » comme « une des causes majeures du 21e siècle dans le monde occidental, sauf tragédie de grande ampleur ».

En 2016, il avait déjà affirmé sur Europe 1 : « Il faut mettre fin à l’abattage rituel qu’il soit hallal ou casher. Si l’on est dans une République laïque, il faut avoir plus de considération pour le bien-être des animaux que pour les exigences d’une religion, qui peut évoluer. Si Moïse et Mahomet aimaient les animaux et qu’ils étaient là aujourd’hui, ils diraient que l’abattage rituel – qui était d’abord un abattage pour des raisons sanitaires – peut évoluer. Quand on tue un animal, il faut qu’il soit inconscient plutôt que vivant. »

Et d’ajouter : « Il ne faut pas y mettre fin du jour au lendemain. Il faut persuader les gens. Les révolutions du jour au lendemain sont toujours néfastes. Il faut faire les choses avec persuasion. Les religions évoluent. Ça se fait dans d’autres pays. Il faut mieux qu’ils précédent le sens de l’évolution plutôt que d’avoir l’air rétrograde. Les exigences mises en place il y a quelques milliers d’années évolueraient si Moise et Mahomet étaient encore en vie et pouvaient prodiguer de bon conseils. »

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