La Grande-Bretagne est-elle toujours un havre pour les réfugiés ?
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La Grande-Bretagne est-elle toujours un havre pour les réfugiés ?

Tandis que Cameron annonce que l'Angleterre acceptera 20 000 réfugiés syriens d'ici 2020, un ancien enfant du Kindertransport s'interroge

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Le Premier ministre britannique, David Cameron, devant le 10 Downing Street à Londres, le 27 février 2014. (Crédit : Carl Court/AFP)
Le Premier ministre britannique, David Cameron, devant le 10 Downing Street à Londres, le 27 février 2014. (Crédit : Carl Court/AFP)

Neuf mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, quelque 10 000 enfants juifs non accompagnés d’Allemagne, d’Autriche, de la Tchécoslovaquie et de la Pologne ont été accueillis en Grande-Bretagne grâce au célèbre Kindertransports.

Ironiquement, aujourd’hui, ces pays sont parmi les Etats les plus libéraux de l’Union européenne à accepter des réfugiés du Moyen-Orient, alors que la Grande-Bretagne est considérée comme étant décidément très conservatrice.

Après ce qui a été d’abord décrié comme un « échec moral », cette semaine le Premier ministre David Cameron a accepté près de 20 000 réfugiés supplémentaires en provenance de Syrie d’ici 2020, la priorité étant « les enfants et les orphelins vulnérables ».

Depuis le début de la guerre civile en 2011, quelque 5 000 réfugiés syriens ont obtenu l’asile en Angleterre. Selon un reportage de la BBC couvrant les faits jusqu’à juin 2015, 85 % des demandes d’asile syriennes ont été accordées.

Les nouveaux réfugiés seraient autorisés à entrer dans le pays par l’intermédiaire d’une extension de séjour pour les personnes vulnérables. Cela leur permet de rester dans le pays pendant cinq ans supplémentaires avec le droit de travailler et d’accéder aux soins et aux services en place dans le pays, jusqu’à ce qu’ils puissent faire une demande de résidence permanente.

« Nous allons continuer à montrer au monde que ce pays est un pays de compassion, toujours debout pour nos valeurs et pour aider ceux dans le besoin », a déclaré Cameron lors d’un débat organisé d’urgence à la Chambre des communes mardi.

Mais pour certains juifs britanniques, cette allocation de 20 000 est une goutte d’eau dans une mer remplie de réfugiés qui cherchent des maisons, ce qui les amène à se demander : le Royaume-Uni est-il en train de perdre son rôle traditionnel de havre de sécurité ?

En regardant les scènes des réfugiés et des migrants, Monsieur Erich Reich, président de l’Association du groupe de réfugiés juifs Kindertransport, a été poussé à écrire une lettre qui s’est au final vue très médiatisée à David Cameron.

Reich, qui avait seulement quatre ans quand il est arrivé en Angleterre sur un Kindertransport a écrit que « sans l’intervention et la détermination de beaucoup de gens qui sont de nombreuses confessions, je – avec quelque 10 000 autres – auraient péri ».

S’exprimant au Times of Israel mardi, Reich, qui a clairement été déçu par le chiffre de 20 000 annoncé, a déclaré : « Les gens qui sont en passe de perdre leur vie devraient être aidés … L’Angleterre a toujours été une sorte de havre capable d’aider les gens ».

Sir Erich Reich (Crédit : Capture YouTube/Classic Tours)
Sir Erich Reich (Crédit : Capture YouTube/Classic Tours)

Reich, qui a été anobli en 2010 pour ses contributions charitables en Grande-Bretagne, a été séparé de ses deux frères en Angleterre et placé dans un foyer d’accueil au sein d’une famille chrétienne. Il ne savait pas qu’il était juif jusqu’à l’âge de 10 ou 11 ans quand son frère aîné l’a retrouvé.

« Je crois fermement que nous ne devons pas rester sans rien faire tandis que les opprimés ont besoin de notre aide. Nous ne pouvons pas ignorer la vue de gens désespérés et dans une telle crise, nous devons agir pour sauver les réfugiés les plus vulnérables : les enfants et leur fournir le même sanctuaire qu’avec d’autres j’ai eu la chance de recevoir », a écrit Reich cette semaine.

Après la mort de son père adoptif non-juif, quand Reich avait 13 ans, il a finalement été placé dans l’école orthodoxe des Hasmonéens de Londres.

Après avoir terminé le premier trimestre, Reich est parti pour Israël, vivre avec sa tante et son oncle qui n’avaient pas d’enfant et qui vivaient à Haïfa. Finalement, il a déménagé pour être avec ses cousins ​​dans le kibboutz laïc de Merhavia, où il a vécu jusqu’à son enrôlement dans les rangs de Tsahal à 18 ans.

Parachutiste, Reich a combattu dans la campagne du Sinaï en 1956 où il a servi comme officier de communication pour Ariel Sharon, qui devint plus tard Premier ministre. Reich est retourné en Angleterre en 1963 et est devenu un émissaire pour le mouvement d’extrême gauche Hashomer Hatzair avant de se tourner vers l’industrie du voyage.

« Je vivais en Israël et j’ai servi dans la guerre de 1956. J’étais un kibbutznik. Je me sens toute la région et je suis très pro-Israël. Qu’il s’agisse de réfugiés musulmans, hindous ou chrétiens, ils devraient être en mesure de vivre sans peur », a déclaré Reich.

C’était la communauté juive qui, aux côtés du gouvernement britannique, a assuré la sécurité et le bien-être des enfants kindertransport.

Le Secours juif mondial, alors appelé le Fonds central britannique pour la communauté juive allemande, a été créé en 1933, lorsque Hitler est arrivé au pouvoir avec l’idée que la communauté juive européenne allait bientôt avoir besoin d’aide.

Selon le directeur des campagnes du Secours juif mondial, Richard Verber, le Fonds Central Britannique pour les Juifs allemands a levé de l’argent des Juifs britanniques et a mobilisé le gouvernement britannique pour accueillir des réfugiés.

A l’époque, a déclaré Verber, le gouvernement britannique était ambivalent quant à l’acceptation de Juifs qui venaient d’un État ennemi. « Il disait, ‘Nous vous laisserons prendre un petit nombre ‘d’étrangers’, mais vous, les Juifs, devrez vous en occuper ».

Depuis lors, le Secours juif mondial a développé des programmes internationaux de pointe pour aider les Juifs et les non Juifs dans des zones de conflits ou de désastres.

« Nous sommes vivants aujourd’hui, d’une certaine manière, parce que la Grande Bretagne a laissé venir des réfugiés », a déclaré Verber.

Reich a déclaré qu’une bonne partie de la pression originale pour le Kindertransport est venue des Quakers, et sans le soutien des non-Juifs, y compris des familles de la classe supérieure comme les Attenborough, cela n’aurait pas été possible.

Guidé par un sentiment de gratitude, Reich a l’impression qu’il est temps de faire pression pour les autres. Et il n’est pas seul dans ses appels pour une politique plus généreuse d’accueil des réfugiés en Angleterre.

Le rabbin Jonathan Sacks (Photo: autorisation Core18)
Le rabbin Jonathan Sacks (Photo: autorisation Core18)

Dans un entretien pour le programme Newsnight de BBC2 cette semaine, l’ancien rabbin en chef, Lord Jonathan Sacks, a également milité en faveur d’une augmentation des quotas de réfugiés, et il a déclaré qu’ « il est important de se souvenir de gestes humanitaires simples comme le Kindertransport qui a sauvé 10 000 enfants en Allemagne. Cela ne représentait que 10 000 sur six millions mais c’était une lumière dans la plus sombre période de l’Histoire.

« La tradition de la Grande-Bretagne comme un lieu de refuge pour ceux qui risquent de perdre leur liberté ou leurs vies devrait nous guider à être plus généreux », a déclaré Sacks.

Reicha a déclaré qu’il se sentait « très proche des gens qui fuient… Ce n’est pas une question de religion ou de politique pour moi ».

Il a admis, pourtant, avec un petit peu de honte, qu’il « y a de fortes chances qu’ils ne m’aimeront pas parce que je suis Juif ».

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