La famille Tamimi est-elle réelle, ou sont-ils des acteurs rémunérés ?
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La famille Tamimi est-elle réelle, ou sont-ils des acteurs rémunérés ?

Michael Oren est sommé de publier des rapports confidentiels après une enquête de la Knesset sur la "crédibilité" des manifestants palestiniens, y compris Ahed Tamimi

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

La Palestinienne Ahed Tamimi (C), âgée de 16 ans, assiste à une audience devant le tribunal militaire d'Ofer, en Cisjordanie, le 1er janvier 2018 (Crédit : Photo AFP / Ahmad Gharabli)
La Palestinienne Ahed Tamimi (C), âgée de 16 ans, assiste à une audience devant le tribunal militaire d'Ofer, en Cisjordanie, le 1er janvier 2018 (Crédit : Photo AFP / Ahmad Gharabli)

Le vice-ministre Michael Oren (Koulanou) a réagi mercredi concernant son indiscrétion de la veille, selon laquelle Israël avait mené une enquête secrète pour savoir si la famille palestinienne Tamimi était « réelle » ou composée d’acteurs rémunérés.

Les Tamimi, connus pour leurs protestations publiques contre la présence des soldats de Tsahal en Cisjordanie, ont récemment fait la Une des journaux en raison d’un incident dans lequel Ahed Tamimi, 16 ans, a été filmée en train de gifler des soldats le mois dernier.

Dans un communiqué publié mardi soir, au sujet de la comparaison faite par un artiste israélien entre l’adolescente palestinienne et Anne Frank, Oren a déclaré qu’en tant que président d’une sous-commission secrète de la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset il y a deux ans, il avait ordonné une enquête pour vérifier la « crédibilité » des Tamimi, les accusant de manipuler les Occidentaux en se faisant passer pour une famille et cherchant à provoquer de violentes réactions de la part des soldats de Tsahal.

Le vice-ministre Michael Oren à la Knesset, le 27 juin 2017. (Yonatan Sindel)

« Lors des discussions que j’ai eues au sein du comité, la question de la crédibilité de la famille Tamimi a été soulevée ainsi que celle de savoir s’il s’agissait d’une vraie famille », a-t-il dit, les décrivant comme une « production de Pallywood ».

« Nous parlons d’une famille qui reçoit de l’argent d’organisations terroristes pour mener des provocations contre les soldats israéliens afin de les inciter à réagir violemment, et ainsi de ternir l’image d’Israël », a insisté M. Oren.

Le comité, qui s’est réuni en 2015, a examiné si « les membres de la famille ont été choisis pour leur apparence » – blonds, aux yeux bleus et à la peau claire – a déclaré Oren.

« Ainsi que sur leurs vêtements. Vrai costume. Robe américaine dernier cri, pas palestinienne, avec des casquettes de baseball en arrière. Même les Européens ne portent pas de casquettes de baseball arrière. Tout était prêt ; après une provocation ou une bagarre, les affiches sortent. Tout était préparé à l’avance. »

Knesset members and IDF officers attend a Foreign Affairs and Defense committee meeting in the Israeli parliament on Thursday, November 15 (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Des membres de la Knesset et des officiers de l’armée israélienne assistent à une réunion du comité Défense et Affaires étrangères au parlement israélien, le 15 novembre 2012. (Crédits : Miriam Alster / Flash 90)

Les discussions du comité, auxquelles ont participé des représentants de l’agence de sécurité du Shin Bet, de la direction du renseignement militaire de l’armée israélienne et d’autres hauts responsables, ont permis de découvrir que « selon toute vraisemblance, tous les enfants qui apparaissent comme des enfants de la famille Tamimi ne sont pas réellement de la famille », a déclaré le vice-ministre.

Mais dans une déclaration mercredi, Oren a admis que l’enquête « n’était pas concluante et il reste un grand point d’interrogation sur la question. »

En réponse aux déclarations d’Oren, le député de la Liste arabe unie, Jamal Zahalka, a accusé le vice-ministre d’humilier la famille Tamimi et de racisme envers les Palestiniens.

Zahalka, soutenu par ses collègues du parti, a demandé à Oren de publier les procès-verbaux des discussions du comité.

« La discussion est d’intérêt public et la rendre publique ne nuira pas à la sécurité nationale ; il y a donc de bonnes raisons de publier les pièces afin que le public puisse juger par lui-même », a déclaré Zahalka dans un communiqué publié par le parti.

Le 15 décembre, Ahed Tamimi et sa cousine Nour, 21 ans, ont été filmées en train de frapper deux soldats de Tsahal dans le village de Nabi Saleh en Cisjordanie. Elles ont depuis été arrêtées pour agression et resteront en détention pendant la poursuite des procédures judiciaires. Les vidéos de l’incident ont été largement reprises par les médias israéliens, qui accusent souvent les manifestants palestiniens de chercher à provoquer l’armée pour filmer leurs réactions.

La provocation a eu lieu au milieu d’affrontements et de protestations contre la reconnaissance controversée du président américain Donald Trump de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Dans la version d’Ahed Tamimi de l’incident, partagée devant le tribunal lors d’une audience le mois dernier, elle a dit que les soldats de la vidéo avaient tiré sur son cousin dans la tête avec une balle en caoutchouc une heure avant la rencontre filmée. « Puis j’ai vu les mêmes soldats qui ont frappé mon cousin, cette fois devant chez moi. Je ne pouvais pas rester tranquille et j’ai agit comme je l’ai fait », a témoigné la jeune fille de 16 ans.

Elle est depuis devenue une icône pour les supporters palestiniens, et des rassemblements ont eu lieu à plusieurs endroits pour demander sa libération. Beaucoup de Palestiniens la voient comme une courageuse résistante au contrôle militaire sur la Cisjordanie, tandis que les Israéliens accusent sa famille d’utiliser la jeune fille de 16 ans comme un acteur dans des provocations mises en scène.

Ahed Tamimi au tribunal militaire d’Ofer le 20 décembre 2017 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Nabi Saleh est un lieu de rassemblement habituel pour les provocations palestiniennes contre les soldats israéliens, en particulier les membres du clan Tamimi, qui a toujours été impliqué dans les provocations très médiatisées contre l’armée israélienne.

En août 2015, un soldat de Tsahal a été filmé en train d’essayer d’arrêter le cousin d’Ahed, Muhammad Tamimi, qui lançait des pierres lors d’une manifestation violente.

En 2012, Ahed Tamimi s’est fait connaître parmi les militants palestiniens pour un incident au cours duquel elle incitait un groupe d’enfants, dont son frère cadet, à se disputer avec des soldats israéliens.

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